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Kad Merad, pas drôle mais génial dans "Un triomphe"

"Un triomphe", un film d'Emmanuel Courcol. [Carole Bethuel  - Memento Films]
Emmanuel Courcol et Irène Muscari "Un triomphe" / Vertigo / 55 min. / le 30 août 2021
Un acteur en galère, interprété par Kad Merad, accepte d’animer un atelier théâtre en prison. Surpris par le talent des détenus, il décide de monter une vraie pièce de théâtre avec eux. Drôle et hyper-réaliste, "Un triomphe" d'Emmanuel Courcol a reçu le prix du public au festival d'Angoulême.

Il suffit de regarder l'affiche de "Un triomphe" pour savoir qu'on est dans une comédie, un feel good movie. Le prix du public qui lui a été attribué au festival du film francophone d'Angoulême en atteste.

Mais "Un triomphe", c'est aussi un magnifique travail sur la patience, le temps qu'il faut pour bien faire les choses. Le réalisateur Emmanuel Courcol, comédien de théâtre venu tardivement au cinéma, a mis plusieurs années avant de faire aboutir son projet, à la fois ambitieux et tout simple: faire une fiction tellement documentée qu'elle bouleverse par son authenticité et sa justesse.

>> A voir, la bande-annonce de "Un triomphe":

Pour joindre les deux bouts, Étienne, un comédien (interprété par Kad Merad) passionné mais en galère, accepte dʹanimer un atelier de théâtre en prison. Surpris par le talent de cette troupe improbable, il envisage de mettre en scène et hors les murs la fameuse pièce de Beckett, "En attendant Godot", "l'histoire de deux mecs dans la merde qui espèrent des lendemains meilleurs". Un choix évident pour Etienne puisqu'un détenu est forcément en position d'attente - de visites ou de sortie de prison - tout comme les deux vagabonds de la pièce.

Commence alors une tournée triomphale. Mais tandis quʹÉtienne a enfin la chance de connaître le succès sur les planches, ses acteurs, eux, doivent retrouver leur cellule chaque soir.

"Un triomphe", d'Emmanuel Courcol, avec Marina Hands en directrice de prison. [Carole Bethuel - Memento Films]"Un triomphe", d'Emmanuel Courcol, avec Marina Hands en directrice de prison. [Carole Bethuel - Memento Films]

Inspiré d'une histoire vraie

"Un triomphe" est inspiré par des faits réels, en lien avec le travail d'Irène Muscari, coordinatrice culturelle pour le Service Pénitentiaire dʹInsertion et de Probation au Centre Pénitentiaire de Meaux, où le film a été tourné.

"En 2017, Emmanuel Courcol m'a demandé de visiter la prison et de lire un début de scénario. Je lui ai proposé alors de suivre le travail que nous étions en train de faire au centre pénitentiaire, la création d'un opéra hip-hop, baptisé 'Douze cordes', joué par neuf détenus, un quintette de l'Orchestre de chambre de Paris, une soprano, un danseur et un percussionniste. Il nous a accompagnés pendant huit mois en filmant toutes les étapes. Son implication lui a permis de se faire connaître et reconnaître par l'administration pénitentiaire", explique Irène Muscari.

Le réalisateur est en train de monter ce documentaire qui devrait sortir en début d'année prochaine.

>> A regarder, un reportage sur la création de "Douze cordes" avec les détenus:

Mais revenons à ce "Triomphe" qui permet à Kad Merad de sortir de ses cabotinages pour interpréter peut-être son meilleur rôle au cinéma. Perdu dans ses problèmes personnels, victime d'une dépression latente et dévoré par sa passion du théâtre, il est le personnage le moins drôle de ce film qui réserve quelques grands moments de comédie. Mais son monologue final - qui a occasionné trois jours de tournage - est d'ores et déjà considéré comme un morceau d'anthologie.

Autour de la star, Emmanuel Courcol a choisi des comédiens professionnels mais inconnus ou peu connus du public.

La difficulté était de jouer sur deux registres: le premier très naturaliste, spontané, presque documentaire; le second très théâtral, sachant lire et interpréter un texte. Exercice hautement difficile: rien n'est pire pour un bon comédien que de jouer un mauvais comédien.

Emmanuel Courcol, réalisateur.

Le film ne raconte pas seulement l'histoire d'une troupe en train de se constituer, mais aussi les relations entre délinquants et surveillants, "un métier ingrat qui engendre beaucoup de frustrations", les rapports compliqués avec l'institution pénitentiaire et bien sûr les liens entre détenus, même si, en adoptant le point de vue d'Etienne, le spectateur ne saura pas pour quel délit précis les acteurs amateurs se sont retrouvés derrière les barreaux.

"Un triomphe"? A la fois un hommage du cinéma au théâtre et du théâtre au cinéma.

Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert

Adaptation web: Marie-Claude Martin

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