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"The Comey Rule", make democracy great again

Donald Trump et James Comey avec le staff du président (Brendan Gleeson et Jeff Daniels) dans la série "The Comey Rule". [Showtime]
"The Comey Rule", make democracy great again / Six heures - Neuf heures, le samedi / 6 min. / le 7 novembre 2020
Adaptée et réalisée par le scénariste Billy Ray à partir du livre "Mensonges et vérités. Une loyauté à toute épreuve", de James Comey, "The Comey Rule" est une mini-série américaine disponible sur Canal+. Elle nous baigne dans l'histoire récente des Etats-Unis.

James Comey, auteur de "Mensonges et Vérités. Une loyauté à toute épreuve", était directeur du FBI. Bien que républicain, il avait été nommé par Barack Obama en septembre 2013 et viré par Donald Trump en mai 2017. "The Comey Rule" nous éclaire sur les méthodes du "menteur invétéré au comportement mafieux" qui occupe encore le bureau ovale de la Maison-Blanche.

Si les étiquettes politiques américaines nous apparaissent aujourd'hui d'une vacuité insondable, c'est ailleurs qu'il faut chercher ce qui caractérise principalement James Comey. Ses qualités de patriote, dont la vertu cardinale de sa mission à la tête de ce bureau était de protéger les citoyennes et citoyens américains tout en se refusant à quelque collusion partisane que ce soit, définissent "la loi de Comey" ("the Comey rule"). Une règle de conduite qui va lui valoir d'être honni d'abord par les démocrates, puis par les républicains.

James Comey interprété par Jeff Daniels dans "The Comey Rule". [Showtime]James Comey interprété par Jeff Daniels dans "The Comey Rule". [Showtime]

Vérité

Il faut d'une part connaître un peu les institutions américaines et d'autre part les enquêtes qui ont pourri la carrière et la vie de Comey à la tête du FBI pour goûter pleinement cette mini-série produite par Showtime. Tout commence pendant l'été 2015, le FBI ouvre une enquête sur Hillary Clinton pour l'utilisation d'une adresse de courriel privée alors qu'elle occupe le poste de "Secretary of State", équivalent de ministre des Affaires étrangères, au lieu d'utiliser son adresse gouvernementale qui transite par des serveurs hautement sécurisés. L'enquête conclut qu'Hillary Clinton est fautive de négligence sans intention manifeste d'affaiblir la sécurité de l'Etat.

Un an plus tard, l'enquête est close et James Comey décide d'en communiquer lui-même le résultat, sans passer, comme le veut l'usage, par le ministère de la Justice. Il estime en effet que la ministre de la Justice, Loretta Lynch, étant une proche des Clinton, le FBI pourrait être accusé de partialité. Les démocrates commencent alors à regarder James Comey de travers avant de lui déclarer une guerre ouverte quinze jours avant l'élection présidentielle, lorsque Comey rouvre l'enquête suite à la découverte d'autres e-mails.

Loyauté

Après une semaine d'enquête, la conclusion reste la même. Mais par la suite, Hillary Clinton perd l'élection présidentielle face à Donald Trump. James Comey est alors accusé d'être responsable de cette défaite.

Le rôle supposé du directeur du FBI dans la défaite d'Hillary aurait pu décider Trump à le garder à la tête du bureau. Le président américain multiplie les rendez-vous avec Comey pour lui extorquer une promesse de loyauté absolue et tenter de l'influencer dans une autre enquête. On comprend vite que les jours de Comey à la tête du FBI sont comptés. Il est viré avec effet immédiat le 9 mai 2017.

James Comey et Donald Trump (Jeff Daniels et Brendan Gleeson) dans "The Comey Rule". [Showtime]James Comey et Donald Trump (Jeff Daniels et Brendan Gleeson) dans "The Comey Rule". [Showtime]

Fiction

Si on perçoit clairement l'intérêt historique et politique du propos, y a-t-il de quoi en faire une série qui nous retient? Oui! Le showrunner, Billy Ray, a choisi le style classique et efficace bien connu des amateur·trice·s de films et de séries politiques américaines. Avec la complicité d'une distribution en béton, à savoir, entre autres, Jeff Daniels qui joue James Comey, Holly Hunter dans le rôle de Sally Yates, procureure générale adjointe des États-Unis, ou encore Michael Kelly dans celui d'Andrew McCabe, d'abord vice-directeur du FBI puis directeur par intérim après le limogeage de James Comey. Sans oublier évidemment l'acteur irlandais Brendan Gleeson, qui avec une justesse éclatante et une économie qui force le respect, réussit à incarner Donald Trump en s'arrêtant toujours à la limite de la caricature.

La caméra, comme un scalpel, décortique le fonctionnement des enquêtes et du "système" Trump. La série permet de se replonger dans le chaudron maléfique des élections de 2016 et constitue un apéritif bienvenu au cloaque pestilentiel de celles de 2020.

>> A voir, la bande-annonce de la série:

America First

On sera peut-être agacé par le côté "hagiographie à l'américaine" avec force violons en cascades de la série. D'abord en faisant de James Comey une figure emblématique du saint boy-scout qui n'a pas plus connu de faux pas que de pets de travers, ensuite en surchargeant le dialogue des "gentils" de déclarations grandiloquentes qui prônent une foi indéfectible en l'Amérique et ses institutions qui ont été, sont et seront pour l’éternité garantes de la justice et de l'équilibre. Quel que soit le vieillard blanc, bouffon ou pas, qui dirige le pays...

Pascal Bernheim/ld

"The Comey Rule" (VF et VOSTFR) sur myCanal, quatre épisodes.

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