Modifié le 22 août 2019 à 10:48

Un fait divers sordide inspire un polar éblouissant à Arnaud Desplechin

"Roubaix, une lumière": le nouveau film d'Arnaud Desplechin est son premier polar réalisé dans sa ville natale.
"Roubaix, une lumière": le nouveau film d'Arnaud Desplechin est son premier polar réalisé dans sa ville natale. 19h30 / 2 min. / le 20 août 2019
Avec "Roubaix, une lumière", tourné dans sa ville natale, Arnaud Desplechin s'essaie pour la première fois au polar. Il en tire un film noir, gorgé d'humanité, avec un quatuor de comédiens remarquables.

Un soir de décembre 2002, à Roubaix, dans le nord de la France, une octogénaire est sauvagement assassinée. Rapidement, les soupçons se portent sur ses deux jeunes voisines, toxicomanes, alcooliques et amantes.

Avec "Roubaix, une lumière", Arnaud Despleschin s'inspire de ce fait divers survenu dans sa ville natale mais surtout du documentaire immersif réalisé en 2008 par Mosco Boucault, "Roubaix, commissariat central: affaires courantes" (2008), qui a suivi l'enquête de bout en bout et recueilli, chose exceptionnelle, les aveux des principales suspectes lors de leur garde-à-vue.

Tragédie humaine

Avec ce remake fictionnel d'un documentaire, Arnaud Desplechin montre qu'il avait envie d'un film où le texte était déjà écrit. Mais pas forcément les personnages. Et Desplechin a besoin de pouvoir les comprendre et s'identifier à eux pour tourner. Comme le disait Léa Seydoux au micro de la RTS lors du dernier festival de Cannes, le cinéaste est "'allé chercher son inspiration dans la littérature et le théâtre".

Ainsi Marie (Sara Forestier), l'une des deux suspectes, a-t-elle des airs de la Jeanne d'Arc de Dreyer tandis que Claude (Léa Seydoux) rappelle le destin de "Tess d'Urberville" de Thomas Hardy, jeune paysanne innocente et fière que le destin mènera à l'échaffaud.

Evidemment, pour porter ce drame social tendu et puissant, il fallait des comédiens capables d'insuffler empathie et humanité à leurs personnages. Roschdy Zem, Léa Seydoux, Sara Forestier et Antoine Reinartz sont criants de vérité. Et ils se mêlent parfaitement à un casting composé en grande partie de non-professionnels qui jouent leur propre rôle, de flics, de délinquants, de filles gouailleuses.

La banalité du crime

"Roubaix une lumière" est-il un polar? Oui, mais plus que le suspense, ce qui intéresse Arnaud Desplechin c'est la tragédie humaine qui se joue dans un commissariat. C'est aussi la nature dérisoire de ce crime atroce, et atrocement banal. L'inverse du polar classique, la police n'y traque pas des monstres, mais des humains accablés par la fatalité.

Ce sont des criminelles qui ont tué pour rien, pour voler des détergeants! Ce n'est pas de la fiction, c'est vrai, et c'est fou! Desplechin a voulu faire un film sur l'humanité des criminels, montrer la beauté dans l'horreur.

Léa Seydoux, comédienne.

Ville de tous les sentiments

Roubaix est la ville où a grandi Arnaud Desplechin et où le cinéaste aime revenir pour tourner. Si "Un conte de Noël" montrait le côté enchanteur de la cité, "Roubaix, une lumière" témoigne d'une ville meurtrie par le chômage et la délinquance.

Pour prendre le pouls de cette région précarisée, Sara Forestier n'a eu besoin que d'un accessoire. "Le costume peut tout. Quand j'ai enfilé les chaussures, elles m'ont tellement fait pitié que j'ai fondu en larmes."

>> L'interview d'Arnaud Desplechin dans Vertigo:

Arnaud Desplechin.
Lionel Bonaventure - AFP
Vertigo - Publié le 21 août 2019

Propos recueillis par Julie Evard

Adaptation web: Marie-Claude Martin

Publié le 21 août 2019 à 13:43 - Modifié le 22 août 2019 à 10:48