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Bruce Willis, un héros du cinéma à la désinvolture si peu ordinaire

L'acteur américain Bruce Willis, ici dans le film "Etat de choc" (2019) de Matt Eskandari. [Emmett / Furla / Oasis Films (EFO Fi / Collection ChristopheL - AFP]
L'acteur américain Bruce Willis, ici dans le film "Etat de choc" (2019) de Matt Eskandari. [Emmett / Furla / Oasis Films (EFO Fi / Collection ChristopheL - AFP]
Depuis ses débuts dans la série "Clair de lune" au mitan des années 1980, l'acteur américain Bruce Willis est apparu dans plus d''une centaine de films plus ou moins réussis en près de quarante ans. Un documentaire retrace son parcours de héros peu ordinaire.

De ses débuts dans la peau de David Adison dans la série "Clair de lune" jusqu'à son rôle de John McClane dans la saga "Die Hard" ou de Butch dans "Pulp Fiction", la carrière de près de quarante ans de Bruce Willis se déploie sur plus d'une centaine de films plus ou moins réussis.

L'acteur américain au fameux petit sourire en coin figure en tout cas parmi les stars d'Hollywood depuis le mitan des années 1980, après avoir été révélé par la série télévisée de la chaîne ABC "Clair de lune" qui va contribuer à sa cote de popularité dans le milieu du cinéma et en faire une personnalité appréciée du grand public.

Une série pour la reconnaissance

Né sur une base militaire allemande dans la ville d'Idar-Oberstei, Bruce Willis passe ensuite son adolescence dans le New Jersey où il rêve de scènes et de musique. Après des études de comédie qu'il plaque pour s'installer à New York, il multiplie les petits jobs, dont celui récurrent de barman comblant le gratin de Broadway et de la télévision, et court les castings. Il apparaît dans un épisode de "Twilight Zone" tout en apprenant l'harmonica avant que la série "Clair de lune" ne change à jamais sa destinée.

Auditionné onze fois et refusé dix fois par les producteurs de la série qui s'est imposée en 65 épisodes comme l'un des programmes télévisés les plus regardés, Bruce Willis incarne le détective privé David Adison. Oscillant entre drame et comédie, une nouveauté pour l'époque, "Clair de lune" le voit former un tandem ambigu avec sa collègue et directrice de l'agence Maddie Hayes incarnée par Cybill Shepherd. Entre 1985 et 1989, les enquêtes loufoques très rythmées et pleine d'humour du duo font merveille et quelques étincelles sur le plateau de tournage.

Ce rôle lui vaut le titre de meilleur acteur pour une série comique en 1987 et lui offre son ticket d'entrée à Hollywood. Un marchepied que lui tend notamment le cinéaste Blake Edwards avec "Boire et déboires" (1987) où Bruce Willis forme un tandem de choc avec une Kim Basinger disjonctante.

>> A voir, le générique de la série "Clair de lune":

La saga "Die Hard" pour la gloire

Mais c'est "Piège de cristal" (1988) de John McTiernan, suite du polar "Le détective" avec Sinatra, qui lui offre enfin un rôle de héros sur mesure dans un film qui mélange de façon inédite action, suspense et comédie. A la fois action hero et clown sur les bords, la figure du policier John McClane que campe Bruce Willis dans cet épisode qui ouvre la saga à succès "Die Hard" va définitivement asseoir sa popularité. A partir de là, l'acteur va devenir une marque de fabrique, comme l'expliquent d'anciens collaborateurs interviewés dans le documentaire. Son crâne d'oeuf et son sourire en coin vont faire évoluer le film d'action où paradent alors plutôt les gros bras dénués d'humour comme Schwarzenegger ou Stallone.

La suite de la longue carrière de Bruce Willis va alterner films à succès, oeuvres mineures ou ratées sans que son statut de superstar ne soit pour autant altéré. L'échec commercial et critique dans les années 1990 des comédies d'action comme "Hudson Hawk, gentleman et cambrioleur" ou "Le dernier samaritain" de Tony Scott par exemple ne l'empêchent toutefois pas d'essayer de varier son répertoire.

>> A voir, la bande-annonce de "Piège de cristal":

Manque de cohérence artistique

Travailler régulièrement avec des auteurs va même lui permettre de sauver sa carrière, estiment ses proches collaborateurs. Que ce soit chez Robert Zemeckis pour "La mort vous va si bien" (1992) dans un rôle à contre-emploi, auprès de Quentin Tarantino pour "Pulp Fiction" (1994) où il accepte même de baisser son salaire pour partager l'affiche avec toutes les autres stars au générique, chez Terry Gilliam pour "L'armée des 12 singes" (1995) où il apparaît en équilibre entre raison et folie ou chez Luc Besson pour "Le cinquième élément" (1997) en flic usé aussi désinvolte que serviable.

Une désinvolture qui semble aussi constituer la limite de son jeu. Bien que ses apparitions dans les longs métrages de M. Night Shyamalan dans les années 2000 ("Sixième sens" et "Incassable") prouvent que l'acteur possède d'autres cordes à son arc. Même si ses choix filmographiques ces dernières années, hormis "Moonrise Kingdom", "Looper", "Brooklyn Affairs", semblent voir Bruce Willis plus enclin à courir le cachet qu'à être soucieux de cohérence artistique.

Olivier Horner

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