Catherine Deneuve, la grande dame du cinéma français

Grand Format

Karen Di Paola - Anadolu Agency via AFP

Introduction

Icône du cinéma français, Catherine Deneuve a reçu mercredi dernier un Lion d'or d'honneur à la Mostra de Venise. L'occasion de revenir sur la carrière de l'actrice française la plus connue au monde, qui a tourné dans plus de 130 films.

Chapitre 01
Le mystère Deneuve

Valery Hache - AFP

Mercredi passé, Catherine Deneuve était récompensée d'un Lion d'or d'honneur à la Mostra de Venise. Son directeur Alberto Barbera saluait "une diva éternelle, une véritable icône du grand écran (...) figurant parmi les plus grandes interprètes de l'histoire du cinéma".

Un prix qui vient s'ajouter à beaucoup d'autres pour l'actrice française de 78 ans, dont la carrière initiée aux débuts des années 1960, a depuis longtemps dépassé les frontières françaises.

>> A écouter: La Mostra de Venise s'ouvre avec Deneuve en vedette

L'actrice française Catherine Deneuve a reçu un Lion d'or d'honneur de la part du président de la Mostra Roberto Cicutto.  [Claudio Onorati - Keystone]Claudio Onorati - Keystone
Le Journal horaire - Publié le 31 août 2022

Egérie de Jacques Demy, François Truffaut et André Téchiné, Catherine Deneuve a également tourné pour Roger Vadim, Luis Buñuel, Roman Polanski, Marco Ferreri, Agnès Varda, Jean-Paul Rappeneau, Nicole Garcia, François Ozon, Lars von Trier, Tony Scott...

N'hésitant pas à explorer les différents genres, passant avec une facilité déconcertante de la comédie musicale au polar, du drame à la comédie, du film d'auteur au grand film populaire, Catherine Deneuve a tourné dans plus de 130 films avec comme partenaires tout le gratin du cinéma ou presque.

Ce qui frappe dans sa longévité, c’est qu’elle n’a pas eu de moments de creux dans sa carrière. A peine quelques fléchissements. Elle a toujours compté parmi les stars les plus importantes du cinéma français. Et c'est encore le cas aujourd’hui.

Gwénaëlle Le Gras, historienne du cinéma, interrogée en 2020 par la RTS

Plus de soixante ans d'une carrière remplie de rencontres et d'amitiés que nous déroulons ici avec en repère sept films qui ont marqué sa vie artistique et privée.

>> A voir également, le documentaire: "Deneuve, la reine Catherine", de Virginie Linhart (disponible jusqu'au 27 septembre 2022 sur Play RTS)

 

Deneuve, la reine Catherine [RTS]
Doc Portrait - Publié le 27 août 2022

Chapitre 02
"Les parapluies de Cherbourg", la révélation

Un portrait de Catherine Deneuve en février 1962 / AFP

Je crois que je n'aurais pas supporté la vie d'actrice s'il n'y avait pas eu "Les parapluies de Cherbourg". Avec Demy, j'ai découvert ma vocation.

Catherine Deneuve, dans "Elle", 1982

Née à Paris en 1943, Catherine est la troisième d'une fratrie de quatre soeurs. Avec deux parents comédiens de théâtre, c'est à l'âge de 13 ans déjà qu'elle fait ses premiers pas au cinéma comme figurante pour "Les Collégiennes" d'André Hunebelle.

A l'aube des années 1960, la jeune fille aux cheveux foncés décide de devenir blonde. Une nouvelle couleur qui a un impact certain sur le début de sa carrière et qui deviendra légendaire.

L'actrice Catherine Deneuve avec ses cheveux encore châtains. Elle choisira le blond au début des années 1960. Un changement radical qui a joué un rôle certain au début de sa carrière. [STUDIO HARCOURT / MINISTERE DE LA CULTURE / Rmn-Grand Palais via AFP]L'actrice Catherine Deneuve avec ses cheveux encore châtains. Elle choisira le blond au début des années 1960. Un changement radical qui a joué un rôle certain au début de sa carrière. [STUDIO HARCOURT / MINISTERE DE LA CULTURE / Rmn-Grand Palais via AFP]

En 1961, Marc Allégret est le premier à la filmer en blonde dans "Les Parisiennes". Elle donne la réplique à un certain Johnny Hallyday qui fait ses débuts. Ils ont tous les deux 18 ans et sont très complices. La future idole des jeunes dira plus tard être tombé fou amoureux de Catherine Deneuve.

