"Les Arpenteurs", chef-d'oeuvre du réalisateur suisse Michel Soutter

Grand Format

RTS

Introduction

Le 10 septembre 1991, Michel Soutter, réalisateur genevois de télévision et de cinéma, auteur de documentaires, chansonnier et également metteur en scène de théâtre, quittait ce monde. A l'occasion des trente ans de son décès, retour sur son chef-d'oeuvre "Les Arpenteurs", sorti en 1972.

Chapitre 01
Déambulations et rencontres fortuites

GROUP 5 / SCHWEIZERISCHE RADIO U / COLLECTION CHRISTOPHEL - AFP

Réalisé en noir et blanc avec un très petit budget, "Les Arpenteurs" du Genevois Michel Soutter est un film qui marque les esprits. Il fait partie des indissociables de ce qu’on a appelé la Nouvelle Vague romande.

Sorti en 1972, le film, qui oscille constamment entre le réalisme intimiste et l’insolite trouble, entre le pragmatisme et la féérie, entre la pudeur et l’explosion des sentiments cachés, prend place dans une campagne déserte où se trouve une maison isolée avec un jardin luxuriant. Arrivent dans ce décor Léon (Jean-Luc Bideau), un grand arpenteur à moustache, et Max (Michel Cassagne), le petit. Leur métier consiste à faire des relevés, en l’occurrence ici pour le tracé d’une future autoroute.

Il y a également deux femmes, Ann (Jacqueline Moore) et Alice (Marie Dubois) qui décide de vivre enfin selon ses désirs. Et il y a aussi Lucien (Jacques Denis).

Le grand Léon n’arpente jamais, ici, que le cœur des dames. De ses enjambées démesurées, ce colosse, important et dérisoire comme l’histoire qu’il traverse, déambule d’un personnage à un autre, d’un objet à un autre. C’est en allant porter un panier de légumes dans une maison que le grand Léon rencontre la première fille qu’il séduit, et c’est en allant chercher la casquette oubliée la première fois qu’il rencontrera la seconde fille, Alice, qu’il ne séduira pas.

Jean-Luc Bideau en séducteur dans "Les Arpenteurs". [Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés.]Jean-Luc Bideau en séducteur dans "Les Arpenteurs". [Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés.]

Les arpenteurs ne reculent devant rien pour exprimer leurs besoins, mais ils ne vont jamais directement à l’essentiel. Ils hésitent, tournent en rond, piétinent sur place, s’interrogent, doutent d’eux-mêmes et d’autrui, s’entêtent à ne voir que leurs désirs les plus immédiats.

Le film s’articule ainsi à partir de rencontres fortuites, de disparitions soudaines, de retrouvailles inespérées et de départs imprévisibles. Et dans cet univers où rien n’est ce qu’il paraît être, les mots les plus simples sont à reconsidérer, les gestes les plus insignifiants sont porteurs d’un sens jusque-là inconnu.

>> A voir, la bande-annonce du film "Les Arpenteurs" de Michel Soutter:

Chapitre 02
Un film sur le désespoir, mais pas désespérant

Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés.

Il est difficile de résumer "Les Arpenteurs", car le film de Michel Soutter ne se résume pas à un synopsis jeté sur le papier. Les déambulations, les dialogues, les moments, les silences, ça ne se raconte pas, ça se vit.

Dans un cadre géographique savamment délimité, Michel Soutter organise un jeu de chassé-croisé amoureux entre ces quatre personnages énigmatiques. Nous sommes ici dans le marivaudage bon teint. Un homme croit aimer une femme mais s’aperçoit, en revenant dans sa maison, que celle qui l’habite n’est pas celle qu’il a connue. Qu’est devenue l’autre? Et finalement, qui est qui? Et le métier d’arpenteur qu’exercent les personnages du film n’intervient que dans la mesure où l’œuvre est construite de manière arithmétique, voir géométrique, et pour permettre la déambulation.

Une scène du film "Les Arpenteurs" de Michel Soutter. [Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés.]Une scène du film "Les Arpenteurs" de Michel Soutter. [Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés.]

