Modifié le 24 mai 2019 à 11:14

"Gentleman Jack", série lumineuse sur une lesbienne "moderne"

Une image de la série "Gentleman Jack".
Gentleman Jack Six heures - Neuf heures, le samedi / 5 min. / le 18 mai 2019
Alors qu'en France SOS-Homophobie annonce une augmentation des cas de discriminations, harcèlements et violences envers les femmes homosexuelles, HBO propose "Gentleman Jack", une série sur la vie d'Anne Lister, première lesbienne "moderne".

Si l'homosexualité est bien au cœur du récit de "Gentleman Jack", Sally Wainwright, créatrice, scénariste et réalisatrice - à qui l'on doit déjà l'excellente série policière "Happy Valley", construite elle aussi autour de personnages féminins - nous raconte d'abord une magnifique histoire d'amour et un combat féministe exaltant.

Ceux d'une femme qui a réellement existé en Angleterre pendant la première moitié du XIXe siècle: Anne Lister, superbement interprétée par l'actrice britannique Suranne Jones, remarquée dans "Coronation Street" et surtout dans "Doctor Foster".

Anne Lister, première lesbienne "moderne"

Anne Lister est née en 1791 à Halifax, qui est aussi la ville d'origine de la créatrice de la série, Sally Wainwright. Gentleman Jack est le nom que les habitants d'Halifax donnaient à Anne Lister, alors que ses amantes l'appelaient Fred… En Grande-Bretagne, on connaît principalement cette propriétaire terrienne pour sa forte personnalité et sa notoriété en tant que première lesbienne "moderne", dans le sens où elle ne s'en cachait pas et revendiquait même le statut et la possibilité pour deux femmes de vivre en couple.

En France, on connaît plutôt Anne Lister pour avoir été la première à réaliser officiellement l'ascension du plus haut sommet des Pyrénées françaises qui culmine à une altitude de 3'298 mètre, la pique Longue, dans un massif dont le nom tombe lui aussi à pic: le massif de Vignemale. Le 6 août 1838, en compagnie de ses guides, Anne Lister maîtrise le sommet, dans une compétition avec Napoléon Joseph Nay, Prince de la Moskova et fils du Maréchal, qu'elle devance de trois jours!

De la pique Longue au biopic

"Gentleman Jack" revêt la forme d'un biopic historique. Dans le Yorkshire du début du XIXe siècle, Anne Lister, curieuse insatiable, qui a beaucoup voyagé, revient à Shibden Hall, la propriété rurale qu'elle a héritée de son oncle. Une arrivée mouvementée, à brides abattues, dans une diligence bondée dont elle tient les rênes, parce que le cocher s'est cassé le bras après être tombé de son poste. Cette seule scène suffit à imposer la figure publique d'Anne Lister, une femme habillée en homme dont la démarche décidée dégage une puissance sans égale et dont on va très vite découvrir la dureté et la rigueur en affaires.

>> A voir, la bande annonce de la série:

Toujours dans le premier épisode, on découvre aussi qu'Anne Lister est rongée par le chagrin de sa rupture récente d'avec Vere Hobart qui l'a abandonnée pour se marier. Dans le même temps, on suit l'arrivée à Halifax d'une autre femme, proche de la trentaine. Diaphane au visage d'adolescente, timide et peu sûre d'elle, elle est écrasée par une tante omniprésente et vulgaire, Ann Walker, riche héritière interprétée très subtilement par Sophie Rundle (découverte dans le rôle de Ada Shelby dans "Peaky Blinders"). Cette narration parallèle ne laisse pas de doute quant à leur rencontre à venir et dessine le feu d'artifice émotionnel qu'elle provoquera.

Journal intime

A dessein, Sally Wainwright propose une entrée en matière extrêmement classique qui va petit à petit se transformer, au fur et à mesure que l'on découvre la personnalité, les engagements et les choix d'Anne Lister. Bien qu'extrêmement conservatrice quant à son rang dans la société et son rapport au "petit peuple", elle agit néanmoins avec toute la force de son pouvoir pour faire exploser les convenances.

On est en quelque sorte confronté à un personnage à deux faces, qui inspire l'empathie autant que l'antipathie. La série ne se pose donc pas comme une hagiographie béate et unilatérale d'un personnage hors du commun.

Il y a par exemple un parti pris très séduisant, celui de faire s'adresser Anne Lister aux spectatrices et aux spectateurs directement, face caméra, à propos de sa relation avec Ann Walker, afin de nous confier ce qu'elle ressent, ce qu'elle espère, parfois d'un simple regard très éloquent. Ces adresses fonctionnent comme la métaphore du journal qu'a tenu Anne Lister pendant trente-quatre ans. Vingt-quatre épais volumes remplis d'une écriture minuscule, dont une petite partie en langage chiffré qui n'était donc pas destinée à la publication, mais dont les vertus historiques et sociales en font une somme incontournable, sur laquelle Sally Wainwright s'est fondée pour construire "Gentleman Jack".

Pascal Bernheim/ld

"Gentleman Jack" (VF et VOSTFR), sur OCS, disponible 24 heures après la diffusion américaine cinq épisodes sont d’ores et déjà disponibles, le huitième et dernier sera mis en ligne le 11 juin.

Publié le 23 mai 2019 à 12:10 - Modifié le 24 mai 2019 à 11:14