Publié le 17 mars 2020 à 19:06

Mort de Suzy Delair, la presque doyenne du cinéma français

L'actrice et chanteuse française Suzy Delair en 1940.
L'actrice et chanteuse française Suzy Delair en 1940. [AFP]
La chanteuse et comédienne française Suzy Delair est décédée dans la nuit de dimanche à lundi, dans la maison de retraite où elle s’était retirée. Elle avait 102 ans.

Bien sûr, si vous avez moins de 40 ans, la disparition de Suzy Delair, décédée le 15 mars à 102 ans, ne vous évoquera pas grand-chose. L’actrice et chanteuse de music-hall fut pourtant une des stars du cinéma français des années 1940 et 1950. Sa notoriété avait même dépassé l’Hexagone puisqu’elle a partagé l’affiche du tandem burlesque Laurel et Hardy dans "Atoll K" en 1950. 

La gouaille parisienne

Après la mort de Danielle Darrieux, son amie de toute une vie puisqu’elles ont débuté ensemble et qu’elles ont partagé la même chambre de bonne à leurs débuts à 15 ans, elle était devenue la doyenne du cinéma français. Un statut qui l’agaçait et qu’elle réfutait citant le nom de la comédienne Renée Simonot, la mère de Catherine Deneuve, aujourd’hui âgée de 108 ans.

Avec son chic canaille, ses répliques piquantes et sa voix mélodieuse, Suzy Delair était l’incarnation de la Française qui ne s’en laisse pas compter. Elle portait bien son nom – Delaire à l’état civil – car elle n’en manquait pas.

Une scène d’anthologie

Née à Paris un 31 décembre, elle commence en faisant de la figuration au théâtre et au cinéma. Mais c’est le music-hall qui lui offre ses premiers succès.

Sa rencontre avec le réalisateur Henri- Georges Clouzot, qui deviendra son compagnon pendant dix ans, sera déterminante. Avec lui, elle tourne "L’assassin habite au 21" (1941) et surtout "Quai des Orfèvres" (1947), point culminant de sa carrière cinématographique. Elle y incarne Jenny Lamour, une chanteuse de cabaret aux grandes ambitions et dont le tempérament s’exprime dans une scène d’anthologie: Suzy Delair chante "Avec son tralala", scandant les strophes de sa chanson de spectaculaires coups de derrière qui, mécaniquement, faisaient rebondir le faux cul de sa robe de scène.

Séparée de son mentor, le cinéma ne lui offre plus vraiment de rôles à sa hauteur même si elle peut aligner les noms de Gremillon, Henri Jeanson, René Clément dans un "Gervaise" où elle joue les rivales odieuses et même Visconti dans "Rocco et ses frères". Son tempérament comique la conduit aussi à travailler avec Fernandel dans "Le Couturier de ses dames", avec Bourvil dans "Par la fenêtre" et avec Louis de Funès, dont elle est l’épouse dans "Rabbi Jacob".

Suspendue à la Libération

Si le cinéma la délaisse, qui lui en a toujours voulu de son voyage en 1942 dans les studios de Munich et Berlin - voyage qui lui vaudra une suspension de trois mois à la Libération -,  c’est à la scène qu’elle poursuit sa carrière. Notamment dans le domaine du music-hall et de l'opérette qui la voit triompher chez Offenbach et Strauss. En 2004, elle reçoit d’ailleurs l’Orphée d’or du meilleur enregistrement d’opérette ou d’opéra-bouffe pour son album "De l’opérette à la chanson".

Un franc-parler

En 1980, lors d’un entretien accordé au "Point", elle expliquait ainsi ses nombreuses éclipses cinématographiques: "On me fait trop rarement travailler. Sans doute me fait-on payer à la fois de ne pas appartenir à des chapelles, des aventures masculines auxquelles j’ai parfois sacrifié mon métier et, surtout, mon refus de flirter quand il aurait fallu le faire ".

Marie-Claude Martin avec les agences

Publié le 17 mars 2020 à 19:06