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Patrick Bruel: "Ma seule envie, c'est d'être utilisé. Utilisez-moi!"

L'affiche du film "Villa Caprice", avec Niels Arestrup et Patrick Bruel.
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Patrick Bruel explore son côté obscur dans "Villa Caprice" / Vertigo / 6 min. / le 31 mai 2021
Le chanteur et comédien est à l'affiche du thriller psychologique "Villa Caprice" réalisé par Bernard Stora. Il joue un homme d'affaires puissant, cynique et arrogant, qui se paie les service d'un célèbre avocat, joué par Niels Arestrup. Sortie aujourd'hui.

C'est un contre-emploi pour l'un des chanteurs préférés des Français. Un rôle bien sombre et antipathique mais l'un des meilleurs de sa carrière.

Dans "Villa Caprice" de Bernard Stora, Patrick Bruel incarne Gille Fontaine, un industriel tout puissant, cynique et arrogant, mis en examen pour la douteuse acquisition d’une magnifique propriété sur la Côte d'Azur. Pour se sortir de ce mauvais pas, il se paye la plaidoirie de Luc Germon (Niels Arestrup), l’un des avocats les plus redoutés de France.

Thriller psychologique

Une troublante relation de pouvoir s’installe entre les deux hommes, faite de séduction, de manipulation et de faux-semblants. Mais qui dépend de l'autre? Et qui aura finalement le dessus? L'homme d'affaires qui risque la prison et s'en remet corps et biens à son avocat ou l'homme de loi qui vit des honoraires qu'on lui verse? Thriller psychologique sous le soleil de la Côte d'Azur, "Villa Caprice" s'inscrit dans la grande tradition des films "à gueules", aux dialogues qui font mouche.

>> A regarder, la bande-annonce de "Villa Caprice":

"Pour un acteur, ce rôle est un cadeau. Il a beaucoup de relief et c'est très amusant à faire", explique Patrick Bruel à la RTS. Il a dit aussi son plaisir d'avoir été choisi pour un emploi où on ne l'attend pas, et avoue qu'il serait vraiment très très content si, à l'arrivée, on se disait qu'il n'y avait vraiment que lui pour être ce Gille Fontaine.

Pas de circonstances atténuantes

Contrairement à de nombreux comédiens, le chanteur n'a pas voulu "psychologiser" son personnage, lui trouver des circonstances atténuantes pour justifier son comportement. Il a toutefois une faille, sa femme (Irène Jacob), tout comme l'avocat a la sienne, son père dément joué par Michel Bouquet.

Il faut faire attention à ne pas vouloir systématiquement sauver son personnage. C'est une tentation fréquente chez les acteurs mais c'est une erreur. Il faut simplement être le personnage et aller chercher en lui le pourquoi et le comment. Ce n'est pas le scénario, une phrase ou une intention qui doit l'indiquer, on doit l'avoir en soi. Et si le travail a été bien fait, alors cela transparaît au tournage, puis à l'écran.

Patrick Bruel, chanteur et comédien.

Inspiré d'un fait divers mondain

L'idée du film est née après le suicide assez mystérieux, en 2013, de l'un des plus puissants avocats de France, Olivier Metzner, qui avait défendu, entre autres, le trader Jérôme Kerviel, le chanteur Bertrand Cantat ou encore l'ex-dictateur panaméen Manuel Noriega. La journaliste du Monde Pascale Robert-Diard, chargée de sa nécrologie dans le quotidien, a participé à l'écriture du scénario, avec l'idée de décrypter la "puissance" de certains avocats, qui n'est "en partie qu'une illusion". Ce qui fait dire à Gille Fontaine s'adressant à Luc Germon: "votre puissance est un leurre. On ne vous paie pas, on vous achète".

Dans le cinéma français, le richissime est toujours méchant. Ici, il est plus complexe.

Je ne voulais pas entrer dans ce cliché. Mon personnage a tout fondé sur la réussite et se retrouve dans une situation difficile où il va devoir s'en tirer par son intelligence, son cynisme et sa stratégie.

Patrick Bruel à propos de son personnage dans "Villa Caprice"

Niels Arestrup et Patrick Bruel dans "Villa Caprice". [Copyright Lény Stora]Niels Arestrup et Patrick Bruel dans "Villa Caprice". [Copyright Lény Stora]

Face à face de comédiens

Pour lui donner la réplique, Bernard Stora, qui n'avait plus tourner depuis vingt ans, a choisi Niels Arestrup, immense acteur, ambigu à souhait, qui n'a jamais hésité à jouer des rôles de salauds. "J'ai eu la chance de le voir au théâtre très jeune, j'avais 17 ans, dans une mise en scène de `Haute Surveillance` de Jean Genet. Il m'avait marqué. Quand on a un acteur comme lui en face de soi, vous allez être meilleur. Les bons vous font briller", dit Patrick Bruel qui confesse son besoin d'être docile quand il fait l'acteur. "Comme chanteur, je m'occupe de tout, de A à Z. Au cinéma, je veux être au service. Je veux qu'on m'emmène loin, très loin, qu'on m'utilise. Utilisez-moi! Je pense que j'ai le potentiel."

Propos recueillis par Rafael Wolf

Adaptation web: Marie-Claude Martin

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