Modifié

"Les folies fermières", les artistes à la rescousse de la ferme

L'affiche du film "Les folies fermières" de Jean-Pierre Améris. [Apollo Films]
Les invités: Jean-Pierre Améris et David Caumette, "Les folies fermières" / Vertigo / 23 min. / le 6 mai 2022
Inspiré d’une histoire vraie, "Les folies fermières" est le 19e film du réalisateur français Jean-Pierre Améris. À la fois drôle et touchant, il dénonce la détresse du milieu de l’agriculture. À voir actuellement dans les salles romandes.

David (Alban Ivanov), paysan du Cantal, est dos au mur: il a deux mois pour sauver son exploitation agricole de la faillite. Il lui vient alors l'idée d’ouvrir le premier cabaret à la ferme de France. Il propose à la danseuse Bonnie Starlight (Sabrina Ouazani) de lui prêter main-forte. Cependant, cette dernière, la famille et surtout le grand-père de David sont sceptiques. Parviendra-t-il à sauver sa ferme?

Une histoire vraie

L’histoire racontée par le film est inspirée de celle, bien vraie, de David Caumette, un agriculteur français. En 2018, la chaîne de télévision France 3 consacre un reportage entier à son cabaret à la ferme. Interrogé par la RTS, il explique le but de son projet: "Les mondes de l’agriculture et de la culture n’étaient au départ jamais censés se rencontrer. L’objectif des Folies Fermières est justement de créer cette rencontre et de faire travailler ces deux mondes ensemble pour sauver une ferme. Les artistes donnent le meilleur d’eux-mêmes sur scène, et les agriculteurs donnent le meilleur d’eux-mêmes pour que de bons produits soient servis dans les assiettes."

En regardant le reportage sur sa télévision, Jean-Pierre Améris est immédiatement conquis. "Je souhaitais raconter cette histoire au public à travers un film", précise-t-il à la RTS. Trois semaines plus tard, il retrouve David Caumette chez lui, dans sa ferme. Il rencontre sa famille et assiste au spectacle du cabaret le soir même. Bien que David Caumette ait reçu de nombreuses propositions suite à la diffusion du reportage, il accepte celle du réalisateur - le seul s’étant donné la peine de se déplacer.

>> À regarder, la bande-annonce du film:

L’agriculture, un monde qui se meurt

Les chiffres sont alarmants: en Suisse, 447 paysans se sont donnés la mort entre 1991 et 2014, tandis qu'en France, on dénombre 350 suicides annuels. Pourtant, leur métier est indispensable. Au milieu de cette tristesse, le cabaret agit comme une étincelle, en revalorisant le terroir. "C’est aussi pour cela qu'il était important de réaliser ce film. Puisque la situation est désespérée et que tout est difficile, autant faire quelque chose", explique Jean-Pierre Améris.

"Mon arrière-grand-père, mon grand-père et mon père ont toujours fait la même agriculture, c’est-à-dire la polyculture et l’élevage, ajoute David Caumette. Ils parvenaient à en vivre. Aujourd'hui, cette agriculture ne fonctionne plus. Dans ma commune, Garrigue, il y a cinquante ans en arrière, sur 300 habitants, 200 vivaient des métiers de l’agriculture. Aujourd'hui, il reste dix agriculteurs, et je suis le seul éleveur."

Une scène du film "Les folies fermières" de Jean-Pierre Améris. [Caroline Bottaro - DR]Une scène du film "Les folies fermières" de Jean-Pierre Améris. [Caroline Bottaro - DR]

Un parallèle entre réalité et fiction

Lorsqu'il a l’idée d’ouvrir un cabaret, dans le film comme dans la réalité, David Caumette crée la surprise, voire l’incompréhension. "Il faut réadapter notre agriculture aux nouveaux besoins des consommateurs et diversifier notre métier, mais c’est quelque chose de difficile à comprendre pour les anciennes générations. Dans le film, cela est bien représenté, avec le personnage du grand-père qui n’accepte pas le cabaret. C’est un parallèle avec la vraie vie: lorsque j’ai ouvert le cabaret, les copains de mon grand-père lui ont dit 'Faites attention. Votre fils, il file du mauvais coton. Le cabaret, c’est la drogue et la prostitution!'"

Malgré les réserves initiales, les efforts de David Caumette et de son équipe ont payé. "En quinze ans, nous avons créé deux commerces de proximité, la boutique des producteurs et le premier cabaret à la ferme de France, ainsi que quinze emplois. Les artistes ont sauvé la ferme, et l'administration française ne sait toujours pas dans quelle case me mettre!"

Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert

Adaptation web: Myriam Semaani

"Les folies fermières", à voir actuellement dans les salles romandes.

Publié Modifié