"C’est un film sur une forme de désespoir, indiquait le réalisateur, mais je ne voulais pas qu’il fût désespérant; je ne voulais pas faire un travail de démolition, mais seulement constater qu’on démolit les maisons, comme les jardins, une manière d’exister, donc une façon de se comporter vis-à-vis d’autrui. On recommence toujours tout: on vit une existence en en rêvant une autre, pendant que cette existence se détériore et passe." Tout ce désespoir, Michel Soutter l’intègre sous forme d’une comédie poétique et douce-amère.

Le scénario, il l’écrit notamment avec l’aide de sa femme Andrienne. Il revient souvent sur son texte, réécrit, peaufine. A travers les dialogues, Michel Soutter réussit à installer dans un climat plus poétique que réaliste ce ton très particulier.

Tout se passe comme si les personnages parlaient une langue à eux, qu’on appellerait "le Soutter", faite de répliques inattendues et déconcertantes, où les silences, les soupirs, les retards, les blancs comptent autant que les paroles.

"Les mots, dit Michel Soutter, servent seulement d’armature. Une fois le mot envoyé, ce qui compte, c’est la résonance. J’ai voulu faire passer entre les personnages plus d’amitié, plus d’amour. Et dans mes prochains films, je vais essayer que la tendresse que les personnages portent en eux apparaisse davantage encore. La tendresse est pour moi une pudeur et l’expression de mon désarroi."

Michel Cassagne et Jean-Luc Bideau dans "Les Arpenteurs". [Group 5 / Schweizerische Radio u / Collection ChristopheL via AFP]Michel Cassagne et Jean-Luc Bideau dans "Les Arpenteurs". [Group 5 / Schweizerische Radio u / Collection ChristopheL via AFP]

>> A voir, un documentaire de la RTS consacré au réalisateur:

Michel Soutter (6-10)
Cinéma Suisse - Publié le 26 juillet 2012

Dans "Les Arpenteurs", la satire affleure, discrètement. Il y a de la drôlerie, une drôlerie molle qui provoque un rire démultiplié, de petits sourires échangés. Et pourtant il n’y a guère d’espoir pour les personnages. Les maisons seront rasées, les jardins disparaitront. C’est l’automne, la fin d’un monde, le début d’un prochain cycle. Mais pour Michel Soutter, s’il y a du désespoir, il n’y a pas de tristesse. Quand c’est l’automne, on sait que l’hiver va arriver, puis le printemps.

Le cinéaste suisse remet en cause l’attitude du spectateur esthète qui contemple un monde en voie de disparition et la leçon du film est le refus de la passivité.

En regardant vivre les personnages de Soutter, on prend conscience des mille et une censures qui se mettent au travers de nos premières impulsions, au point que nous avons désappris aussi bien la spontanéité que la moindre sincérité dans nos émotions et nos actes. Arpenter le monde pour mieux le cerner, c’est la poétique de Soutter.

Arpenter: marcher de long en large à grandes enjambées entre les maisons, les gens et les sentiments

Texte en surimpression dans les toutes dernières secondes du film "Les Arpenteurs"

Lorsqu'il se lance dans son film en 1972, Soutter n’a que trois semaines pour le terminer, à la fois pour des questions de budget, de délais et d'impératifs techniques. Malgré toutes ces contraintes, il tourne en noir et blanc un des chefs-d’œuvre du cinéma suisse.

>> A écouter, l'émission "Travelling" consacrée au film "Les Arpenteurs":

Jacqueline Moore et Jacques Denis dans "Les Arpenteurs". [Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés.]Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés.
Travelling - Publié le 5 septembre 2021

Chapitre 03
Michel Soutter, poète du cinéma suisse

"Au départ, pour moi, nous dit Michel Soutter, faire des films en Suisse, c’était plus un acte politique qu’un acte artistique. C’était une nécessité vitale. A mon avis, créer un cinéma à tout prix dans un pays qui n’en a pas est un acte politique. C’est à travers lui que nous pourrons nous parler, nous juger, nous regarder. C’est un peu comme d’apprendre à écrire."

Ecrire, Soutter le fait d’ailleurs très vite. Sa vocation, pense-t-il, c’est d’apporter une vision du monde à travers ses mots… donner à lire, à faire réfléchir, à rendre conscient. Il ne sait pas encore que la caméra et l’écriture cinématographique prendront un jour une place prépondérante dans sa vie.

