Publié le 02 novembre 2018 à 09:32

La photographe Alex Prager joue sur le glamour pour révéler nos détresses

Projection du film "Face in the Crowd" d'Alex Prager
Projection du film "Face in the Crowd" d'Alex Prager [BIBIKOW Walter - Hemis.fr/AFP]
La photographe et vidéaste californienne Alex Prager est sollicitée par les plus grandes institutions. Pourtant c'est au Musée des Beaux-Arts du Locle qu'on peut admirer dix ans de son travail qui rappelle le faux-semblant hollywoodien.

Alex Prager, c'est une voix un peu aigrelette, comme une doublure de cartoon, qu'elle semble cultiver pour mieux tromper son monde, comme nous trompent ses images: ses mises en scène de jeunes femmes au look rétro, séduisantes et solitaires, mettent plutôt mal à l'aise. Sous la parade hollywoodienne, l'aliénation et l'effroi affleurent.

On pense à l'univers du cinéaste Douglas Sirk, dont Alex Prager est une grande admiratrice. Et comme lui, son vintage n'est pas décoratif, il révèle une détresse existentielle.

Les robes et accessoires que j'utilise renvoient à des périodes différentes pour qu'on ne puisse pas dater la scène, ni la contextualiser.

Alex Prager, photographe et vidéaste californienne

Renommée internationale en peu de temps

Proche du milieu de la mode avec lequel elle collabore fréquemment, Alex Prager, 39 ans, connaît un succès fulgurant puisqu'elle a déjà été exposée dans les plus grands musées du monde, dont le MoMa de New York.

>> A regarder ce mini-mélo (drame) de Alex Prager:

 

Autodidacte, elle a exposé ses premières photos dans un salon de coiffure de Los Angeles, observant avec attention ce que les clientes regardaient pour s'en nourrir. Pour elle, le lien avec le public est capital. Ce n'est pas un hasard si, en 2015, l'opéra Bastille l'a invitée à réaliser "La Grande Sortie", un film qui explore la tension entre l'expérience de la performance sur scène et le regard du public.

>> A regarder, l'interview de Nathalie Herschdorfer parlant de l'artiste Alex Prager:

Rendez-vous culture: Nathalie Herschdorfer, curatrice et directrice du Musée des Beaux-Arts du Locle.
12h45 - Publié le 01 novembre 2018
 

Mises en scène hyper-réalistes

Qu'il s'agisse de photographie ou de courts-métrages, Alex Prager planifie tout méticuleusement. Pour "Face in the Crowd", installation vidéo de dix minutes, elle s'est occupée personnellement du recrutement des figurants: "J'habille les gens, je les transforme en personnages; je dessine leur moustache, leur coiffure, leurs accessoires; je leur dis ce que je veux qu'ils soient et ensuite les choses arrivent toutes seules. Il est impossible de contrôler 350 personnes dans une pièce", dit Alex Prager.

Singulière, n'appartenant à aucune école

Grâce à la perspicacité de sa directrice, Nathalie Herschdorfer, le Musée des Beaux-Arts du Locle expose en ce moment une première rétrospective de l'oeuvre de cette artiste qui parle de la solitude des foules en technicolor. "Alex Prager n'appartient à aucun mouvement, aucune école: elle est vraiment indépendante, singulière, sans jamais être redondante".

Sujet proposé par Julie Evard

Réalisation web Marie-Claude Martin

Rétrospective Alex Prager, au Musée des Beaux-Arts du Locle, du 3 novembre 2018 au 27 janvier 2019.

Publié le 02 novembre 2018 à 09:32