Modifié le 16 mai 2019 à 08:27

"The Dead don’t Die", un Jarmusch mineur en ouverture de Cannes

L'équipe du film d'ouverture de Cannes "Dead don't die" de Jim Jarmusch.
Jim Jarmusch faisait hier soir l’ouverture du 72e Festival de Cannes avec "The Dead don’t die", qui sort en salle aujourd'hui La Matinale / 1 min. / le 15 mai 2019
Premier film de zombies de l’Américain Jim Jarmusch, "The Dead don’t Die" ouvrait hier soir le 72e Festival de Cannes et sort également en salle. Un Jarmusch mineur, dont le charme opère malgré tout.

Zombies ou vampires, il faut choisir. Rares sont les cinéastes qui s’intéressent aux deux. Jarmusch, lui, mettait en scène Tilda Swinton et Tom Hiddleston, deux vampires amoureux, dans le magistral et dépressif "Only Lovers Left Alive", en 2013.

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Le vampire lui allait si bien: figure aristocrate mélancolique, la créature originaire des Carpates vit en général à l’écart du monde. Comme Jarmusch, dandy cultivé, qui produit des films à la marge du cinéma mainstream. Nul ne s’étonnera donc qu’avec les zombies, qui surgissent en groupes et dévorent sans pitié ni réflexion, Jarmusch se sente sensiblement moins à l’aise, malgré son humour froid et sa virtuosité.

Iggy Pop en zombie

L’ambiance est apocalyptique: on y croise Iggy Pop en zombie amateur de café ou Tom Waits en ermite hirsute. La planète Terre est sortie de son axe, et ça a réveillé les morts. Adam Driver et Bill Murray interprètent deux flics qui arpentent, impuissants, impassibles, les rues de Centerville, dans l’Etat de NY.

Les zombies rôdent, il faut les décapiter. Pour une fois, Jarmusch adopte une tonalité plus politique que poético-romantique. Le film raconte la destruction de l’humanité par l’humanité et se teinte d’un discours écologiste et anti-consumériste appuyé. Il sous-exploite certains personnages (Tilda Swinton, intraitable cheffe des pompes funèbres) et bâcle sa fin.

Mais la grande habileté de Jarmusch c’est de combiner les motifs voulus par le genre avec ce qui fait sa petite musique personnelle. Et le bonheur émerge, malgré tout, de cette étrange alchimie entre cannibalisme et raffinement extrême, entre mélancolie ironique et terreur nocturne.

Raphaële Bouchet/mcc

Sujet traité dans le Journal de 6h30.

Publié le 15 mai 2019 à 08:05 - Modifié le 16 mai 2019 à 08:27