C'est cette même année que la jeune femme rencontre le réalisateur Roger Vadim dans une boîte de nuit parisienne. Elle a 17 ans, lui 33. C'est le coup de foudre. Elle quitte sa famille pour vivre avec lui et donne naissance deux ans plus tard à un petit garçon qui reçoit le prénom de Christian.

La naissance d'une star

En 1963, Roger Vadim la fait tourner dans "Le vice et la vertu". Si l'on considère parfois que c'est là son premier grand rôle, c'est pourtant "Les parapluies de Cherbourg" de Jacques Demy, sorti une année plus tard, qui lance sa carrière et la propulse au rang de star.

En 1988, elle dira dans "Studio Magazine": "Quand j'ai rencontré Jacques Demy pour 'Les parapluies de Cherbourg', j'ai découvert un sentiment nouveau et j'ai su que je ne l'oublierais jamais. Il y avait quelque chose de magique avec Jacques, avec ce rôle, avec ce film. Quelque chose m'a vraiment touchée. Comme une soudaine harmonie. J'ai ressenti quelque chose qui, par rapport à moi et au cinéma, m'a paru fondamental."

Jusque là, Catherine Deneuve n'était en effet pas certaine que sa destinée se trouvait devant une caméra. Mais le tournage des "Parapluies de Cherbourg" est une révélation. Désormais, elle sait qu'elle ne quittera plus le monde du cinéma.

Comédie musicale, le film raconte l'histoire de Madame Emery et de sa fille Geneviève (Catherine Deneuve) qui tiennent une boutique de parapluies. La jeune femme est amoureuse de Guy, un garagiste. Mais lorsqu'il doit partir pour la guerre d'Algérie et qu'elle réalise qu'elle est enceinte, sa mère la pousse à épouser Roland, un riche bijoutier.

Pour les dialogues du film, qui sont entièrement chantés sur une musique signée Michel Legrand, l'actrice est doublée par la chanteuse Danielle Licari.

>> A voir: la bande-annonce du film "Les parapluies de Cherbourg" de Jacques Demy (1964)

"Les parapluies de Cherbourg" est un immense succès critique et public. Le film reçoit plusieurs prix dont une prestigieuse Palme d'or au Festival de Cannes de 1964.

Rassurée sur son avenir professionnel, l'actrice doit alors faire face au naufrage de sa vie privée. Se sentant trahie par Roger Vadim, elle rompt et se retrouve seule pour élever son fils dans la société française d'avant Mai 1968, où avoir un enfant hors mariage et si jeune n'est pas vu d'un bon oeil: "J'étais terriblement angoissée à l’idée d'élever ce petit garçon que j’adorais, parce que j'avais vraiment voulu avoir cet enfant (...) J'ai eu très peur de ne pas y arriver", se souviendra l'actrice sur les ondes de France Culture en 2004.

Chapitre 03
"Belle de jour", le rôle qui brouille les cartes

Robert et Raymond Hakim - Catherine Deneuve dans le film "Belle de jour" de Luis Bunuel sorti en 1967/ Collection ChristopheL via AFP

Le film m'a fait basculer dans cette zone indécise où on ne sait jamais si une femme est une vierge ou une putain. Aujourd'hui, des gens me regardent comme s'il y avait encore en moi quelque chose de "Belle de jour".

Catherine Deneuve, in "Télérama", 1996

Dès les années 1960, Catherine Deneuve s'impose comme une star du cinéma, mais ce sont avant tout son visage et sa beauté qui sont mis en avant. Si sa prestation d'actrice dans "Répulsion" de Roman Polanski est remarquée en 1965, il faut attendre "Belle de jour" de Luis Buñuel, deux ans plus tard, pour voir la jeune femme dans un rôle qui lui permet de montrer ses indéniables talents d'actrice.

