Modifié le 25 novembre 2019 à 08:54

Les dix films que vous recommande RTS Culture

"Les Misérables" de Ladj Ly, prix du Jury à Cannes.
Débat cinéma Vertigo / 25 min. / le 20 novembre 2019
Deux sorties importantes cette semaine, "Les Misérables", l'électrocho de Ladj Ly, et "Les Eblouis" qui raconte l'embrigadement d'une famille dans une secte religieuse. Et si vous avez des enfants, vous n'échapperez pas à "La Reine des Neiges II".

"Les Misérables": pour savoir ce qu'est un vrai polar social

Il fera partie à coup sûr du top ten 2019. "Les Misérables" est à la fois un coup de poing dans ce qu'il révèle de la réalité des banlieues, un coup de foudre pour les spectateurs (le film a déjà reçu de nombreux prix) et un coup de maître de la part du jeune cinéaste Ladj Ly, qui en appelle à Victor Hugo pour cette lecture contemporaine des "Misérables". Un film d'une justesse inouïe.

>>> Lire la critique de Rafael Wolf: "Les Misérables", film coup de poing, coup de coeur et coup de maître

Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers et découvre les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone suit leurs moindres faits et gestes et filme une bavure...

Prix du jury au dernier festival de Cannes, "Les Misérables" vient d'être sélectionné pour représenter la France aux Oscars. Long métrage en immersion dans la banlieue où a grandi - et vit toujours - Ladj Ly, le film interpelle la classe politique, jusqu'au sommet de l'Etat. Le président Emmanuel Macron s'est dit bouleversé par "Les Misérables" et demande à son gouvernement d’agir pour "améliorer les conditions de vie dans les quartiers".

La Reine des neiges II": pour le féminisme universel de....Disney

Il y a six ans, Disney dévoilait au cinéma "La Reine des Neiges", long-métrage d'animation centré sur Elsa, princesse scandinave effrayée par ses propres pouvoirs de glace. Le film, immense succès, a engrangé 1,2 milliards de dollars et sa chanson "Délivrée, libérée", est devenue le cri de guerre des enfants qui veulent énerver leurs parents.

La reine des neiges
RTS/Buena Vista
La Matinale - Publié le 15 novembre 2019

Depuis le début de l'année, sur les réseaux sociaux, une question revenait: La Reine des neiges sera-t-elle la première princesse lesbienne de l'histoire? Non, et Disney le justifie ainsi: Elsa n'étant pas définie par un intérêt romantique, pourquoi l'enfermer dans un choix amoureux? Marqué par la génération Greta, le film n'en est pas moins féministe - out le prince charmant! -, sensible au dérèglement climatique, au girl power et au respect des communautés autochtones, même si les princesses continuent à avoir de belles robes et un immense regard de faon. Reste une question: quel est le sexe de Olaf, le bonhomme de neige?

"Les Eblouis": pour comprendre l'emprise d'une secte religieuse

Première réalisation de Sarah Suco qui s'est inspirée de sa propre vie, "Les Eblouis" montre comment une famille intelligente et cultivée se fait embrigader tout en douceur dans une communauté religieuse. Un peu comme le "Grâce à Dieu" de Ozon, le film n'est jamais manichéen, montre d'avantage qu'il ne juge, s'emploie à faire comprendre le long glissement qui mène à l'emprise.

La réalisatrice adopte la bonne distance par rapport à son expérience personnelle et réussit une belle fiction documentée. Dans le rôle d'une mère de famille catholique qui livre ses enfants en toute inconscience, Camille Cottin poursuit une carrière tout en relief depuis la série "10 pour cent". Et Jean-Pierre Darroussin, d'ordinaire si bonasse en voisin de pallier qu'on ne reconnaît jamais, est très inquiétant en gourou charismatique. C'est dire la qualité de la direction d'acteurs.

>> A lire, l'entretien avec Sarah Suco: "Les Eblouis", un film sur les dérives sectaires chrétiennes

"J'accuse": pour savoir s'il faut distinguer l'homme de son oeuvre

Primé au dernier festival de Venise, "J'accuse" débarque sur fond de polémique visant le passé judiciaire de Roman Polanski. A Paris, certaines avant-premières ont été annulées sous la pression de groupes féministes et la société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs (ARP) s'interroge sur l'exclusion possible du cinéaste. "J'accuse" est néanmoins un des meilleurs longs métrages de l'année 2019, une fresque magistrale, filmée par un maître du classicisme et servi par la crème des comédiens français.

L'Affaire Dreyfus, qui mêle erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme, dura douze ans, de 1894 à 1906. Douze ans pendant lesquels la France, déchirée entre les pro et les anti, connut une crise politique majeure. Adapté du roman de Robert Harris, "D", le film est autant une reconstitution historique méticuleuse qu'un thriller palpitant porté par un personnage paradoxal, le colonel Georges Picquart (excellent Jean Dujardin) un antisémite ordinaire qui n'aura de cesse d'identifier les vrais coupables et d'innocenter Alfred Dreyfus.

Mais le film, aussi exceptionnel soit-il, n'en crée pas moins le malaise. D'abord parce que Polanski semble faire son autoportrait en victime expiatoire à travers la figure de Dreyfus, ensuite par la reprise du titre de Zola, ce fameux "J'accuse", qui le place en justicier.

