Modifié le 13 juin 2019 à 08:31

"Men in Black: International" recherche son âme désespérément

L'affiche du film "Men in Black: International".
Débat cinéma Vertigo / 24 min. / le 12 juin 2019
Tessa Thompson et Chris Hemsworth remplacent Tommy Lee Jones et Will Smith dans ce quatrième volet de la saga "Men in Black" initiée en 1997. Un spin off qui féminise son univers sans pour autant le renouveler.

En 1997, le flegmatique Tommy Lee Jones prenait pour partenaire l'ultra-cool Will Smith dans un cocktail détonant d'humour noir, de science-fiction, de polar et de "buddy movie" (film s'appuyant sur un binôme dépareillé).

Signé Barry Sonnenfeld, "Men in Black" cassait la baraque avec son duo d'agents spéciaux, costume-cravate et lunettes noires, chargé de traquer les aliens entrés illégalement sur notre planète où de nombreux extraterrestres cohabitent, incognito, avec les humains, Steven Spielberg, Lady Gaga, Michael Jackson ou Elon Musk faisant partie des plus notoires.

Une vision de l'immigration délirante et cartoonesque déclinée en série télévisée animée, en jeu vidéo et en deux suites: le piètre "Men in Black II" (2002) et le réjouissant "Men in Black 3" (2012), dans lequel un paradoxe temporel permettait un retour aux origines des personnages.

Une taupe au sein des Men in Black

Après maintes tergiversations au sujet de la direction à prendre pour ce quatrième volet, les producteurs de "Men in Black: International" se sont accordés sur un spin off, soit reprendre le même univers, mais avec de nouveaux personnages. En l'occurrence les agents M. et H., respectivement incarnés par Tessa Thompson ("Creed", la Valkyrie des "Avengers") et Chris Hemsworth (le Thor des "Avengers").

Bellâtre un rien arrogant, l'agent H. vient de repousser, en haut de la tour Eiffel, une invasion d'extraterrestres belliqueux avec l'aide de High T. (Liam Neeson), chef de la section londonienne des MIB. A New York, la jeune Molly rêve d'intégrer l'organisation depuis son enfance et est recrutée par l'agent O. (Emma Thompson, qui n'est pas la mère de Tessa, soit dit en passant). Envoyée à Londres, elle fait équipe avec l'agent H. et se retrouve à poursuivre une arme surpuissante convoitée par deux aliens jumeaux alors que des rumeurs courent au sujet de la présence d’une taupe au sein des Men in Black.

>> A voir: la bande-annonce du film "Men in Black: International"

Un féminisme de surface

"C'est dans les vieilles marmites qu'on fait les meilleures soupes". Encore faut-il que la recette ne soit pas trop frelatée. La vacuité de ce quatrième épisode saute rapidement aux yeux dès lors que la seule nouveauté proposée est de féminiser un univers qui a toujours tenu sur la qualité de ses personnages et la singularité de son ton plutôt que sur ses intrigues minimales.

Dès la séquence de recrutement de l'agent M., interrogée par l'agent O., les intentions des producteurs apparaissent limpides. Les deux femmes s'interrogent sur la pertinence même du titre du film, plus tard détourné par l'agent H. ("Nous sommes les Men et les Women in Black").

Que le cinéma hollywoodien féminise davantage ses écrans depuis le mouvement #MeToo s'impose comme une nécessité autant qu'une réjouissance. Le souci ne vient pas tant de la démarche que du résultat. Comme d'innombrables films avant lui, "Men in Black: International" se drape derrière la présence d'une héroïne pour se dédouaner de toute velléité de changement. Il faudra fouiner longtemps dans ce gloubi-boulga réchauffé pour y déceler autre chose que l'opportunisme d'une industrie qui confond conscience égalitaire avec argument marketing.

Un diaporama touristique

Mis en image par F. Gary Gray ("Négociateur", "N.W.A – Straight outta compton", "Fast & Furious 8"), "Men in Black: International" recherche son âme désespérément et finit par diluer son ADN dans le diaporama touristique. Des sous-sols new-yorkais aux souks de Marrakech, en passant par les rues de Londres, le désert marocain et une île au large de Naples, le scénario multiplie les péripéties géographiques au risque de ressembler davantage à un James Bond mondialisé qu'à une suite de "Men in Black".

Deux heures de ce spectacle paresseux poussent à supplier la présence d'un neurolaser, ce stylo lumineux brandi par les agents du MIB pour effacer les souvenirs des témoins de leurs actions. Allez, oublions tout!

Rafael Wolf/aq

Publié le 12 juin 2019 à 13:42 - Modifié le 13 juin 2019 à 08:31