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"The Woman King", un film trop timide et timoré pour convaincre

Une scène du film "The Woman King" de Gina Prince-Bythewood, avec Viola Davis et Thuso Mbedu
Une scène du film "The Woman King" de Gina Prince-Bythewood, avec Viola Davis et Thuso Mbedu
En racontant, avec tout l'arsenal hollywoodien classique, l'histoire réelle d’un groupe de guerrières du 19e siècle, en Afrique de l'Ouest, "The Woman King", film d'action aux accents féministes et anticolonialistes, sacrifie toute singularité sur l'autel du symbole sociétal.

Il y a quelque chose de pourri au royaume d'Hollywood. Critiquée, à juste titre, pour sa représentation souvent problématique des femmes et des minorités, l'industrie du divertissement de masse s'évertue à rectifier le tir. L'intention est on ne peut plus louable et génère parfois des résultats stimulants et réjouissants (les films de Jordan Peele), mais produit bien plus souvent un résultat purement cosmétique et symbolique.

Ainsi ce "Woman King" de la réalisatrice Gina Prince-Bythewood qui, sur le papier, a tout pour réjouir. Une histoire vraie, celle des Agojie, guerrières redoutables chargées de la protection du roi Ghezo, monarque de Dahomey, en 1823, dans le sud de l'actuel Bénin. Une héroïne inspirante, la jeune Nawi (Thuso Mbedu), qui rejoint les amazones pour une formation supervisée par la puissante générale Nanisca (Viola Davis). Et un récit abordant à la fois la question de l'émancipation féminine et l'abolition de l'esclavage.

A première vue, on ne peut qu'applaudir devant ces nouveaux modèles apportant un peu de diversité à l'imaginaire collectif des spectatrices et des spectateurs mondiaux. Sauf que de diversité, il n'en est question ici que sur le papier.

>> A voir: la bande-annonce du film "The Woman King"

L'Afrique réduite à l’accent nigérien

On passera rapidement sur le conformisme narratif et visuel de "The Woman King" qui, dans ses séquences de bataille comme dans ses scènes plus posées, ne se démarque à aucun moment du tout-venant de la production hollywoodienne. Qui plus est, les personnages représentés pratiquent une nouvelle fois un anglais à l'accent nigérien qui se retrouve dans toutes ces grosses productions situées en Afrique (on se souvient du même accent exercé avec un sens de l'exotisme pittoresque franchement déplacé dans "Black Panther").

Une manière de plus en plus agaçante de laminer toute la diversité du continent africain au rouleau compresseur hollywoodien, la forme venant contredire ce que le fond s'évertue à défendre. Ironiquement, le film s'est d'ailleurs retrouvé accusé d'appropriation culturelle par les artistes du Bénin, alors même que Hollywood pratique régulièrement la non-mixité culturelle dans ses productions les plus récentes en vue de se défendre de cette accusation.

Un film timide et timoré

Si l'on saura gré au film d'éviter de porter un regard par trop schématique sur la traite négrière - ici, les vrais méchants sont les Oyo, guerriers brutaux et violeurs qui financent leur combat en vendant des esclaves aux Portugais -, on ne peut que s'étonner de la timidité avec laquelle "The Woman King" aborde une question aussi essentielle pour la revalorisation de l'histoire et de la culture africaine. Et pour cause, historiquement, le royaume de Dahomey participait à l'esclavage, alors que le film tente de glorifier ses guerrières abolitionnistes.

On ne s'offusquera pas des libertés prises par le résultat avec l'Histoire, comme on ne reprochera pas à "Gladiator" ou "Braveheart" leur propre recours à la fiction. Reste que cette façon prudente d'effleurer des questions morales complexes condamne "The Woman King" à n'être qu'une production inoffensive, docile et timorée, sans autre ambition que celle de placer un visage de femme noire en haut du box-office.

Rafael Wolf/aq

"The Woman King" (134’) de Gina Prince-Bythewood, avec Viola Davis, Thuso Mbedu, Lashana Lynch.

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