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"Effacer l'historique", une comédie française pas si légère

Sortie du film "Effacer l'historique" du duo Delépine-Kervern. Une comédie, pas si légère que ça... [RTS]
Sortie du film "Effacer l'historique" du duo Delépine-Kervern. Une comédie, pas si légère que ça... / 19h30 / 2 min. / le 2 septembre 2020
Benoît Delépine et Gustave Kervern signent "Effacer lʹhistorique". Un film où une mère de famille victime d'une sex-tape, un père dont la fille est harcelée et une chauffeure de VTC dépitée décident de s'allier pour combattre les géants du web.

Trois personnages interprétés par Blanche Gardin, Denis Podalydès et Corinne Masiero. Ils se sont connus sur un rond-point, gilet jaune sur le dos. Depuis, amis et habitants le même lotissement des Hauts-de-France, ils décident de partir en guerre contre les GAFAs, ces géants du web que sont Google, Apple, Facebook, Amazone.

La première version du scénario mettait en scène un seul protagoniste qui devait se battre contre l'establishement en général. "La réalité nous a rattrapé: le mouvement des gilets jaunes est arrivé et on s'est dit qui si on sortait le film tel qu'on l'avait écrit, on allait nous dire 'vous êtes gentils, mais c'est exactement ce qui s'est passé'. Du coup, on a complètement changé notre fusil d'épaule et on l'a écrit pour trois personnages dirigeant plutôt leur combat vers les GAFAs", explique à la RTS Benoît Delépine, co-réalisateur du film.

Des problèmes avec le numérique

Gustave Kervern l'admet, ce film est inspiré de leur propre relation avec le numérique. C'est le neuvième film pour le duo français. Gustave Kervern et Benoît Delépine ont décidé de montrer l'emprise des réseaux sociaux sur nos données privées, par le prisme de la classe moyenne défavorisée. "Cette classe sociale, celle qui habite les milieux péri-urbains, dans des lotissements, est très peu montrée au cinéma. On tenait absolument, comme on l'a fait dans nos films précédents, à montrer une réalité contemporaine française", explique Kervern.

>> A écouter, Gustave Kervern et Benoît Delépine dans le 12h30:

Effacer l'historique. [RTS]RTS
Gustave Kervern et Benoît Delépine présentent leur nouveau film "Effacer l'historique" / Le 12h30 / 11 min. / le 1 septembre 2020

Les deux réalisateurs aiment les combats "Don Quichottesque" depuis leurs débuts. "On peut même qualifier tous nos films de Don Quichottesques. Avant même de faire des films pour notre émission "Groland" [sur Canal+], on avait fait une série qui s'appelait "Don Quichotte de la Revolution" où on partait à l'assaut des grandes firmes de ce monde, donc ce n'est pas nouveau", explique Kervern. Avec "Effacer l'historique", les deux réalisateurs s'attaquent aux GAFAs qui moulinent nos données personnelles pour en faire du profit.

Ces personnages sont naïfs. Mais nous sommes tous naïfs par rapport à ce qui va nous arriver dessus. La majorité des gens disent qu'ils n'ont rien à cacher, mais ce qui est important à comprendre c'est que ces firmes-là vont devenir toutes puissantes grâce à nos données.

Benoît Delépine, co-réalisateur du film "Effacer l'historique"

Des situations aussi drôles que pathétiques

Les deux réalisateurs veulent montrer que c'est l'amoncellement de petits problèmes du quotidien qui crée un sentiment anxiogène très fort. La simple perte d'un mot de passe ou un appel vers un service après-vente peut nous faire basculer dans la folie alors que le système veut montrer que tout est rationalisé, possible et simple. "On va finir tous seuls chez soi, à commander des pizzas et regarder Netflix, sans emploi, sans s'en être rendu compte", dit Gustave Kervern.

>> A voir, la bande-annonce du film:

L'absurdité et le lien social sont les fils rouges de ce film. "Ce qui est étonnant dans ce monde numérique qui se profile, c'est que, sous couvert de faciliter le lien social, on finit quand même par être tout seul chez soi, dans une solitude extrême pour certains en tout cas. Alors, on noircit le tableau un petit peu pour le film, pour la comédie, parce que les réseaux sociaux, ce n'est pas seulement ça. Mais il n'empêche qu'il y a aussi des effets pervers qu'on pointe du doigt dans le film", expliquent les deux réalisateurs.

Le film a remporté l'Ours d'argent lors de la dernière Berlinale. Preuve qu'il évoque avec justesse des problématiques importantes.

Propos recueillis par Yves Zahno, Julie Evard et Pierre Philippe Cadert

Adaptation web: Lara Donnet

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