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Les cinémas devraient rouvrir le 8 juin, mais les incertitudes foisonnent

Les salles de cinéma sont désertes, et l'industrie doit d'adapter. [Alessandro Crinari - Keystone]
Déconfinement: comment rouvrir les salles de cinémas? / La Matinale / 4 min. / le 25 mai 2020
Cela fait peut-être partie des choses que vous rêvez de retrouver: un écran géant, des fauteuils de velours et un bon film. Rassurez-vous, il sera bientôt possible de se refaire une toile! Les cinémas devraient rouvrir le 8 juin.

La date doit être confirmée mercredi, avec le détail des mesures sanitaires, mais le plan de déconfinement du Conseil fédéral prévoit la date du 8 juin pour retourner au cinéma. Cette reprise s'annonce toutefois difficile et pleine d'incertitudes.

En trois mois d’arrêt, les pertes d'exploitation se montent à 60 millions de francs pour les cinémas. Ceux-ci avaient des employés au chômage partiel, mais des charges à payer, de gros loyers, même si certains cantons proposent des solutions avec les propriétaires.

Les exploitants de salle ont déposé des dossiers d'indemnisation auprès de leur canton pour toucher une partie des 280 millions de l'enveloppe fédérale pour la culture. Et ils attendent.

Concept de protection

Edna Epelbaum, directrice de l’Association des cinémas suisses interrogée lundi dans La Matinale, estime que la branche a déjà connu d'autres soubresauts par le passé, comme le passage des films muets aux films parlants, l'arrivée de la couleur, celle de la télévision, puis la numérisation et le streaming. Mais "le cinéma a toujours eu un impact social, il a le droit d’exister. Et nous, nous faisons tout pour que le cinéma puisse continuer d’exister".

Les 270 cinémas du pays devraient donc, selon elle, tenir le choc. Mais Edna Epelbaum l’admet: le plus dur reste à venir, avec les mesures sanitaires. La faîtière des exploitants et des distributeurs ProCinema est en discussion avec l’Office fédéral de la santé publique pour finaliser son concept de protection, qui prévoit plexiglas, désinfectant et distances physiques. Une grande inconnue demeure: est-ce que la distance de deux mètres devra être respectée à l’intérieur des salles, ou est-ce que le critère sera le taux d’occupation?

Pourtant, aller au cinéma doit rester une expérience collective agréable. Nicolas Wittwer, qui travaille au CityClub, un cinéma indépendant à Pully (VD), juge que "notre chance, c’est qu’on a un écran unique, avec un hall, et c’est une grande salle de 200 places. Donc on pourra faire quelque chose de très sympa, quelles que soient les mesures qui seront annoncées - si c’est un siège sur deux, si c’est un nombre maximum de spectateurs qu’on pourra accueillir. Notre envie, notre objectif, c’est de respecter toutes les mesures sanitaires et en même temps faire en sorte que le cinéma reste convivial. Il ne faut pas que ce soit une activité anxiogène, il faut que cela reste très sympathique".

Le mois de juin sera un test

Et comme pour les restaurants et les commerces, toute la question est de savoir si le public sera au rendez-vous. Le mois de juin sera un test par exemple pour le CityClub, qui pourrait rester ouvert cet été alors que ce n’est pas le cas habituellement.

Pour soigner la relation avec les spectateurs, plusieurs salles ont diffusé des films sur internet. C’est le cas du cinéma ABC à La Chaux-de-Fonds. Pour sa directrice Marie Herny, cette démarche n'avait pas pour but de rapporter financièrement, car c'est presque anecdotique, mais de garder un lien avec le public. "Bien évidemment, cela ne remplacera jamais l’expérience des salles de cinéma. Surtout que les gens maintenant ont l’habitude de regarder des films chez eux. C’est bien, mais ils en ont marre. Netflix, ça va bien, ils ont regardé ce qu’ils voulaient. Donc la VOD, c'était une petite compensation, en attendant la possible réouverture des salles".

"L'été n'est déjà pas la bonne période pour le cinéma"

Mais avec quelle sera la programmation à la réouverture? Souvent un mélange: nouveautés, films à l’affiche au tout début du confinement, classiques. Les multiplexes Pathé veulent par exemple "surprendre les visiteurs" en projetant "Les Oiseaux" d’Hitchcock et "Spartacus" de Kubrick.

Pour les distributeurs, la situation est délicate. Laurent Dutoit, directeur de la société de distribution Agora Films, explique ne pas pouvoir sortir la plupart des films en Suisse avant la France, où les cinémas vont peut-être rouvrir fin juillet. "Donc on va se retrouver pendant quelques semaines avec très peu de films proposés. L’été, ce n’est déjà pas la bonne période pour le cinéma. Généralement, pour le cinéma d’auteur, on a besoin du Festival de Cannes, mais il a été annulé: donc il n’y aura pas non plus les films qui sortent immédiatement après."

Et Laurent Dutoit d'ajouter qu'il existe un risque pour les distributeurs qui vont sortir les films sur ces premières semaines: "Nous n’avons pas encore un mécanisme qui permet de couvrir une partie du risque pour inciter les distributeurs à sortir des films porteurs - des films, il y a en a toujours, mais si ce sont des films qui n’intéressent que deux personnes et demie, les exploitants vont avoir de la peine à faire tourner leur cinéma."

Sujet radio: Pauline Rappaz

Adaptation web: Jean-Philippe Rutz

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