Publié

"Ma famille afghane", un film d'animation pour évoquer des réalités douloureuses

Visuel du film "Ma famille afghane" de Michaela Pavlátová.
img téléchargeable sur le site https://www.firsthandfilms.ch/ qui fournit le kit press
Negativ Film Production [First Hand Films - Negativ Film Production]
Ma famille afghane / Vertigo / 6 min. / le 29 avril 2022
À travers les yeux de Herra, une jeune Tchèque partie en Afghanistan pour rejoindre son amoureux Nazir, la réalisatrice Michaela Pavlátová fait le portrait d'une famille afghane complexe, entre bienveillance, désir de liberté et valeurs patriarcales. Au voir actuellement dans les salles romandes.

Film d’animation franco-tchécoslovaque adapté du roman de la journaliste tchèque Petra Procházková, "Ma famille afghane" a été récompensé du prix du jury au festival d’Annecy. Il raconte l’histoire d’Helena, une jeune étudiante vivant à Prague qui s’installe à Kaboul par amour pour un afghan du nom de Nazir. Sur place, elle découvre une société où le patriarcat est très visible.

Un film d’animation pour adultes

Interrogée par la RTS, Michaela Pavlátová raconte: "J’ai fait beaucoup de courts métrages d’animation dans le passé. Lorsque j’ai décidé de faire un long métrage d’animation, je savais que je souhaitais raconter une histoire qui n’était pas destinée aux enfants, ni à l’animation. En m’adressant aux adultes, je souhaite prouver que l’animation peut traiter de tous les sujets".

>> À regarder, la bande-annonce de "Ma famille afghane" (sous-titré en français):

La lecture du livre de Petra Procházková l’inspire: "Je me suis rendu compte qu’il était important pour moi de trouver un personnage principal féminin intéressant. C’est le cas de l’héroïne du livre. C’est une histoire d’amour, mais il y a aussi de l’humour et un point de vue européen. La famille afghane est introduite par le prisme du personnage principal. Cette famille est à la fois si différente et si proche de nous."

Pourtant, la réalisatrice et son équipe optent dans un premier temps pour un film en prises de vues réelles. "C’était très compliqué. Mes producteurs ne pouvaient pas tourner en Afghanistan, et auraient dû se rendre au Maroc à la place, mais avec des acteurs et actrices afghans et afghanes, ce qui aurait été difficile. Ils n’ont pas non plus trouvé de financement. Lorsque je leur ai dit que je souhaitais adapter le livre en film d’animation, ils étaient heureux. Nous avons aussi trouvé des coproducteurs plus facilement."

>> À écouter, "Ma famille afghane" dans le débat cinéma de "Vertigo":

Visuel du film "Ma famille afghane" de Michaela Pavlátová.
img téléchargeable sur le site https://www.firsthandfilms.ch/ qui fournit le kit press
Negativ Film Production [First Hand Films - Negativ Film Production]First Hand Films - Negativ Film Production
Débat cinéma / Vertigo / 25 min. / le 27 avril 2022

L’animation pour aborder les sujets sensiblesL'affiche du film "Ma famille afghane" de Michaela Pavlátová. [Negativ Film Production]L'affiche du film "Ma famille afghane" de Michaela Pavlátová. [Negativ Film Production]

Ces dernières années, des films d’animation comme "Persepolis" ou "Valse avec Bachir" ont dépeint des pays musulmans et moyen-orientaux de manière réaliste.

Qu’est-ce qui rend ces régions si intéressantes pour l’animation? Difficile à dire pour Michaela Pavlátová: "C’est en effet surprenant. Personnellement, j’ai décidé de faire ce film car j’ai aimé le livre, tout simplement. On a tendance à se désintéresser de l'Afghanistan parce qu’il n’y a que des problèmes, mais il ne faut pas l’oublier."

Et l'animation permet de montrer un monde qui n'existe pas. "Vous le créez, que cela soit avec des dessins ou des marionnettes. L’animation est comme un filtre qui peut adoucir des sujets parfois trop douloureux, trop directs ou trop désagréables. Cela peut rendre certaines scènes plus acceptables, comme les scènes traumatisantes, de sexe ou de violence."

Des personnages nuancés

Malgré la présence du livre, l’écriture du scénario s’est avérée compliquée, "surtout lorsqu’on cherche à donner une chance à tous les personnages, même aux mauvais, explique la réalisatrice. Nous souhaitions montrer qu’ils sont tous humains, et qu'ils ont des raisons d'agir comme ils le font. Par exemple, parfois ils ne sont pas assez éduqués pour se comporter d’une certaine façon. Nous souhaitions aussi montrer plusieurs facettes des personnages, comme dans les films en prise de vue réelle. J’ai travaillé avec quelques personnes qui m’ont aidée à ne pas simplifier les personnages, à ne pas les rendre trop mauvais ou trop bons. Chaque individu est complexe, nuancé."

Propos recueillis par Yacine Nemra

Adaptation web: Myriam Semaani

"Ma famille afghane", de Michaela Pavlátová, à voir dans les salles romandes.

Publié