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Anne Fontaine met en scène un duo comique d'ex-présidents de la République

La réalisatrice franco-luxembourgeoise Anne Fontaine. [© Marcel Hartmann / Ciné-@]
L'invitée: Anne Fontaine "Présidents" / Vertigo / 33 min. / le 24 juin 2021
Dans "Présidents", Jean Dujardin et Grégory Gadebois incarnent Nicolas Sarkozy et François Hollande. Les deux ennemis politiques, retirés des affaires, s'associent pour reconquérir la France. Cette fable comique sort ce mercredi sur les écrans romands.

Que serait le cinéma sans sa part d'utopie? De fantaisie? De "pourquoi pas"? Imaginez plutôt. Nicolas (Jean Dujardin), un ancien président de la République, supporte mal d'avoir été écarté de la vie politique. Promener son chien et passer l'aspirateur dans son appartement du 16e arrondissement le rend dépressif.

Les circonstances lui permettent de caresser l'espoir de revenir sur le devant de la scène. Mais pour cela, il lui faut un allié. Nicolas se rend donc en Corrèze pour convaincre François (Grégory Gadebois), un autre ancien président qui, lui, coule une retraite heureuse à la campagne, de faire équipe avec lui pour combattre "le péril fasciste".

>> A voir, la bande-annonce du film:

Avec "Présidents", Anne Fontaine réalise une comédie sur le pouvoir qui s'inspire de personnages existants (Nicolas Sarkozy et François Hollande) mais aussi de célèbres duos comiques, à l'image des tandems de Funès-Bourvil ou Christian Clavier-Jean Reno. Et comme tout bon duo, un trait de caractère doit dominer pour chacun des personnages: contre toute attente, le rôle du criseux qui pique des colères homériques revient à François tandis que, moins inattendu, Nicolas endosse celui du menteur invétéré. Le premier a toujours un ton un peu professoral tandis que le second semble avoir été biberonné à la ritaline.

Comment est née cette idée farfelue? "Pendant le confinement, je me demandais ce qui se passait dans la vie des gens quand on ne les voit plus. J'aime imaginer ce qui se trame derrière les façades, derrière ce qu'on croit connaître", indique à la RTS Anne Fontaine.

Entre faits et imagination

Tout l'intérêt de "Présidents" tient dans son décalage, dans ce "pas tout à fait" qui crée le trouble nécessaire à la comédie. C'est cette marge de liberté avec les événements et les personnages qui fait basculer le biopic dans la fiction, le sérieux dans le comique, le didactique dans la fantaisie. Et si les noms de Sarkozy et Hollande ne sont jamais prononcés, ceux de Macron et Marine Le Pen donnent un cadre réaliste à cette comédie qui tombe à pic, à un an de l'élection présidentielle française.

Il me semblait amusant de reconnaître les personnages - à leurs tics, à leurs expressions, à leur caractère - mais que Jean Dujardin et Grégory Gadebois s'en emparent pour en faire une personnalité qui leur est propre. Ils n'imitent jamais leur modèle. Nous ne sommes pas dans le biopic mais dans la fable.

Anne Fontaine, réalisatrice de "Présidents"

Si Anne Fontaine a reproduit des éléments de langage et certaines phrases devenues célébres comme "Vous êtes un petit calomniateur", lancé par Sarkozy à François Hollande, c'est pour mieux s'en libérer par la suite avec des dialogues de son cru. "Il faut s'amuser en transgressant les modèles", précise la réalisatrice.

Des compagnes qui prennent la lumière

Grégory Gadebois incarne François Hollande dans "Présidents". [|Copyright Universal Pictures France]Grégory Gadebois incarne François Hollande dans "Présidents". [|Copyright Universal Pictures France]Comme dans la vraie vie, Nicolas et François ont des compagnes. Celle de Nicolas (Doria Tillier) est une chanteuse d'opéra, souveraine et séductrice, assez perchée, qui vote à gauche sans savoir pourquoi, drague un peu François et n'obéit pas à son mari. Mais le couple s'adore.

La compagne de François (Pascale Arbillot), elle, a les pieds sur terre. C'est elle qui l'a fait revenir à la vraie vie après son échec humiliant. Elle est vétérinaire, ce qui est un métier très utile en Corrèze, et découvre qu'elle a un talent naturel à convaincre et à soulever les foules...

Se moquer sans méchanceté semble être la règle de cette comédie qui n'est pas sans rappeler le "Bouvard et Pécuchet" de Flaubert. "Tous mes personnages sont sympathiques. Je ne voulais pas faire rire contre eux, mais avec eux".

Réactions des intéressés

Projeté en province pendant la campagne des régionales, le film a séduit le public, en particulier l'interprétation de Grégory Gadebois et Jean Dujardin. Mais qu'en est-il des principaux intéressés?

François Hollande, qui l'a présenté à Tulle, a beaucoup ri malgré les outrances de son personnage. Sarkozy ne l'a pas encore vu mais s'est dit ravi d'être interprété par Jean Dujardin. Il est plus fragile et vulnérable sur son image.

Anne Fontaine

Il est vrai que l'ex-président a déjà été incarné à l'écran, et pas de manière très glorieuse. Denis Podalydès le traite en petit coq surexcité dans "La Conquête" de Xavier Durringer, alors que Thierry Frémont le charge très lourdement dans le téléfilm "La dernière Campagne".

Une fin heureuse

Contrairement aux dix-huit films précédents d'Anne Fontaine, "Présidents" se termine sur une touche positive, presque optimiste. Cette comédie peut-elle avoir un impact sur la vie politique en France? "Mon but n'est pas d'être didactique mais d'offrir un champ libre face au formatage du monde politique, de le désasphyxier", répond la scénariste et réalisatrice qui a deux autres films en chantier, l'un sur le peintre Matisse, l'autre sur le boléro de Ravel.

Propos recueillis par Anne-Laure Gannac

Adaptation web: Marie-Claude Martin

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