Tiré d'un roman de Joseph Kessel, le film est à la lisière de l'érotisme. Deneuve y incarne Séverine, une épouse réservée qui ne trouve pas de plaisir auprès de son mari. En proie à des fantasmes masochistes, elle se livre à de la prostitution occasionnelle dans une maison close.

Catherine Deneuve dans le film "Belle de jour" de Luis Buñuel sorti en 1967. [Robert et Raymond Hakim - Collection ChristopheL via AFP]Catherine Deneuve dans le film "Belle de jour" de Luis Buñuel sorti en 1967. [Robert et Raymond Hakim - Collection ChristopheL via AFP]

Le tournage est très difficile pour l'actrice qui doit jouer des scènes où elle est battue, insultée et violée. Réservée et pudique, Catherine Deneuve redoute particulièrement les scènes de nu. Elle dira par la suite s'être sentie très seule sur ce tournage. Ayant l'impression d'être plus utilisée que dirigée par Luis Buñuel, elle est tentée plusieurs fois de renoncer.

Le film reçoit le Lion d'or à la Mostra de Venise et l'actrice une nomination aux Bafta.

>> A voir: la bande-annonce du film "Belle de jour" de Luis Buñuel (1967)

Sur proposition de Catherine Deneuve, c'est Yves Saint Laurent qui dessine toute sa garde-robe sur ce film. L'actrice avait rencontré le couturier français en 1965. Alors mariée au photographe britannique David Bailey, elle devait être présentée à la reine d'Angleterre. Son mari lui avait conseillé de s'adresser à Yves Saint Laurent. S'ensuivent quarante ans d'amitié et d'admiration réciproques. Désormais c'est le grand couturier français, décédé en 2008, qui habillera l'actrice à la ville comme à la scène.

Dans "Belle de jour", les habits du personnage de Séverine, dont la petite robe noire qui deviendra culte, forgent l'image d'une femme fatale et fragile à la fois. "Deneuve joue d'un "érotisme chaste", et brouille témérairement son image de star clean sur fond de pochade surréaliste: un objet de désir pour le moins obscur sous des dehors lumineux", décrira en 1993 le Mensuel du cinéma.

Ce rôle de bourgeoise qui se prostitue impressionne durablement les esprits, tout en renforçant cette image de "blonde glacée" ou hautaine qui va désormais coller à la peau de l'actrice. En partie aussi parce que la star française, plutôt réservée, se livre peu sur sa vie privée et amoureuse.

Catherine Deneuve tourne une seconde fois avec Luis Buñuel en 1970 dans "Tristana". Là encore, le réalisateur n'hésite pas à lui offrir un rôle hors-norme: celui d'une unijambiste aigrie. Un personnage difficile pour Catherine Deneuve, mais contrairement à "Belle de jour", l'entente sur le tournage est cette fois-ci parfaite avec le réalisateur.

Chapitre 04
"Les demoiselles de Rochefort", la complicité avec Françoise

Bernard Allemane - Ina via AFP

Ce film, pourtant si beau, si important pour moi, va devenir un souvenir malheureux, et je ne pourrai plus le regarder avant des années.

Catherine Deneuve, dans "Elle" en 2002

Si Catherine Deneuve a toujours dit qu'elle avait commencé le cinéma un peu par hasard, sa soeur Françoise Dorléac, elle, n'a jamais caché ses ambitions d'actrice. En 1966 dans L'Express, la jeune femme de 24 ans expliquait: "Vous comprenez, je veux être une star. Ne riez pas, je veux être une star, je veux le sommet ou rien. Ce ne sera jamais assez haut pour mon goût. Je suis insatisfaite de nature, quand j'aurai atteint ce qu'en ce moment j'imagine être le sommet, je trouverai que c'est encore bien bas."

C'est elle qui avait convaincu Catherine alors âgée de 16 ans, de jouer le rôle de sa soeur dans "Les portes claquent" de Michel Fermaud et Jacques Poitrenaud en 1960. Afin de ne pas faire de l'ombre à cette soeur aux ambitions plus grandes que les siennes, Catherine avait d'ailleurs décidé très rapidement dans sa carrière de prendre comme nom de scène Deneuve, le patronyme de leur mère.

