Modifié le 23 janvier 2020 à 11:11

"Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part"... Mais qui et où?

Une scène du film "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part".
Débat cinéma Vertigo / 27 min. / le 22 janvier 2020
Adapté d'un recueil de douze nouvelles d'Anna Gavalda, le film d'Arnaud Viard mise sur le film choral, en mode mineur. C'est agréable, émouvant parfois, mais trop de personnages sont sacrifiés. Jean-Paul Rouve se révèle dans un rôle à la fois viril et dépressif.

Une sublime maison de campagne, une famille réunie pour une occasion particulière, des disputes, des regrets, des réconciliations, des chagrins, des jalousies et, pour finir, une rédemption. La plupart des comédies françaises suivent ce modèle, grandement mis en place par Claude Sautet dans les années 1970. Adaptation de douze nouvelles d'Anna Gavalda, "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" n'échappe pas à la règle.

Le film s'ouvre sur l'anniversaire d'Aurore (Aurore Clément) qui fête ses 70 ans. Autour d'elle, il y a ses quatre enfants: Jean-Pierre (Jean-Paul Rouve), l’aîné, qui a endossé le rôle du chef de famille depuis la mort de son père alors qu'il rêvait de faire du théâtre; Juliette (Alice Taglioni), enceinte de son premier enfant à 40 ans et qui aspire à devenir écrivain; Margaux (Camille Rowe ), la photographe radicale et Mathieu (Benjamin Lavernhe), 30 ans, le seul à ne pas vouloir être un artiste. Ça va, ça vient, ça crie, ça rit, c'est gai.

Un peu au-dessus de la moyenne

Dans l'industrie du film choral, "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" d'Arnaud Viard est au-dessus de la moyenne, même s'il ne laisse pas d'éternels souvenirs. D'abord parce que le film réussit à surprendre, soit en bifurquant abruptement d'un genre à l'autre, soit par quelques scènes incongrues et inédites au cinéma, comme celle de Mathieu prenant rendez-vous préventivement chez le médecin afin d'être à la hauteur d'un premier rendez-vous amoureux qu'il attend toujours.

Ensuite parce que le film n'est construit que sur les moments forts d'une vie: naissance, séparation, suicide, anniversaire, maladie incurable, premier baiser, dernier baiser. Et pourtant, "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" n'est jamais sur le mode majeur, toujours en deçà, en pointillé, avançant sur la pointe des pieds comme s'il ne voulait pas profiter du désarroi des personnages ou s'immiscer dans leur intimité. Cette manière de rester sur un mode mineur correspond bien à l'esprit d'Anna Gavalda, autrice populaire qui a su nouer une relation d'intimité avec ses lecteurs en faisant appel à leurs expériences.

Chorale ou soliste?

Le principe de la chorale est de faire chanter à équivalence tous ses membres. Dans "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part", récit des rêves manqués ou des ambitions sans talent, trop de personnages sont sacrifiés, à l'image de la soeur cadette qui a presque toujours la même scène.

Seuls Jean-Paul Rouve et Alice Taglioni défendent une partition originale. Le premier parce qu'il offre une belle composition d'homme blessé, à la fois solide et hypersensible, viril et dépressif. Rouve sait rendre son personnage si attachant qu'il nous manque quand il disparaît de l'histoire. La seconde - on le comprend à la fin - parce qu'elle est un peu le double d'Anna Gavalda. Comme elle, elle a écrit une histoire intitulée "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part". Le premier éditeur qui la reçoit parle de son style frais et enjoué mais lui déconseille ce titre alambiqué et terriblement flou qui n'attirera personne...

Marie-Claude Martin

Publié le 23 janvier 2020 à 08:49 - Modifié le 23 janvier 2020 à 11:11