Soutter naît le 2 juillet 1932 à Genève, d’une grand-mère russe et d’un grand-père suisse de Russie. La famille fuit la Révolution de 1917. C’est son parrain, le dramaturge Gabriel Arout qui l’initie au cinéma. Michel Soutter quitte assez tôt le collège, révolté contre l’école qu’il trouve antipoétique. Il songe un moment à se consacrer à la botanique ou à l’entomologie. Mais surtout, il se passionne pour la poésie, achète des ouvrages, dévore les surréalistes. Il remplit des cahiers de textes, chantonne ses compositions en s’accompagnant à la guitare. Il admire Georges Brassens, Léo Ferré et Jacques Brel.

Soutter veut faire comme les Parisiens qui se produisent à la Rose Rouge, des comédiens-chansonniers comme Jean Villard Gilles ou les Frères Jacques. Il monte à Paris. Il apparaît à ce moment-là dans quelques boîtes, croise Jean Ferrat ou Barbara et tente sa chance.

Le réalisateur suisse Michel Soutter. Ici en 1981. [Keystone]Le réalisateur suisse Michel Soutter. Ici en 1981. [Keystone]

Pourtant la chance ne sera pas parisienne, mais suisse. Un soir, deux compatriotes viennent l’écouter pousser la chansonnette. Il s’agit de Franck Jotterand, correspondant de La Gazette de Lausanne à Paris et d’Alain Tanner qui rentre de Londres. Les trois hommes échangent toute la nuit. Ils savent tous que la vie parisienne est difficile et les perspectives quasi nulles.

Mais pour le moment, Michel Soutter y croit encore. Il veut continuer d’écrire, de chanter, de se chercher. Et quand la réalité le rattrape, il finit par rentrer à Genève et contacte Alain Tanner, qui n’ergote pas et l’emmène tout de suite voir "Les raisins de la colère" de John Ford. Soutter est subjugué. L’écriture de John Ford pourrait ressembler à ce qu’il aimerait raconter. Le cinéma pourrait être une porte pour lui.

Tanner le recommande alors à Jean-Jacques Lagrange et à Claude Goretta, devenus les principaux metteurs en scène d’une émission de la Télévision Suisse romande. Ils le prennent sous leur aile, l’un après l’autre comme assistant. Goretta l’engage surtout à mettre sa plume efficace au service du spectacle. Et de la sorte, par le fait du hasard et des rencontres, Michel Soutter apprend un nouveau métier.

Michel Soutter en plein tournage des "Arpenteurs".  [Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés.]Michel Soutter en plein tournage des "Arpenteurs". [Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés.]

Nous sommes dans les années 1960, un ouragan se prépare à balayer le cinéma. Tous les cinémas européens, suisses compris. L’arrivée en tintamarre de la Nouvelle Vague française qui change toute la donne du 7e art. Soudain, on peut faire des films avec une écriture, une caméra, quelques bons acteurs. Rien, en somme.

Une révolution artistique qu’accompagne une révolution technique: la faculté de pouvoir gonfler le 16 mm, considéré comme un format d’amateur, en 35 mm exploitable dans les salles. Rivette, Chabrol, Godard, Truffaut sont montrés en concours ou hors compétition dans les festivals.

Et c’est porté par tout cela: par l’époque, par la technique, par ses camarades, que Michel Soutter se lance dans la réalisation.

1965 marque un tournant: il met en scène et enregistre son texte: "A propos d’Elvire", se marie, et tourne en 16 mm à la sauvette, un moyen métrage. Mais surtout, il commence à se rendre compte que rien n’existe pour soutenir le cinéma suisse. Le cinéma est exclu des soutiens officiels par l'absence d’une loi fédérale. Faut-il pour autant arrêter de faire des films?

En 1967 "Chicorée" de Fredi M. Murer, "L’inconnu de Shandighor" de Jean-Louis Roy et "La lune avec les dents" de Michel Soutter sont projetés à Locarno. "Shandigor" reçoit quelques applaudissements, la projection de Soutter vide la salle, ce qui déçoit bien sûr le réalisateur mais ne l'empêche pas de continuer.

