Modifié le 30 septembre 2019 à 17:39

Fabrice Luchini, génialement sobre dans "Alice et le maire"

Anaïs Demoustier et Fabrice Luchini dans "Alice et le maire".
Cinéma: Fabrice Luchini réenchante la politique dans "Alice et le maire" Vertigo / 5 min. / le 24 septembre 2019
Entre Rohmer et Guitry, la comédie de Nicolas Pariser met en scène un dialogue passionné entre politique et philosophie, avec un duo d'acteurs très inspiré. Sortie le 2 octobre sur les écrans romands.

A cause du titre et de la présence de Fabrice Luchini, on pense à Eric Rohmer ("L'Arbre, le Maire et la Médiathèque") et un peu à Guitry. On n'a pas tort. "Alice et le maire" fait le pari de l'intelligence délicieuse, du dialogue étincelant et de la pensée comme moteur de vie.

Après "Le grand Jeu", thriller politique très réussi, Nicolas Pariser revient avec une comédie enthousiasmante. Cet ancien étudiant en philosophie et histoire de l'art observe avec finesse la réalité de l'action politique, ses limites, ses possibles, ses freins, ses hypocrisies, son théâtre. Il évite ainsi les pièges du genre: le film à thèse ou la dénonciation paresseuse.

Personnage complètement fictif

Après trente ans de vie politique, le maire socialiste de Lyon, Paul Théraneau (Fabrice Luchini) va mal. Lui qui avait mille idées à la seconde est vidé, déprimé, son inspiration complètement tarie, alors qu'il ambitionne un destin présidentiel. Pour remédier à ce problème, on décide de lui adjoindre une jeune et brillante philosophe, Alice Heimann (Anaïs Demoustier). Peu à peu, Alice devient sa complice puis son alliée.

>> A voir la bande-annonce de la comédie politico-philosophique de Nicolas Pariser:

 

Dans le rôle du maire - personnage fictif même si Gérard Collomb, maire de Lyon à l'époque, s'était senti visé - Fabrice Luchini est à la fois sobre et précis, complètement au service du film.

Comment Nicolas Pariser a-t-il réussit à tempérer la star, une des rares en France à pouvoir, sur son seul nom, faire un million d'entrées?

D'abord, je n'ai jamais eu peur de faire un "Luchini movie" mais il fallait que je fasse mon propre "Luchini movie". J'ai donc écrit un dialogue très contraignant, difficile à apprendre et à jouer que Luchini a travaillé pendant des mois jusqu'à en devenir maître. Inutile de le diriger, le texte suffisait, et le génie de Luchini a fait le reste.

Nicolas Pariser, cinéaste

Le texte justement met en évidence la confrontation entre le politique, fait de certitudes, et la philosophie, générateur de doutes. Du moins en théorie car dans les méandres de ce microcosme, les choses sont plus compliquées, et le film plus subtil dans sa suave cruauté. Reste cette question: pourquoi mettre en scène un homme de gauche plutôt que de droite?

La droite se pose avant tout la question de l'efficacité tandis que la gauche a pour idéal de rendre la société meilleure. Alors quand cela ne marche plus, qu'il n'y a plus d'idées pour améliorer le monde, le désespoir pointe. D'autre part, le lien entre la gauche et la philosophie est plus étroit.

Nicolas Pariser.

"Macron philosophe, personne n'y croit!"

Si le film a été écrit sous Hollande, il a été tourné pendant l'ascension de Macron, présenté, au début de son mandat, comme un intellectuel, un philosophe, l'assistant de Paul Ricoeur. Le risque n'était-il pas alors que le film, à sa sortie, soit dépassé? "Aujourd'hui, Macron philosophe, personne n'y croit! C'est un homme politique comme les autres qui s'entoure de technocrates peu cultivés. On ne peut pas dire que la présidence Macron est une fête de la culture et de l'art" s'amuse Nicolas Pariser qui ajoute: "La vie politique va très vite mais nulle part, le temps du cinéma est plus lent mais il essaye au moins d'aller à un point B".

Propos recueillis par Rafael Wolf

Adaptation web: Marie-Claude Martin

Publié le 30 septembre 2019 à 17:26 - Modifié le 30 septembre 2019 à 17:39