Modifié le 15 novembre 2019 à 15:12

Les films que RTS Culture vous recommande

Atsuko Maeda, pop star au Japon, dans "Au bout du monde".
Atsuko Maeda, pop star au Japon, dans "Au bout du monde". [Copyright Eurozoom]
"Au nom de la terre", "La belle époque", "Au bout du monde", voilà les principales sorties de la semaine, dominées par la présence de Guillaume Canet. Mais le film qui fait l'unanimité, c'est "Le Traître" de Marco Bellocchio, plongée opératique dans l'histoire de Cosa Nostra.

"Le Traître": pour voir la mafia comme un opéra

L'histoire du repenti le plus célèbre d'Italie, Tommaso Buscetta, témoin clé du procès qui a abouti en 1987 à la condamnation de centaines de mafiosi siciliens. Plongée fascinante dans l'histoire de Cosa Nostra, "Le Traître" se distingue du film de genre par son lyrisme, son épure, et l'intériorité de son "héros" qui se hisse au niveau d'un personnage de tragédie.

"Un opéra mafieux – avec les chœurs de "Nabucco" à la lecture du jugement -, un grand spectacle documenté et intime, où le crime et l’action sont davantage rapportés que montrés", selon Raphaele Bouchet. "Une fresque flamboyante et magistrale qui révèle le visage mortifère de la mafia" pour Rafael Wolf. Et pour Philippe Congiusti: "Une fresque captivante, le portrait du mafieux Buscetta: ni un monstre, ni un héros, juste un homme, le plus grand mystère de Cosa Nostra".

"Au nom de la terre": pour comprendre le désespoirs des agriculteurs

Au nom de la terre, un film d'Edouard Bergeon.
diaphana.fr
La Matinale - Publié le 06 novembre 2019

"Au nom de la terre" d'Edouard Bergeon est inspiré d'une histoire vraie, celle du père du réalisateur, un exploitant agricole criblé de dettes pour qui la seule issue aura été de mettre fin à ses jours. Le film embrasse 40 ans d'une famille d'agriculteurs et accompagne la longue détérioration du milieu agricole.

Le film a reçu un accueil glacial de la presse parisienne mais frôle les 2 millions de spectateurs en France. "Au nom de la terre" est devenu un phénomène de société, le porte-voix de ceux qu'on écoute jamais et l'emblème du malaise qui règne dans le milieu paysan.

A écouter, l'entretien avec le réalisateur Edouard Bergeon, fils et petit-fils d'agriculteurs:

Le réalisateur Edouard Bergeon.
Jean-François Monier - AFP
Vertigo - Publié le 31 octobre 2019
 

"La belle époque": pour vérifier que la vie est un jeu

Victor, un sexagénaire désabusé, voit sa vie bouleversée quand on lui propose une attraction d'un genre nouveau: replonger dans l'époque de son choix. Il décide de revivre la semaine où il a rencontré son grand amour. Comédie sentimentale et grinçante sur le temps qui passe, "La belle époque" est un mixte entre "Un jour sans fin" et "The Truman Show". Nicolas Bedos croit au pouvoir consolateur de la fiction, et c'est plutôt émouvant.

>> A écouter, le débat cinéma de "Vertigo":

"La Belle époque" de Nicolas Bedos.
Julien Panié - Pathé Films
Vertigo - Publié le 06 novembre 2019

 

"Au bout du monde": pour partir loin, loin, loin

Yoko, une jeune journaliste japonaise, est chargée par sa chaîne de télévision de tourner un reportage en Ouzbékistan pour découvrir un animal rare. Mais les choix éditoriaux de sa direction la font vite déchanter et la voilà qui erre dans ce pays dont elle ne comprend pas les codes. Spécialiste des films fantastiques et auteur de la série "Shokuzai", Kiyoshi Kurosawa impressionne par la maîtrise de sa mise en scène. Entre l'âme japonaise et la culture ouzbek, ce conte philosophique multipiste risque de désorienter le spectateur. Mais n'est-ce pas le propre du vrai voyage?

On aime aussi:

Pour rire ou pas de l'usure du couple, "Mon chien stupide", adaptation du roman au vitriol de John Fante. Yvan Attal réalise un de ses films les plus personnels, où l'autodérision le dispute à la mélancolie. Une comédie plaisante sur le couple et la famille, avec une Charlotte Gainsbourg gracieuse en toute circonstance.

