Publié le 01 octobre 2019 à 12:58

Fred Baillif: "La preuve scientifique de l'existence de Dieu", c'est l'amitié

Une scène du film "La Preuve scientifique de l’Existence de Dieu", de Frédéric Baillif.
Cinéma: Frédéric Baillif, "La preuve scientifique de lʹexistence de Dieu" Vertigo / 4 min. / le 30 septembre 2019
A l'affiche depuis le 25 septembre, la comédie de Fred Baillif inspirée de faits réels s'interroge sur l'usage du militantisme et rend hommage au groupe de soixante-huitards qui a permis l'existence du service civil.

"La Suisse est imperturbable. Neutre en toutes circonstances. Pourtant, en Suisse aussi, on a connu mai 68. Ici aussi, on a foutu un sacré bordel" raconte le personnage joué par Jean-Luc Bideau dans "La preuve scientifique de l'existence de Dieu".

Entre documentaire et fiction, vraies et fausses archives, comédiens aguerris et non professionnels, la comédie de Fred Baillif met en scène un groupe de retraités qui, 50 ans plus tard, reprend son activité militante pour que la Suisse cesse d'exporter du matériel de guerre.

En 1971 en effet, ce même groupe, composé de six femmes et 19 hommes, avait déposé les armes devant le Palais fédéral pour proposer une alternative à l'armée, permettant ainsi l'émergence du service civil.

L'improvisation au coeur du film

Le cinéma que pratique Fred Baillif est en soi une expérience alternative, avec un formidable travail en amont. "Je ne fais pas de casting, c'est le casting qui vient à moi. D'abord, je monte des ateliers d'improvisation et passe beaucoup de temps à discuter. Les participants racontent leur histoire et j'écoute, comme dans les interviews. C'est ce matériau qui me permet de capter une personnalité qu'ensuite je caricature, avec leur accord, pour créer un personnage et une histoire" explique Fred Baillif qui dit pratiquer un cinéma social.

>> A regarder, la bande-annonce de "La Preuve scientifique de l'existence de Dieu":

Bande annonce du film "La preuve scientifique de l'existence de Dieu"
RTS Fiction - Publié le 30 septembre 2019

La méthode Baillif ne s'arrête pas là. C'est sur la base d'un scénario écrit mais sans dialogues que le réalisateur fait jouer ses comédiens amateurs. Lui préfère le terme d'"acteurs naturels" puisqu'ils créent un personnage à partir de ce qu'ils sont et ont vécu, tout en restant des personnages.

Sur le tournage, je donne des indications précises que j'appelle des autoroutes. Par exemple, je dis à un des acteurs: "Tu ne seras jamais d'accord avec lui, maintenant vas-y, improvise!"

Fred Baillif, cinéaste.

Nadia Braendle, ancienne journaliste à la télévision romande, fait partie du casting de ce film unique et explique: "Pendant deux ans, Fred nous a fait travailler sur des thèmes très différents pour qu'on se familiarise avec la caméra. Son mot d'ordre: "Sois toi-même!". Jean-Luc Bideau et Irène Jacob avaient un texte à dire, nous, il nous lançait dans une scène et il fallait réagir. Il nous disait aussi qu'on ne devait surtout pas se prendre pour des acteurs, d'ailleurs, si on avait eu un texte, on aurait été très mauvais", s'amuse celle qui fut à Berne en 1971 et membre du groupe à l'origine du manifeste pour un service civil.

Le militantisme aujourd'hui

Hommage au militantisme, réflexion vivante sur la place qu'il occupe aujourd'hui dans nos sociétés - jusqu'où peut-on aller? est une des questions récurrentes - le film est aussi une ode à l'amitié. Jean-Luc Bideau a rejoint le film par amitié, tout comme Irène Jacob qui avait beaucoup aimé "Tapis rouge", son film de fiction précédent, également né suite à des séances d'improvisation. "Ces anciens militants devenus retraités sont restés amis. Le combat les a soudés à vie, au-delà de leurs divergences. Je crois en l'amitié, d'où le titre de mon film".

Propos recueillis par Philippe Congiusti

Adaptation web: Marie-Claude Martin

Publié le 01 octobre 2019 à 12:58