Porté par leurs envies de faire des choses, d’avancer, Alain Tanner, Jean-Louis Roy, Claude Goretta, Michel Soutter et Jean-Jacques Lagrange (remplacé par la suite par Yves Yersin) s'unissent pour produire des films indépendants et prennent le nom de Groupe 5

>> A lire également: LE GROUPE 5 "NOUVELLE VAGUE" ROMANDE

Charles mort ou vif: le film d'Alain Tanner, reflet de 1968. [RTS/Cinémathèque Suisse]Charles mort ou vif: le film d'Alain Tanner, reflet de 1968. [RTS/Cinémathèque Suisse]

En 1969, "Charles mort ou vif" d’Alain Tanner est projeté à la semaine de la critique à Cannes, tandis que la Quinzaine des réalisateurs projette les films de Michel Soutter et de Francis Reusser. La France commence à reconnaître le talent des cinéastes suisses.

"Mais le problème reste entier. Comment imposer un cinéma national auprès de critiques qui ont parfois honte de leurs films? La Suisse n’existe pas. L’isolement est total. Mais grâce au Groupe 5, grâce à la volonté de ces créateurs, un cinéma suisse se met à vivre. Et après "James ou pas", Michel Soutter se lance dans l’aventure des "Arpenteurs".

Le film est coproduit par le Groupe 5 et la Télévision Suisse romande. Les deux parties se répartissent le budget de 160'000 francs. Le réalisateur choisit de tourner en décors naturels et avec un souci de réalisme documentaire qui le caractérise, ou même qui caractérise ce cinéma suisse.

Mais avant tout, explique le réalisateur genevois, il a envie d’inscrire une histoire d’amour à travers des surfaces bien définies, avec des périmètres, des diagonales, des lignes qui se croisent. "C'est ce que je suis parvenu à concrétiser par le métier d’arpenteur, avec cette maison pivot autour de laquelle l’action se développe. Car les arpenteurs possèdent une grande disponibilité dans la vie leur permettant de marcher."

Michel Soutter sur le tournage de son film "Les Arpenteurs". [Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés.]Michel Soutter sur le tournage de son film "Les Arpenteurs". [Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés.]

Le cinéma de Soutter n’est pas un cinéma spectaculaire ou dramatique. Débarrassé de toute intrigue romanesque, de toute superstructure narrative artificielle, de tout rebondissement empathique, il existe par tout ce qu’habituellement on rejette au cinéma: les temps morts, la banalité des personnages et des situations.

Avec une rare économie de moyens, Soutter réussi à rendre fascinant ce qui pourrait être ennuyeux. Pas de cadrages recherchés, pas d’angles de prise de vue insolites, pas de montage éblouissant, mais une attention chaleureuse et patiente portée à des personnages saisis en plans fixes et cadrés de façon à être toujours obligés de se révéler à autrui.

>> A lire également: Michel Soutter, poète du cinéma et de la télévision

Chapitre 04
Marie Dubois et Jean-Luc Bideau

Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés.

L'actrice Marie Dubois dans "Les Arpenteurs" de Michel Soutter. [Group 5 / Schweizerische Radio u / Collection ChristopheL via AFP]L'actrice Marie Dubois dans "Les Arpenteurs" de Michel Soutter. [Group 5 / Schweizerische Radio u / Collection ChristopheL via AFP]Dans "Les Arpenteurs", nous trouvons une jeune comédienne, Marie Dubois, qui joue le personnage d’Alice. La Française a tourné pour Truffaut, Godard, Vadim ou encore Louis Malle. C'est en 1966 qu'elle devient célèbre pour son rôle de Juliette dans "La grande vadrouille" de Gérard Oury. C’est une actrice au jeu très naturel et c’est certainement pour cela que Michel Soutter la choisit pour ses "Arpenteurs".

En 1972, à Cannes, elle reçoit le prix d’interprétation par l’Académie nationale du cinéma pour son rôle d’Alice.

