Modifié le 10 septembre 2018 à 15:31

Photojournalisme, où sont les femmes?

Veronique de Viguerie, Visa d'Or News pour son exposition intitulée "Yemen: the hidden war". Sur la photo: Un bébé de 2 ans, pesant 2kg, dans une bassine.
Veronique de Viguerie qui remporte le Visa d'or News devant son exposition intitulée "Yemen: the hidden war" [Raymond Roig - AFP]
Elles ont écrit quelques-unes des plus belles pages du métier. Elles s'affirment de plus en plus, mais les chiffres sont implacables. Les femmes photojournalistes restent très minoritaires.

Jusqu'au 16 septembre, Visa pour l'image, considéré comme le plus important festival de photojournalisme, bat son plein à Perpignan. Il a déjà récompensé d'un Visa d'Or News, la Française Véronique de Viguerie pour sa couverture de la guerre au Yemen.

Mais Visa pour l'image, c'est aussi un lieu de débats entre les professionnels et le public, avec cette année une discussion consacrée aux femmes photojournalistes, aux préjugés dont elles sont victimes et aux difficultés qu'elle rencontrent.

Difficilement acceptées

Paradoxalement, parmi les vingt-deux très belles expositions réparties dans la ville de Perpignan, on ne compte que cinq travaux de femmes. Injuste? Le directeur et co-fondateur du Festival, Jean-François Leroy, estime qu'il ne juge que la qualité de la photo.

Je reçois 4'500 propositions par an, je regarde les photos et si elles me plaisent, je les retiens. Je ne regarde jamais si c'est un mec, une femme, un black, un blanc, un asiatique.

Jean-François Leroy, directeur et co-fondateur du festival Visa pour l'image

Bien qu'elles soient de plus en plus nombreuses, le métier n'est pas prêt à les accepter. D'autant que la profession se précarise et que la concurrence y est rude. Elles doivent encore plus jouer des coudes sur les terrains de guerre, pré-carré de la virilité et des gilets à poches.

Moins de méfiance

Pour Laurence Geai, photojournaliste de retour de Gaza, être un femme comporte des avantages comme des inconvénients.

>>> À écouter: L'interview de Laurence Geai, photojournaliste:

Le festival Visa pour l'image
Visa pour l'image -
Vertigo - Publié le 07 septembre 2018

Dans les pays arabes, en particulier, cela peut être un avantage: comme on se méfie moins d'elles que de leurs homologues masculins, elles ont plus facilement accès à des informations sensibles, comme l'existence de charniers ou d'exécutions sommaires. En revanche, sujettes aux attouchements, elles en deviennent vulnérables.

Il faut se cacher pour respecter la culture locale mais aussi pour des raisons de sécurité. On doit éviter d'être repérable par des factions susceptibles d'organiser un kidnapping.

Laurence Geai, photojournaliste

Autre inconvénient: le regard porté sur elles par leurs homologues masculins. "Si on réussit, ce n'est pas pour notre travail, c’est toujours pour d'autres raisons" explique Laurence Geai, dont ses confrères ont reconnu le talent que tardivement, reproduisant ainsi les préjugés et discriminations qu'ils dénoncent à longueur de reportages.

afp/la

Visa pour l'image, à voir jusqu'au 16 septembre 2018 à Perpignan

Publié le 10 septembre 2018 à 14:57 - Modifié le 10 septembre 2018 à 15:31

Visa d'or News pour Véronique de Viguerie, première femme en 20 ans

La photographe française Véronique de Viguerie a remporté samedi à Perpignan le prix le plus prestigieux du festival international de photojournalisme, Visa pour l'image, pour sa couverture de la guerre au Yémen. Il s'agit de la première femme à décrocher le Visa d'or News depuis 20 ans.

Elle rejoint donc le club très fermé des autres femmes lauréates du Visa d'Or News: Nadia Benchallal (France, 1994), Carol Guzy (USA, 1995), Yunghi Kim (Corée du Sud, 1997) et Alexandra Boulat (France, 1998). Elle a également remporté le Visa d'or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Agée de 40 ans, la lauréate qui se présente sur son compte Twitter comme "photoreporter de guerre, mère de deux enfants, blonde et pas stupide", a travaillé en Afghanistan pendant trois ans. Elle y avait réalisé son premier grand "coup" avec un reportage, qui avait fait polémique à l'époque, sur le commando taliban ayant tué, le 18 août 2008, dix soldats français.

afp