Publié le 12 août 2019 à 11:44

"Fi al-thawra", un documentaire syrien en compétition à Locarno

"Fi al-thawra", documentaire syrien à Locarno qui montre des opposants à Bachar al-Assad.
"Fi al-thawra", documentaire syrien à Locarno qui montre des opposants à Bachar al-Assad Tout un monde / 4 min. / le 12 août 2019
"Fi al-thawra", documentaire du collectif Abou naddara, raconte la Syrie d'aujourd'hui à travers le quotidien des opposants à Bashar al-Assad. Des images fortes qui contrastent avec ce qu'on a l'habitude de voir dans les médias.

Dans "Fi al-thawra"  - que l'on pourrait traduire par "Durant la révolution" -, la réalisatrice Maya Khoury suit entre 2011 et 2017 un groupe d’activistes politiques convaincus que la Révolution est possible en Syrie. A travers les destins de ses personnages et au fil des années, le film dénonce la brutalité du régime mais aussi le traitement médiatique de la crise dans les médias nationaux et à l'étranger.

Echapper au ghetto de l'actualité géo-politique

Sharif Kiwan est l'un des producteurs de "Fi al-thawra", membre du collectif de cinéastes Abou naddara, dont la plupart des collaborateurs travaillent dans l'anonymat pour des raisons de sécurité. "Nous avons créé ce collectif pour faire nos films indépendamment de l'Etat qui a le monopole sur le cinéma et aussi des producteurs étrangers qui souhaitent des produits formatés. Nous souhaitons instaurer le dialogue avec la communauté cinéphile du monde entier tout en échappant au ghetto de l'actualité géo-politique" explique-t-il au micro de la RTS.

Le collectif, qui réalise essentiellement des courts métrages, met à disposition gratuitement sa production sur le site Vimeo.

Visibilité sur la scène internationale

Des vidéos postées sur internet et rassemblées dans un long métrage, voilà qui est original! Que le film soit ensuite sélectionné en compétition officielle de l'un des plus grand festival au monde, voilà qui est inespéré! Grâce à cette sélection locarnaise, "Fi al-thawra" et son collectif s'offrent une formidable visibilité sur la scène internationale. Car derrière ce documentaire, il y a bien sûr un acte militant: la volonté de montrer le vrai visage de ce qu'on a appelé à un certain moment la "Révolution syrienne".

Visage qui s'est effacé au fil des combats, des bilans sur le nombre de morts et des considérations stratégiques autour du conflit.

Notre projet de départ était de faire des films qui célèbrent la vie quotidienne, les gestes, les gens, les visages. L'idée est de présenter des fragmants de vie sans contextualisation. Pour les Syriens, ces images parlent immédiatement. Et pour le public universel, elles permettent de se détacher de la grille de lecture médiatique et d'entrer dans ces vies quotidiennes comme dans une fiction.

Sharif Kiwan, producteurs du film et membre du collectif de cinéastes Abou NA-DA-RA

Sentiment d'impuissance

À travers ces histoires du quotidien, ces différents personnages, ces multiples tranches de vie enregistrées au fil des années, le film livre une réflexion politique profonde sur la difficulté à rassembler un peuple et sur les divisions vécues au sein de l'opposition. Un tableau qui rend palpable le sentiment d'impuissance parmi ceux qui ont cru un jour à un autre destin pour la Syrie mais qui, en dépit de leurs désillusions, continuent de lutter, chacun à son échelle, selon ses moyens et avec différents outils. Et parmi ces outils, les armes les plus redoutables restent la caméra et le téléphone portable.

Avec ce film qui échappe aux codes de production classiques, le festival de Locarno se positionne plus que jamais comme une fenêtre ouverte sur le monde et l'actualité.

Sujet proposé par Sophie Iselin/mcm.

Publié le 12 août 2019 à 11:44