>> A lire, la critique complète de Rafael Wolf: Roman Polanski contre-attaque dans "J’accuse"

"Portrait de la jeune fille en feu": pour contrebalancer l'effet Polanski

Nous sommes en 1770, dans une maison isolée près d'une falaise. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de Héloïse qui, à peine sortie du couvent, est promise en mariage à un Milanais. En dehors de sa construction rigoureuse, de sa tension sensuelle, de sa beauté sans ambages, du regard audacieux porté sur la maternité, Céline Sciamma montre que la supériorité du peintre sur le modèle n'est pas une fatalité et qu'une relation égalitaire - Tu me regardes, je te regarde! - est plus créative pour nourrir le désir, de l'amour et de l'art. Avec Adèle Haenel dans un final orgasmique.

>>> A écouter, l'entretien avec Céline Sciamma:

La réalisatrice Céline Sciamma.
Yohan BONNET - AFP
Vertigo - Publié le 24 septembre 2019

"The Irishman": pour voir rajeunir les octogénaires

S'appuyant sur des personnages ayant réellement existé, "The Irishman" adapte la biographie du syndicaliste et tueur à gages Frank Sheeran, rédigée en 2004 par le procureur Charles Brandt. Effrayés par l'ampleur du budget, les financiers se retirent du projet en 2008. Mais Netflix vient à la rescousse en posant 159 millions de dollars, un budget colossal, le plus important jamais alloué à un film de Martin Scorsese qui s'en est servi pour le rajeunissement numérique de ses acteurs: De Niro, Al Pacino, Harvey Keitel et Joe Pesci. Car "The Irishman", fresque de 3h30, couvre cinquante ans d'histoire des Etats-Unis, dont les événements les plus marquants sont liés à la mafia. En dépit de sa boulimie de personnages et de thématiques, cette épopée étonne par son sens de l'épure, du détail et de sa dimension intimiste.

>> A lire, la critique de Rafael Wolf: Avec "The Irishman", Martin Scorsese signe un film-bilan

"Le Traître": pour en finir avec la fascination de la mafia

L'histoire du repenti le plus célèbre d'Italie, Tommaso Buscetta, témoin clé du procès qui a abouti en 1987 à la condamnation de centaines de mafiosi siciliens. Plongée fascinante dans l'histoire de Cosa Nostra, "Le Traître" se distingue du film de genre par son lyrisme, son épure, et l'intériorité de son "héros" qui se hisse au niveau d'un personnage de tragédie.

>> A écouter, l'entretien de Raphaële Bouchet avec Marco Bellocchio:

L'affiche du film "Le Traître" de Marco Bellochio.
DR
Vertigo - Publié le 13 novembre 2019

"Un opéra mafieux. Un grand spectacle documenté et intime, où le crime et l'action sont davantage rapportés que montrés", selon Raphaële Bouchet. "Une fresque flamboyante et magistrale qui révèle le visage mortifère de la mafia" pour Rafael Wolf. Et pour Philippe Congiusti: "Une fresque captivante, le portrait du mafieux Buscetta: ni un monstre, ni un héros, juste un homme, le plus grand mystère de Cosa Nostra".

Mathias et Maxime: pour se souvenir de ses troubles de jeunesse

Deux amis d’enfance s’embrassent pour les besoins d’un court métrage amateur. Suite à ce baiser d’apparence anodine, un doute s’installe, confrontant les deux garçons à leurs préférences, bouleversant l'équilibre de leur cercle social et, bientôt, leurs existences. Sobre, émouvant, gonflé de désir inassouvi, "Matthias et Maxime", son huitième film, se profile comme un des moins tape-à-l'oeil du jeune prodige québécois de 30 ans.

"Matthias et Maxime", un film de Xavier Dolan.
Shayne Laverdière - Diaphana Distribution
Le Journal horaire - Publié le 28 octobre 2019

Lire le portrait de Dolan et son oeuvre par Raphaële Bouchet:  Xavier Dolan: "J'ai envie de faire un film de genre, un film d'horreur"

"La belle époque": pour jouer à remonter le temps

Victor, un sexagénaire désabusé, voit sa vie bouleversée quand on lui propose une attraction d'un genre nouveau: replonger dans l'époque de son choix. Il décide de revivre la semaine où il a rencontré son grand amour.

Comédie sentimentale et grinçante sur le temps qui passe, "La belle époque" est un mixte entre "Un jour sans fin" et "The Truman Show". Nicolas Bedos croit au pouvoir consolateur de la fiction, et c'est émouvant.

>> A écouter, l'entretien avec Nicolas Bedos:

Nicolas Bedos.
Jay Louvion - RTS
Vertigo - Publié le 11 novembre 2019

"Joker": pour vous scotcher à l'écran de la première à la dernière seconde

Brûlot contre les médias, les élites politiques et une société qui aura perverti le rêve américain en cauchemar macabre, le film de Todd Philipps est un portrait frontal et perturbant de notre époque. C'est aussi un bel objet de réflexion: qu'est-ce qui déclenche la violence? Comment y répondre? Avec un Joaquin Phoenix proprement hallucinant. Un film qui s'inscrit durablement dans la mémoire.

>> A lire, la critique de Rafael Wolf: Joaquin Phoenix invente un Joker martyr et c'est un choc

Mais encore: les recommandations cinéma de RTSCulture de la semaine passée

RTS Culture/mcm

Publié le 22 novembre 2019 à 16:17 - Modifié le 25 novembre 2019 à 08:54