Lorsque "Les parapluies de Cherbourg" triomphent à Cannes en 1964, Catherine Deneuve est partagée entre le succès du film et la déception de sa soeur, elle aussi sur la Croisette pour défendre "La peau douce". Un long métrage de Truffaut qui concourrait aussi pour la Palme, mais qui est très mal reçu par la critique.

Et même si Françoise encaisse le triomphe de sa cadette, les deux soeurs décident de ne jamais plus tourner ensemble, afin d'éviter d'être mises en concurrence par les médias et les critiques. Une promesse qu'elles ne tiendront pas lorsqu'on leur propose en 1966 de jouer des soeurs jumelles dans la comédie musicale de Jacques Demy, associé une nouvelle fois au compositeur Michel Legrand.

"Les demoiselles de Rochefort" met en scène Delphine et Solange, des jumelles de 25 ans. La première donne des cours de danse, la seconde des cours de solfège. Elles vivent de musique et rêvent de rencontrer le grand amour. Comme pour "Les parapluies de Cherbourg", les voix des actrices sont ici doublées.

>> A voir: la bande-annonce du film "Les demoiselles de Rochefort" de Jacques Demy

Pour préparer leurs rôles, les deux soeurs partent à Londres, prennent des cours de danse et s'exercent à poser les paroles en play-back sur les chansons déjà enregistrées. Des moments qui font renaître leur complicité. "J'ai un souvenir extraordinaire de ce tournage, surtout à cause de Françoise (...) Le film de Demy nous a permis de nous retrouver. En plus, comme nous sommes jumelles dans le film, cette relation a contribué à nous replonger dans l'atmosphère de notre adolescence", écrira en 1996 Catherine Deneuve dans son livre "Elle s'appelait Françoise...".

Film insouciant et léger, hommage à la comédie musicale américaine, "Les demoiselles de Rochefort" sort en mars 1967 et devient un succès international grâce au doublage en anglais.

Le 26 juin de cette même année, Françoise Dorléac doit se rendre à Londres pour la projection du film. Alors qu'elle roule beaucoup trop vite en direction de l'aéroport de Nice, sa voiture sort de la route et prend feu. La jeune femme de 25 ans décède dans l'accident.

Catherine est dévastée par la perte de sa soeur. Pendant les années qui suivent, elle enchaîne des projets qui ne marqueront pas sa filmographie, mais qui l'empêchent de sombrer. L'actrice mettra beaucoup de temps avant de pouvoir ce serait-ce qu'évoquer en public sa soeur adorée.

Au moment du décès de Françoise, Catherine Deneuve est mariée depuis 1965 avec le photographe anglais David Bailey. Le couple est établi à Londres, mais petit à petit, l'actrice et son mari s'éloignent. A la fin de cette année 1967, Catherine Deneuve décide de rester définitivement à Paris et quitte son mari. Le divorce sera prononcé en 1972.

L'actrice Catherine Deneuve et son mari, le photographe britannique David Bailey. [AFP]L'actrice Catherine Deneuve et son mari, le photographe britannique David Bailey. [AFP]

Chapitre 05
"Ça n'arrive qu'aux autres", en duo avec Mastroianni

Bernard Prim - Collection ChristopheL via AFP

Notre métier et le film de Nadine Trintignant nous ont rapprochés. Equipe réduite. Le sujet s'y prêtait. Souvent, nous ne disposions que d'une voiture avec un opérateur, un ingénieur du son. Nadine filmait ou conduisait. Marcello faisait le "clap" ou alors c'était moi. Le film terminé, Marcello est resté dans ma vie.

Catherine Deneuve, in "Le Soir Illustré", 1976

C'est à l'automne de l'année 1970, lors d'un dîner chez Roman Polanski, que Catherine Deneuve fait la connaissance de Marcello Mastroianni, star du cinéma italien. Ils se retrouvent en janvier de l'année suivante sur le tournage de "Ça n'arrive qu'aux autres" de Nadine Trintignant. Un drame inspiré du vécu de la réalisatrice française racontant l'histoire d'un couple qui tente de surmonter la mort subite de leur petite fille.

