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Les services de streaming devront débourser plus pour le cinéma suisse

Netflix et les plateformes de streaming devront réinvestir 4% de leurs revenus dans la production de films suisses [RTS]
Netflix et les plateformes de streaming devront réinvestir 4% de leurs revenus dans la production de films suisses / 19h30 / 1 min. / le 16 septembre 2021
Les services de streaming, comme Netflix, HBO ou Disney+, devront passer à la caisse et consacrer au moins 4% de leurs recettes au cinéma suisse. Le Conseil national s'est finalement rallié jeudi au Conseil des Etats par 119 voix contre 71.

Face à l'explosion des plateformes en ligne, le gouvernement a concocté un projet pour protéger le secteur. Les services de streaming et les diffuseurs étrangers, comme TF1 ou M6, devront affecter 4% de leurs recettes brutes réalisées en Suisse à la création cinématographique suisse indépendante.

Cela permettra de créer les mêmes conditions pour les prestataires étrangers et suisses, a expliqué Marie-France Roth Pasquier (Centre/FR) au nom de la commission. Tous les pays voisins connaissent un système d'investissement ou de taxe. Isabelle Chevalley (PVL/VD) a rappelé qu'en France, ce seuil est de 26% du chiffre d'affaires et en Italie de 20%.

Par ailleurs, a avancé Lilian Studer (Centre/AG), les jeunes consomment de plus en plus de films via les plateformes comme Disney+. Les films suisses sont sous pression et il est donc juste que ces distributeurs soient tenus de les soutenir.

Référendum souhaité par les jeunes des partis de droite

Les jeunes des partis de droite ne partagent pas cet avis et commencent à récolter des signatures pour un référendum, avec le soutien du Parti Pirate. Mais tout n'est pas encore joué puisque la loi doit repasser devant le Conseil des Etats lundi, même s'il a déjà dit oui à la taxe Netflix.

Les jeunes des partis de droite (PLR, UDC, PVL et Centre) avaient déjà annoncé un référendum avant que la décision ne soit prise, si le Conseil national décidait d'un prélèvement de 4%. Ils craignent que les consommateurs ne doivent finalement financer la taxe par une augmentation du prix des abonnements. Comme ils l'ont annoncé jeudi sur Twitter, ils collectent actuellement des signatures pour un référendum. Ils ont également le soutien du Parti Pirate.

Soutien suffisant avec 2% pour certains

Peter Keller (UDC/NW) a plaidé pour fixer l'investissement à 2%. Cela suffit à soutenir la culture. Les ménages n'ont pas à passer trois fois à la caisse. Et les entreprises privées ne doivent pas être obligées à soutenir la production étatique.

Si le seuil est trop bas, les plateformes préféreront payer une amende plutôt qu'à réellement investir dans la production helvétique, leur a rétorqué Fabien Fivaz (Verts/NE).

Christian Wasserfallen (PLR/BE) aurait voulu renoncer à toute obligation d'investissement. La Suisse met déjà à disposition 150 millions de francs par année. Mais quelle série ou quel film suisse avez-vous regardé ces derniers mois? a-t-il demandé à ses collègues. La Suisse n'a pas le même marché du film que ses voisins. Une coopération avec les plateformes ferait plus de sens. Seule l'UDC et quelques PLR l'ont suivi.

Les entreprises qui ne peuvent pas affecter 4% de leur budget au cinéma suisse devront payer une taxe de remplacement. Celle-ci sera due si le seuil des 4% n'est pas atteint en moyenne sur une période de quatre ans.

Une taxe pour la diversité

Les entreprises de streaming devront garantir qu'au moins 30% de la programmation soit dédiée à des films européens. Ceux-ci devront être désignés comme tels et faciles à trouver. Il s'agit de contrecarrer le risque d'une monoculture et de défendre les spécificités suisses, selon le ministre de la culture Alain Berset.

C'est également une condition pour entrer dans le programme européen "Creative Europe". Cette obligation vise aussi les entreprises qui ont leur siège à l'étranger et ciblent le public suisse. Des exemptions sont prévues notamment pour les entreprises qui ne proposent qu'occasionnellement des films.

Le Conseil fédéral devra établir un rapport sur les effets des mesures d'encouragement sur la création cinématographique suisse et sur les entreprises assujetties.

ats/olhor

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Dérogations limitées

Les dérogations à l'obligation d'investir dans le cinéma suisse seront limitées. Seule la SSR en sera exemptée.

La Chambre du peuple avait dans un premier temps ajouté à la liste les télévisions régionales, ainsi que les entreprises qui exploitent ou investissent dans des réseaux. Par 110 contre 77, elle s'est finalement ralliée au Conseil des Etats. Ceux-ci n'étant de toute façon pas concernés par la nouvelle réglementation, il n'y a pas lieu de prévoir une exception spécifique, a précisé Mme Roth Pasquier.

Le National a également suivi le Conseil des Etats concernant l'imputation des prestations publicitaires. La promotion des films d'origine suisse jusqu'à un montant de 500'000 francs par an et par chaîne de télévision pourra notamment être prise en compte. De même que les contributions pour des institutions d'encouragement du cinéma reconnues par l'office fédéral compétent.

Philipp Kutter (PLR/ZH) aurait voulu porter cette somme à 1 million. Sa proposition a été rejetée par 106 voix contre 85. Cela affaiblit l'investissement. Quatre des huit grandes chaînes étrangères n'auraient plus à investir dans les productions helvétiques, a rappelé Sandra Locher Benguerel (PS/GR).

L'industrie audiovisuelle suisse salue cette "Lex Netflix"

Dans un communiqué diffusé jeudi, les professionnels de l'audiovisuel saluent la décision prise jeudi par le Conseil national. Une "Lex Netflix" efficace veillera à ce que l'industrie audiovisuelle suisse soit mise sur un pied d'égalité avec ses concurrents étrangers.

"Nous sommes soulagé-es que le Conseil national introduise une obligation d'investissement avec un taux équivalent à celui pratiqués dans d’autres pays, assurant ainsi des conditions de concurrence équitables pour notre industrie nationale," indique notamment Barbara Miller, présidente de l'Association suisse des réalisateurs-trices et scénaristes de films.

Heinz Dill, président de l'Association suisse des producteurs de films estime quant à lui que "l'obligation d'investissement aidera l'industrie à faire face à la concurrence internationale et à exporter de plus en plus de productions. Et tout cela sans l'argent des contribuables."

>> A écouter, la réaction de Elena Tatti, productrice et co-présidente de lʹAssociation romande de la production audiovisuelle (AROPA) dans "Vertigo":

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