Publié le 30 janvier 2019 à 17:13

"L'ordre des médecins", un premier film à prescrire sans modération

Le réalisateur David Roux.
L'invité: David Roux, "L'ordre des médecins" Vertigo / 43 min. / le 16 janvier 2019
Un médecin va voir ses certitudes vaciller lorsque sa mère (Marthe Keller) est hospitalisée dans un état critique. Ce premier film autobiographique de David Roux a ému le festival de Locarno. Sortie le 30 janvier.

Simon travaille dans un service de pneumologie. Un jour sa mère est hospitalisée dans un service voisin. Pour le médecin, l’intime et le professionnel vont se télescoper et il va voir vaciller ses certitudes et ses convictions, jusqu'à remettre en question sa vocation.

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Cinéma: la fièvre médicale s'est emparée de la fiction, du grand au petit écran. Voici "L'Ordre des médecins" de David Roux.
12h45 - Publié le 30 janvier 2019

Pour l'écriture de son premier long-métrage, le réalisateur David Roux suit l'atelier scénario de la Femis, un cadre stimulant accompagné par des professionnels. "J'ai longtemps écrit sur le quotidien de l'hôpital et contourné ce qui est devenu le cœur du film, la relation entre Simon et sa mère. Une fois que j'ai admis cela, je l'ai nourri de mon histoire personnelle".

La famille est le sujet central du film, avec, au premier plan, la question de la transmission. Dans le film Marthe Keller incarne de façon lumineuse cette mère qui s'apprête à passer le relais à ses enfants.

Même si elle s'apprête à mourir, cette mère possède cette force d'apaiser ses proches en les autorisant à continuer sereinement leur existence sans elle.

Daniel Roux, réalisateur de "L'Ordre des médecins"

Pour ce fils et frère de médecin, l'hôpital est un lieu familier, dont il conserve des souvenirs chaleureux puisqu'il venait y retrouver ses parents - son père était embryologue et sa mère parasitologue. Malade pendant plusieurs années, sa mère a connu quelques mois d'hospitalisation avant de décéder en 2012

La pudeur autobiographique

Cette expérience va nourrir son inspiration, mais il y puise avec retenue. "Je n'ai invité la part intime que lorsqu'elle servait la fiction. Par exemple, ma mère chantait dans un choeur yiddish. Dotée d'une force de conviction hors du commun, elle avait réussi à obtenir que quelques femmes de sa chorale puissent venir chanter dans sa chambre de réanimation ! Et ce sont elles qui chantent dans le film. Mais le personnage du père, par exemple, est à l'opposé de ce qu'était le mien."

La position paradoxale du médecin

Après la mort de leur mère, le cinéaste a observé les réactions de son frère, qui est pneumologue, comme le personnage joué par Jérémie Régnier. A ce moment-là, il ne songeait pas encore à faire un film. Par la suite, il passera plusieurs jours avec lui pour se documenter sur son travail à l'hôpital. Si son frère avait désapprouvé son scénario, David Roux aurait renoncé à faire le film. Par chance, son frère a beaucoup aimé.

C'est ma propre impuissance que j'ai injectée dans le personnage. Les médecins subissent bien cet insoluble dilemme face à la maladie de leurs proches: s'il leur est impossible - et d'ailleurs recommandé - de ne pas soigner leurs proches, il leur est tout autant impossible d'oublier qu'ils sont médecins.

David Roux, cinéaste

L'hôpital, un monde en soi

Le tournage a pu se faire dans deux ailes désaffectées de l'Hôpital Bretonneau de Tours. La géographie de l'hôpital était posée d’emblée, comme dans un studio de cinéma. "Autre avantage un peu inattendu: du fait de cette proximité, des professionnels venaient nous rejoindre pour faire de la figuration durant leurs jours de congé. Grâce à eux nous avons bénéficié d'une petite armada de conseillers techniques pour reconstituer la réalité de l’hôpital."

Les médecins, héros des écrans

On ne compte plus les séries et les films se déroulant dans les hôpitaux. Ce n'est pas donc pas le sujet de "L'Ordre des médecins" qui fait sa réussite, mais bien la sincérité et la justesse dont il fait preuve. Et David Roux de rappeler que si l'hôpital passionne autant, c'est qu'il nous concerne tous. "Ce qui s'y joue est tellement abyssal et profond que c'est inépuisable. Les gens ont besoin de se confronter à ces sujets qui font si peur."

Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert

Adaptation web Manon Pulver    

Publié le 30 janvier 2019 à 17:13