Modifié le 08 mai 2019 à 16:35

Julianne Moore éblouissante dans "Gloria Bell"

Julianne Moore et John Turturro dans "Gloria Bell".
Débat cinéma Vertigo / 26 min. / le 01 mai 2019
Dans cet "auto-remake" du réalisateur chilien Sebastian Lelio, Julianne Moore incarne avec une justesse époustouflante une quinquagénaire qui n’entend renoncer ni à la vie ni à l’amour.

Gloria, la cinquantaine, a élevé ses deux enfants. Indépendante, divorcée, elle veut profiter de la vie, sortir, chanter à tue-tête des tubes disco dans sa voiture, et surtout retrouver l'âme soeur. Lorsqu'elle rencontre sur la piste de danse Arnold (John Turturro), elle croit avoir retrouvé le grand amour. Mais en dépit de ses déclarations enflammées, l'ex-marine va se révéler bien décevant...

>>Voir la bande annonce de "Gloria Bell":

De Santiago à Los Angeles

"Gloria Bell" est un "auto-remake", à savoir le remake par son propre réalisateur, Sebastian Lelio de "Gloria" (2013), qui avait remporté un très grand succès et même valu à son interprète d'alors, Paulina Garcia, l'Ours d'argent de la meilleure actrice à Berlin. 

En 2018, le réalisateur chilien a remporté l'Oscar du film étranger avec "Une femme fantastique". A priori, il ne souhaitait aucunement faire un "remake" de "Gloria", jusqu'à ce qu'il rencontre Julianne Moore, elle-même lauréate d'un Oscar en 2015 pour "Still Alice" où elle incarnait une femme prématurément atteinte de la maladie d'Alzheimer. C'est elle qui propose à Sebastian Lelio de reprendre le rôle. Quel réalisateur refuserait un film à Julianne Moore? Il accepte de réaliser cette nouvelle version, très fidèle au scénario d'origine, transposant juste Santiago à Los Angeles.

Un "remake" bienvenu

Au micro de "Vertigo", le critique cinéma Pascal Gavillet, qui avait adoré le film original, soulève la question du bien-fondé de la systématique des "remake" à l'américaine. Or, selon lui, le film a le mérite d'éviter cet écueil. "Comme chaque fois qu'on voit un remake américain, on peut se dire "à quoi bon". Sauf que là, c'est le même réalisateur qui s'en charge, et en plus il a l'occasion de travailler avec Julianne Moore. Du coup on a presque l'impression d'un documentaire sur Julianne Moore qui fait quelque chose de différent du film".

La grâce de Julianne Moore

Pour le critique Rafael Wolf, l'interprétation de Julianne Moore ajoute indéniablement de la grâce au film. Elle incarne de façon éblouissante la trajectoire de cette femme qui cherche l'âme soeur, et dont on a l'impression qu'elle est un peu perdue sans homme. Or au travers de sa rencontre avec Arnold (John Turturro), dont elle croit d'abord qu'il sera l'homme qui va l'accompagner jusqu'à la fin de sa vie, elle va vivre une sorte de chute et de renaissance. Le film se présente comme une chronique de la vie et, comme dans la vie, on ne sur-dramatise pas.

Le trajet de cette femme va la conduire à comprendre - et expérimenter - son besoin de s'affranchir du regard des hommes, d'exister à part entière. "Il y a cette scène extrêmement belle où on la voit danser sur la chanson "Gloria" interprétée par Laura Branigan, où on ressent littéralement la libération de cette femme".

Un portrait de femme juste et lumineux

Quand au critique Thomas Lecuyer, qui n'a pas vu le film original, "Gloria Bell" est un portrait magnifique, qui se suffit à lui-même. Sous son apparente simplicité, le film est d'une incroyable justesse et d'une parfaite maîtrise. Julianne Moore y est fabuleuse, John Turturro magnifique lui aussi. L'utilisation judicieuse de la musique disco des années 80 donne au film un caractère très musical. La juste mesure des sentiments, les pointes d'humour, le drame qui pointe mais ne surgit jamais vraiment et surtout un final émouvant et assez réjouissant à la fois pourtant assez loin des happy-ends habituels, contribuent à la réussite de ce portrait juste et lumineux.

Propos recueillis par Laurence Froidevaux

Adaptation web: Manon Pulver

Publié le 03 mai 2019 à 16:30 - Modifié le 08 mai 2019 à 16:35