Pour tester ses connaissances en "joual", "Matthias et Maxime" de Xavier Dolan. Deux amis d'enfance doivent s'embrasser pour les besoins d'un film. Ce baiser de cinéma suffit à déclencher le désir. Le huitième film de Xavier Dolan étonne par sa sobriété et sa sincérité. Un de ses meilleurs depuis longtemps. Xavier Dolan donnera une master classe samedi 9 novembre à l'auditorium Arditi de Genève, dans le cadre du 25e Geneva International Film Festival.

Pour sortir de l'illettrisme sexuel,"Mon nom est clitoris". Douze femmes de 20 à 25 ans se souviennent de leurs premières sensations et de leur parcours initiatique pour mettre le doigt sur ce Graal. Toutes aspirent à une sexualité épanouissante, libre et égalitaire. Un documentaire joyeux et pédagogique, visible dès l'âge de 10 ans.

Pour sortir de son corps, "Un monde plus grand". Partie en Mongolie chez des éleveurs de rennes pour enregistrer des chants traditionnels, Corine pensait pouvoir surmonter la mort de Paul, son grand amour. Elle découvrira qu'elle a des pouvoirs chamaniques. Adaptation du livre "Mon initiation chez les chamanes" de Corine Sombrun, le film de Fabienne Berthaud est à la fois très documenté et sensoriel dans sa mise en scène immersive. Cécile de France, éblouissante.

Pour comprendre le métier de photographe de guerre,"Camille", inspiré de l'histoire de Camille Lepage, jeune photographe de guerre assassinée en 2014 en Centrafrique. Le réalisateur Boris Lojkine réussit un double portrait: celui d'une femme vibrante, et celui d'une Afrique en convulsion. Prix du public lors du dernier festival de Locarno.

Les incontournables

Pour vibrer d'émotion, "Hors norme" d'Éric Toledano et Olivier Nakache ("Le Sens de la fête", "Samba", "Intouchables"). Le tandem traite d'un sujet grave: l'inclusion des autistes dans notre société. Ils le font avec autant d'humanisme que de légèreté, de précision documentaire que d'embardées comiques.

Pour vous scotcher à l'écran, "Joker", brûlot contre les médias, les élites politiques et une société qui aura perverti le rêve américain en cauchemar macabre. Le film de Todd Philipps est un portrait frontal et perturbant de notre époque, avec un Joaquin Phoenix proprement hallucinant.

Pour mesurer certains progrès, "Madame", l'histoire de la relation entre une grand-maman et son petit-fils, issus d'une famille bourgeoise genevoise. D'un côté, une femme née à la fin du 19e siècle qui deviendra femme d'affaires tout en luttant contre une société patriarcale. De l'autre, un garçon attiré par les garçons qui luttera pour assumer son homosexualité dans une société hostile aux gays. 

Pour vous faire aimer l'amour, "Chambre 212", de Christophe Honoré. Une femme infidèle, un mari qui déprime, une ex en embuscade, des amants plein le smartphone et le sosie de Charles Aznavour en Jimini Cricket, "Chambre 212" est une fantaisie amoureuse qui mélange souvenirs, fantasmes et réalités. Chiara Mastroianni y est mélancomique.

Si vous ne les avez pas déjà vus

Pour sortir des sentiers battus, "Portrait de la jeune fille en feu", de Céline Sciamma, peinture charnelle de la naissance du désir et de son assouvissement par l'art. Avec Adèle Haenel.

Pour sortir la tête du sac, "Alice et le maire", comédie sur la vanité du pouvoir, portée par le dialogue ciselé entre un politique désabusé (Fabrice Luchini) et une jeune philosophe (Anaïs Demoustier).

Pour vous donner envie de désobéir: "Papicha". La réalisatrice Mounia Meddour rend un hommage à toutes ces femmes algériennes qui par leur courage et leur solidarité ont résisté aux barbus, en continuant de travailler, d'étudier, de sortir, parfois au péril de leur vie. Un film lumineux, porté par quatre formidables comédiennes.

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Publié le 08 novembre 2019 à 15:44 - Modifié le 15 novembre 2019 à 15:12