>> A voir: un extrait du film "Ça n'arrive qu'aux autres" de Nadine Trintignant (1971)

Les deux acteurs sont criants de vérité. "Catherine Deneuve est "indestructible". Sans sa délicatesse, sa force, sa pudeur intelligente, le film aurait été impossible ou au moins douloureux. Tourner avec Catherine simplifie tout", indique la réalisatrice dans "Cinéma" en 1972, avant d'ajouter: "Je voulais obtenir que Catherine et Marcello soient à bout, aient même physiquement cet air d'être au-delà de tout, au-delà d'eux..."

A la fin de ce tournage émotionnellement éprouvant, les deux acteurs sont devenus des amants. Elle a 27 ans, lui 46. Ils forment l'un des couples les plus glamours du cinéma. En 1972 naît de cette union une fille, Chiara, future actrice elle aussi. Une vie de famille heureuse qui dure un temps. Puis c'est la rupture.

Mastroianni, toujours marié en Italie, n'a pas l'intention de divorcer. Catherine aspire à autre chose. Elle met fin à leur relation, sans pour autant couper les ponts. "Nous sommes restés les meilleurs amis du monde", disait l'acteur italien décédé en 1996.

Chapitre 06
"Dernier métro", le rôle de la maturité

Jean-Pierre Fizet - Collection ChristopheL via AFP

Je me souviens que Truffaut disait avoir voulu me donner un rôle de femme sérieuse, avec des responsabilités, où seraient mises en valeur à parts égales la séduction et la maturité.

Catherine Deneuve, in "Télérama" 1996

Aux débuts des années 1980, Catherine Deneuve aborde un tournant difficile dans une carrière d'actrice, celui de la quarantaine. Fini, les rôles de jeunes filles à l'air le plus souvent virginal, elle doit passer à autre chose. Grâce au réalisateur François Truffaut, elle campe en 1980 une femme qui accepte ses désirs comme ses contradictions dans "Le dernier métro". Un chef-d'oeuvre qui marque de manière définitive la carrière de la Française.

"J'ai eu la chance de faire des films importants à des moments charnières", expliquera l'actrice dans Télérama en 1996. [...] Par exemple "Le dernier métro". Je me souviens que Truffaut disait avoir voulu me donner un rôle de femme sérieuse, avec des responsabilités, où seraient mises en valeur à parts égales la séduction et la maturité."

Son premier César

C'est la deuxième fois que la figure majeure de la Nouvelle Vague fait tourner Deneuve. La première fois, c'était en 1968 pour "La sirène du Mississippi" dans lequel l'actrice donnait la réplique à Jean-Paul Belmondo. Le film avait fait un flop dans les salles, mais a eu son importance dans la vie privée de l'actrice. Lors du tournage, une histoire d'amour était née entre le réalisateur et son actrice. Une relation restée secrète pendant longtemps. Et lorsque Catherine Deneuve rompt en 1970, Truffaut tombe en dépression et devient jaloux de la relation qu'elle entame avec Marcello Mastroianni.

Malgré tout, le réalisateur qui avait toujours dit qu'il donnerait un rôle de maturité à Deneuve, tient parole avec "Le dernier métro". L'action se passe à Paris en 1943 sous l'Occupation. Marion Steiner (Catherine Deneuve) est une actrice de renom qui doit assurer la direction du théâtre Montmartre à la place de son mari qui est juif. Officiellement celui-ci est réfugié en Amérique, mais vit en réalité reclus et caché dans les caves du théâtre. Chaque soir, sa femme lui rend visite et lui raconte la vie de la troupe qui travaille sur "La disparue", une pièce dans laquelle elle donne la réplique à Bernard Granger, un jeune comédien qui vient d'arriver.

>> A voir: la bande-annonce du film "Le dernier métro" de François Truffaut

"[Truffaut] m'a poussée à oser avoir un certain ton, à parler avec une certaine autorité, sans devenir antipathique. Il l'a fait parce qu'il me connaissait dans la vie, il savait que je pouvais aller dans cette direction. Il savait aussi que je n'osais pas encore vraiment, que c'était difficile. Il a toujours pensé qu'il y avait en moi un côté "Belle au bois dormant". C'est-à-dire en même temps quelque chose qui se donnait et quelque chose qui se refusait, qu'il fallait déverrouiller. Il m'a beaucoup aidée", confessera Catherine Deneuve dans Les Cahiers du cinéma en 1999.

