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"Terrible Jungle", la comédie hilarante à consommer sans modération

Sur le tournage du film "Terrible Jungle". [WY PRODUCTIONS/APOLLO FILMS/PRAESENS/GAPBUSTERS]
Les invités : David Caviglioli et Hugo Benamozig "Terrible jungle" / Vertigo / 27 min. / le 28 juillet 2020
Dans cet OVNI cinématographique d'Hugo Benamozig et David Caviglioli, Catherine Deneuve, en mère abusive, et Vincent Dedienne, en fils timoré, incarnent deux anthropologues qui vivent des aventures saugrenues en Amazonie.

Premier film d'Hugo Benamozig et David Caviglioli, amis depuis le lycée, "Terrible jungle" se distingue du tout venant des comédies françaises par un scénario très bien écrit, aux dialogues hilarants, par son casting prestigieux et par un humour plutôt inclassable, à la fois loufoque, acide, burlesque et bizarre.

Eliott (Vincent Dedienne), un jeune aventurier naïf, décide de partir en Guyane pour trouver les Otopis, une tribu indienne vivant dans la forêt amazonienne. Persuadé qu'il va découvrir un paradis sur terre et qu'il se fera beaucoup de nouveaux amis, il déchante en s'apercevant que les Otopis sont des mafieux violents et paresseux, dont la cheffe (Alice Belaïdi) est une Indienne qui fait affaire avec des trafiquants d'or.

>> A voir, la bande-annonce de "Terrible Jungle":

Le croyant perdu, sa mère tyrannique (Catherine Deneuve), anthropologue aussi crainte que controversée, part à sa recherche, escortée par le lieutenant-colonel Raspaillès (Jonathan Cohen) qui se pique d'être lettré mais qui ferait figure de benêt dans la série des "Gendarmes".

Le bon sauvage

Dans "Terrible Jungle", les réalisateurs Hugo Benamozig et David Caviglioli dézinguent le mythe du "bon sauvage", se moquent de l'héroïsme des films d'aventures et s'amusent de tous les poncifs exotiques qui ont cours dans les récits de voyage. "On s'est interrogé sur cette notion d'exotisme. Pour nous qui avons beaucoup voyagé, l'image qui nous vient est celle d'un bar à néons dans la jungle, une sorte d'entre-deux entre le très éloigné et le très proche, une zone de flou qui met en doute la notion même du voyage: est-on vraiment parti?" explique le tandem.

L'atout Deneuve

Ce premier film ne ressemble à aucun autre, même si on le compare à l'humour absurde et très anglais des Monty Pathon ou à celui, irrévérencieux et anar, des films de Jean Yanne. "En phase d'écriture, nos références était la BD: Tintin pour Eliott mais aussi les légionnaires dans les albums d'Astérix qui entourent leur centurion débile. Pour le personnage de la mère, nous avons joué sur l'image de Deneuve, froide, intelligente au charisme un peu terrifiant et avons poussé jusqu'à la caricature" explique David Caviglioli, également journaliste culturel au Nouvel Obs, qui concède que sans l'approbation de la star, le film aurait eu du mal à être monté alors que le tandem y travaillait depuis des années.

Apocalypse no!

Sans être ni un pastiche ni une parodie, "Terrible Jungle" s'inspire aussi des grands films d'aventures, comme "Apocalypse now", avec sa figure de l'homme qui devient fou dans la forêt et qui débite des sentences existentielles en voix off d'outre-tombe: "On peut sortir l'homme de la jungle mais pas la jungle de l'homme".

>> A voir, l'extrait qui concerne la recette de la punka, la drogue fabriquée par les Otopis:

En cinéphiles, le tandem cite aussi le réalisateur allemand Werner Herzog ("Aguirre ou la colère de Dieu") qui, de sa voix grave et sombre, a l'habitude de commenter ses documentaires par des propos hautement philosophiques. "Ca, c'est pour la fonction parodique. De même que pour la recette de la drogue utilisée par les Otopis, la punka, nous nous sommes inspirés de Top Chef", s'amuse Hugo Benamozig.

Tournage chaotique

Même si l'intrigue est située en Guyane, le film a été tourné sur l'île de la Réunion, pour des raisons de confort.

On voulait éviter le climat trop changeant, les bestioles et une infrastructure déficiente. Mais la Réunion n'a pas été clémente non plus.

Hugo Benamozig et David Caviglioli, réalisateurs de "Terrible Jungle"

Alice Belaïdi s'est cassé la cheville la deuxième semaine de tournage, une partie de l'équipe a été infectée par la dengue, une caméra est tombée en panne sans réparation possible et la boue a souvent enlisé le tournage. "Malgré tous ces accidents et aléas, et comme c'était notre premier film, nous étions dans une sorte d'euphorie et de légèreté qui a porté toute l'équipe" se souvient le tandem.

Propos recueillis par Rafael Wolf

Adaptation web: Marie-Claude Martin

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