Mais un autre comédien prend toute la place dans le film. C’est, avec Michel Simon, le comédien fétiche de cette Nouvelle Vague helvétique. Il s’appelle Jean-Luc Bideau. C’est un peu notre Belmondo suisse, mâtiné de longues jambes, un colosse pensif et fataliste. Il apprend son métier au Conservatoire de Paris au début des années 1960. Il en sort même avec un deuxième prix classique et le Prix de la Critique.

On peut le voir jouer ici ou là, dans différents théâtres. C’est la galère. Durant les six ou sept années qu’il passe à Paris, Bideau ne parvient absolument pas à s’intégrer. Et il n’est pas le seul. Goretta, Tanner, Soutter, tous disent leur horreur de la vie parisienne, survoltée, qui rend superficiels tous les rapports.

Aucun Godard, aucun Truffaut ne le découvre. Sa première vraie rencontre a lieu en 1968 avec Alain Tanner. Les Suisses récupèrent leur compatriote et l’utilisent.

Jean  Luc Bideau dans Les Arpenteurs, 1970 [RTS]Jean Luc Bideau dans Les Arpenteurs, 1970 [RTS]

Après avoir fait de lui un des infirmiers qui emmènent Charles à l’asile, à la fin de "Charles mort ou vif", Alain Tanner lui confie le principal rôle de "La salamandre", Claude Goretta le dirige dans "Le jour des noces" et dans "L’invitation". Et Michel Soutter en fait deux fois sa vedette: dans "James ou pas" et dans "Les Arpenteurs".

>> A lire également, un grand-format: Jean-Luc Bideau, l'arpenteur

Chapitre 05
En sélection officielle à Cannes

Avec "Les Arpenteurs" de Michel Soutter, le cinéma suisse a effectué son entrée sur la scène internationale. C’est un film croustillant au plus haut point qui, sous ses allures de pochade, n’aborde pas moins quelques problèmes propres à une société fermée sur elle-même. "Cela fait penser, parfois par le côté impromptu, au meilleur Godard" écrit François Maurin dans L’Humanité en 1972.

L'affiche du film "Les arpenteurs" de Michel Soutter sorti en 1972. [DR]L'affiche du film "Les arpenteurs" de Michel Soutter sorti en 1972. [DR]Achevé en février 1972, "Les Arpenteurs" sort en grande première trois mois plus tard à Cannes où il est en compétition. Il remplit la salle du Palais des festivals d’un public attentif et chaleureux.

"Si 'Les Arpenteurs' nous touche, lit-on dans la critique, c’est que nous sentons bien que les personnages, aussi fragiles et vulnérables que nous-mêmes n’ont pour se raccrocher que de petites choses également fragiles et dérisoires comme un panier de légumes ou un étui à lunettes, alors ce film léger peut paraître grave". Mais cette légèreté grave ne décroche aucun prix.

>> A voir, l'équipe du film "Les Arpenteurs" à Cannes:

MIchel Soutter à Cannes [RTS]
Plateau libre - Publié le 22 mai 1972

Au cours de l’année, le cinéaste obtient encore une prime fédérale à la qualité de 60’000 francs et son film est distribué en Suisse romande et en Suisse alémanique, ainsi qu’à Paris où il reste huit mois à l’affiche, prenant la suite de "La salamandre" d’Alain Tanner au cinéma Saint-André-des-Arts.

La presse suisse loue quasi à l’unanimité ce nouveau film, la presse française aussi, tous s’accordent sur un point: Soutter impose un style, un ton, des personnages et un humour propre tout à fait originaux.

Les critiques soulignent encore la qualité d’un spectacle enchanteur suspendu tout aussi bien aux images qu’aux dialogues ciselés autour d’un long silence. On salue la performance des acteurs principaux, leur présence, leur spontanéité ou le charme de leur jeu. "Les Arpenteurs" reçoit le Grand prix au Festival de Dinard.

Deux ans plus tard, en 1974, Michel Soutter devient un des membres du jury à Cannes. Le même festival qui n’avait pas récompensé "Les Arpenteurs".

Par la suite, le réalisateur continue de faire du cinéma, de la télévision, du théâtre. Il meurt en 1991, âgé de 59 ans, et nous laisse avec des films marquants, des moments brillants, des inventions, et des silences.