>> A voir: une archive avec Catherine Deneuve qui vient de jouer dans "Le dernier métro" de François Truffaut (Spécial Cinéma, 1980)

Catherine Deneuve en 1980. [RTS]
Spécial cinéma - Publié le 30 septembre 1980

Le film est plébiscité par la critique et par le public. Il reçoit dix César, dont celui de la meilleure actrice pour Catherine Deneuve qui connaît peut-être là son plus beau rôle.

A travers "Le dernier métro", le public découvre aussi un nouveau couple à l'écran: celui qu'elle forme avec Gérard Depardieu qui campe le rôle de Bernard Granger. Suite à ce film, ils seront amis dans la vraie vie, mais ne vont plus cesser de s'aimer, de se séparer et de se retrouver sur la pellicule d'une dizaine de films.

Chapitre 07
"Ma saison préférée", l'amitié avec André Téchiné

Patrick Billard - AFP

Travailler avec André, c'est plus du désir et de la complicité que de la fidélité, parce que la fidélité implique que ça se fait aveuglément.

Catherine Deneuve, in "Voir" 1997

On a souvent dit que les années 1980 avaient été les années Deneuve. En plus de nombreux tournages, elle est plébiscitée en 1985 par la population française pour prêter ses traits à Marianne, symbole de la République.

Les années 1980 marquent aussi le début de sa longue complicité avec André Téchiné, un réalisateur avec qui elle a partagé à ce jour huit films. Sur le tournage de leur première collaboration, "Hôtel des Amériques" sorti en 1981, c'est le coup de foudre professionnel entre l'actrice et le réalisateur. Avec Téchiné, Catherine Deneuve rompt avec son image sophistiquée pour des personnages plus humains et plus proches du public.

"André et moi, ç'a été une vraie rencontre, une relation professionnelle qui s'est bâtie sur une amitié", indiquera l'actrice dans Voir en 1997. De son côté, André Téchiné expliquera dans la revue Tausend Augen en 2001: "Catherine Deneuve est une actrice que j'ai envie de retrouver. Je crois que je ne pourrai pas faire deux-trois films dans la continuité, mais en revanche quand j'ai fait un ou deux films sans elle, j'ai envie de la retrouver, de la filmer à nouveau. Elle est évidemment toujours la même, mais aussi avec les changements inévitables du temps, et j'ai envie d'inscrire cela dans une fiction."

Selon Gwénaëlle Le Gras, historienne du cinéma interrogée par la RTS en 2020, c’est le cinéaste André Téchiné qui a su le mieux thématiser la vieillesse de Catherine Deneuve dans ses films, notamment dans "Ma saison préférée", sorti en 1993.

Une première collaboration avec sa fille

Cette troisième collaboration a d'ailleurs une saveur particulière pour l'actrice française puisqu'elle donne pour la première fois la réplique à sa fille Chiara.

>> A voir: la bande-annonce du film "Ma saison préférée" d'André Téchiné

"Ma saison préférée" est une histoire d'amour entre un frère et une soeur. Emilie (Catherine Deneuve), notaire de province, mène une vie conjugale monotone auprès de son mari Bruno. Après des années sans le voir, elle retrouve son frère Antoine (Daniel Auteuil) au moment où leur mère connaît des problèmes cardiaques. L'occasion pour le frère et la soeur de faire le point sur leur existence.

"Catherine Deneuve trouve ici l'une de ses plus éblouissantes compositions. Passant avec une aisance déconcertante d'un registre à l'autre, amenant au cœur même des séquences les plus graves une légèreté inaccoutumée, elle étonne de bout en bout par sa capacité à jouer de son visage, à faire passer les émotions les plus extrêmes sur ses traits là où elle use habituellement d'une certaine distance", analyse le Mensuel du Cinéma.

Chapitre 08
Avec "Potiche", Deneuve ose tout

Valery Hache - AFP

C'est vrai que ce n'est pas une chose qui me caractérise d'emblée aux yeux du public. Je suis une comédienne, pas une actrice comique. Mais c'est vrai que, dans "Potiche", je me suis lâchée.

