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Avec "Drunk", Thomas Vinterberg met de l'eau dans son vin

Une photo du film "Drunk" de Thomas Vinterberg. [DR]
"Drunk " de Thomas Vinterberg / Vertigo / 5 min. / le 28 avril 2021
Dans le film "Drunk " de Thomas Vinterberg, récemment oscarisé, quatre hommes décident de suivre le précepte d'un psychiatre norvégien de maintenir dans son corps un taux d'alcool constant de 0.5 grammes pour voir la vie en rose.

"La jeunesse? Un rêve. L’amour? Ce rêve." C'est sur cette citation du philosophe danois Søren Kierkegaard que s'ouvre "Drunk", le dernier long-métrage du cinéaste danois Thomas Vinterberg. La jeunesse et l'amour, des rêves qui semblent appartenir au passé pour les principaux protagonistes de "Drunk". La vie de ces quatre amis enseignants coule en pente douce vers une inévitable et définitive monotonie.

Le postulat d'un psychiatre norvégien, Finn Skårderud, qui soutient que les membres de l'espèce humaine naissent avec un déficit d'alcool dans le sang, va leur redonner espoir. Ils vont dès lors s'évertuer à maintenir dans leur corps un taux constant de 0.5 grammes d'alcool par litre de sang pour rétablir leur potentiel idéal. Et ça marche... pour un temps.

>> A voir: la bande-annonce de "Drunk"

Questionnement sur notre société

En compétition à Cannes en 2020 et nominé dans plusieurs festivals, le film vient de remporter l'Oscar du meilleur film étranger. Porté par un brillant Mads Mikkelsen, l'acteur danois rendu mondialement célèbre en interprétant Le Chiffre, le méchant du James Bond de 2006 "Casino Royale", le long-métrage a reçu des avis globalement très positifs.

Tellement sonné après une première vision, le critique cinéma de la RTS Thomas Lecuyer a regardé le film une seconde fois et y voit "un drame, mais plein de lumière, un extraordinaire portrait d'hommes, mais aussi un vrai questionnement sur notre société et nos rapports à l'alcool." Pour d'autres, "Drunk" est "un cocktail qui laisse un peu tiède", avoue l'historienne du cinéma Séverine Graff à la RTS.

La gueule de bois sans l'ivresse

L'expérimentation à 0.5 grammes sonne comme une promesse de subversion prompte à casser les rapports oppressifs subis par les personnages dans leur métier, leurs performances, leur famille, leur couple et leur virilité.

Il n'en est rien pour Rafael Wolf: "Et arrive un moment absolument génial où on voit ces quatre pauvres gars complètement bourrés dans un supermarché. Ils arrivent à peine à marcher. Et, comme par hasard, c'est le moment où on nous fait comprendre qu'on est allé trop loin et qu'il faut arrêter." Une gueule de bois sans l'ivresse pour le critique cinéma.

Une remise sur les rails de la morale qui semble trancher avec la référence d'ouverture à Kierkegaard, philosophe de la pratique plutôt que de la théorie, et les propos de Thomas Vinterberg lors de la sortie du film qui clamait: "il faut savoir perdre le contrôle pour ne pas se perdre soi-même."

Sujet radio: Rafael Wolf et Thomas Lecuyer

Adaptation web: Sébastien Blanc

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