Modifié le 22 octobre 2019 à 14:47

Gérard Kikoïne, le maître artisan de l'âge d'or du porno français

Le réalisateur français Gérard Kikoïne.
Cinéma: Rencontre avec Gérard Kikoïne Vertigo / 7 min. / le 21 octobre 2019
Le LUFF, Lausanne Underground Film & Music Festival, vient de rendre hommage à un cinéaste français mythique de 73 ans, Gérard Kikoïne. Il a réalisé plusieurs classiques du X dans les années 1970, notamment avec Brigitte Lahaie.

Le cinéma a ses génies, ses auteurs, ses faiseurs, ses laborieux mais aussi ses francs-tireurs, souvent passionnés et rétifs aux honneurs. Avec eux, on parle de cinoche plutôt que de septième art. C'est le cas de Gérard Kikoïne, 73 ans, maître du film X en 35 millimètres. Lui, parle de film d'amour. "Parce qu'on les faisait avec amour, avec de vrais scénarios, de vrais chefs opérateurs, de vrais personnages. Parce qu'on aimait le cinéma, l'humour et la joie de vivre", dit Gérard Kikoïne.

L'âge d'or du X

Petit flash-back. En 1975, le relâchement de la censure cinématographique - suite à l'élection de Valéry Giscard d'Estaing - voit fleurir le cinéma X, avec l'affiche d'"Emmanuelle" en majesté sur les Champs-Elysées. Dans ces années glorieuses, Gérard Kikoïne tourne 22 films aux titres très vintage et au découpage ciselé. "Les trois quarts de mes films mettent en scène des dominatrices qui se vengent. Ce sont les femmes, les meneuses. J'ai tout appris d'elles. Même quand le MLF était à son apogée, je n'ai jamais eu de problèmes avec les féministes. Maintenant le porno est très différent. Nous, nous étions des naturalistes, avec des poils et sans silicone".

>> A regarder, la carrière et l'esthétique de Gérard Kikoïne en quelques minutes:

 

"L'Amour à la bouche", "Entrechattes", "Dans la chaleur de Saint-Tropez" ou "Parties fines" attirent plus de 4 millions de spectateurs. "On était des aventuriers. Le porno, c'était tout nouveau; dix ans auparavant, on allait en prison", raconte Gérard Kikoïne qui a débuté comme monteur-son dans l'entreprise de doublage de son père. Il y rencontre, notamment, Arrabal, Joël Seria ou Abel Gance. Le cinéma, c'est son environnement, son ADN, son terrain de jeu.

Un livre culte

Si ses films X, à la mise en scène soignée, sont considérés aujourd'hui comme des classiques du genre, Gérard Kikoïne se souvient qu'à l'époque, faire du X était très mal vu.

On était comme les catins du 18e siècle marquées au fer rouge. Moi, je voulais faire du cinéma traditionnel et le X était comme un laboratoire, un terrain d'expérimentation, une manière de faire mes gammes.

Gérard Kikoïne, cinéaste qui a reçu un hot d'or d'honneur en 2009.

Avec l'arrivée de la vidéo, le film X n'est plus du tout rentable. Kikoïne sort du ghetto en réalisant "Dr Jekyll et Mister Hyde" avec Anthony Perkins, où il se souvient de sa passion pour les films expressionnistes allemands. Suivront deux productions internationales avec Oliver Reed, des pubs, des films institutionnels et même un épisode du "Commissaire Moulin".

En 2016, il publie "Kikobook" qui regroupe toutes les photos de ses tournages à la tonalité très familiale. Il y raconte avec entrain les premiers pas de Brigitte Lahaie et comment "Le Sexe qui parle" a décidé de sa carrière, explique comment on fabrique du faux sperme, nous apprend que les scènes les plus hot sont appelées des cascades et rend hommage à ses fidèles comédiens sans lesquels son cinéma n'aurait jamais eu la même (h)ardeur.

Propos recueillis par Rafael Wolf

Adaptation web: Marie-Claude Martin

Publié le 22 octobre 2019 à 13:28 - Modifié le 22 octobre 2019 à 14:47