Catherine Deneuve, in "Le Journal du Dimanche", 2010

Aux débuts des années 1990, Catherine Deneuve tourne avec Régis Wargnier "Indochine" pour lequel elle reçoit un deuxième César en 1993. A l'orée de la cinquantaine, c'est une nouvelle période qui s'ouvre pour l'actrice, dans ce monde du 7e art où un plafond de verre fait souvent disparaître des écrans les comédiennes de plus de cinquante ans.

Deneuve passe le cap et navigue entre succès populaires et cinéma d'auteur. Depuis son partenariat avec Chanel dans les années 1970 qui lui avait permis de se faire connaître sur le plan international et particulièrement aux Etats-Unis, Deneuve a souvent fait des publicités. Une manière de gagner beaucoup d'argent, ce dont elle n'a jamais eu honte. "Que ce soit bien clair: on fait de la publicité pour gagner de l'argent, ceux qui disent autre chose sont des hypocrites", martèlera-elle ainsi dans les colonnes du Monde en 1997.

Cette indépendance financière bienvenue pour une femme qui se dit très dépensière lui permet aussi de choisir ces films depuis de nombreuses années. Et désormais, à 50 ans, elle ose tout et décide de s'amuser dans des rôles parfois insolites.

Ainsi en 1999, dans "Belle-maman" de Gabriel Aghion, elle joue une belle-mère fumeuse de pétard et tombeuse d'hommes qui n'hésite pas à piquer le mari de sa fille, interprété par Vincent Lindon. Que ça soit dans ce film ou dans "Elle s’en va", d’Emmanuelle Bercot en 2013, ses personnages "ont droit à une vie sentimentale et sexuelle qui ne sont pas sanctionnés par une fin tragique", précise Gwénaëlle Le Gras.

Catherine Deneuve et Vincent Lindon dans "Belle-maman" sorti en 1999. [Jean Marie Leroy - Collection ChristopheL via AFP]Catherine Deneuve et Vincent Lindon dans "Belle-maman" sorti en 1999. [Jean Marie Leroy - Collection ChristopheL via AFP]

En 2000, on peut l'admirer dans "Dancer in the Dark" de Lars von Trier, qui remporte la Palme d'or à Cannes.

>> A lire également, notre grand-format: "Dancer in the Dark", le mélodrame musical de Lars von Trier

L'année suivante, à 60 ans, Catherine Deneuve est une sublime peau de vache dans "Huit femmes" de François Ozon. Un second rôle qui ne pose aucun problème à la star française. Sept ans plus tard, ce même réalisateur lui propose "Potiche". Adaptée d'une pièce de théâtre, cette comédie de moeurs a pour thème principal le sexisme.

Le film se passe en 1977 dans une petite ville fictive située au nord de la France. L'usine de parapluies Pujol-Michonneau est dirigée d'une main de maître par un patron réactionnaire et misogyne (Fabrice Luchini). Lors d'un mouvement de grève, ce dernier est séquestré et fait une crise cardiaque. Afin de lui laisser le temps de se remettre, sa femme (Catherine Deneuve), surnommée "la potiche" par leur fille, décide de reprendre la direction de l'entreprise. Elle qui avait toujours supporté sans broncher les vexations et les infidélités de son mari, se révèle être bien moins soumise qu'il n'y paraissait.

>> A voir: la bande-annonce du film "Potiche" de François Ozon

A presque 70 ans et avec une telle carrière, on aurait pu penser que l'actrice allait ensuite apparaître moins souvent sur les écrans ou se retirer discrètement. Mais que nenni. Deneuve multiplie les rôles et les styles. Elle n'hésite pas à jouer la reine d'Angleterre dans "Astérix et Obélix, au service de Sa Majesté" en 2012 ou à donner la réplique au rappeur Nekfeu dans "Tout nous sépare" de Thierry Klifa en 2017.

Au moment de recevoir son prix à la Mostra la semaine dernière, on apprenait qu'elle était venue entre deux tournages en cours. A 78 ans, Catherine Deneuve est infatigable et le 7e art ne peut que s'en réjouir.