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L'art moderne américain, du "soft power" au temps de la Guerre froide

Des oeuvres de l'artiste Jackson Pollock au Musée d'art moderne de New York (photo d'illustration). [AP Photo/Mary Altaffer - Keystone]
Des oeuvres de l'artiste Jackson Pollock au Musée d'art moderne de New York (photo d'illustration). [AP Photo/Mary Altaffer - Keystone]
Dans quel contexte ont émergé des peintres de renommée mondiale comme Jackson Pollock, Robert Rauschenberg ou Andy Warhol? C'est la question passionnante que pose le documentaire "La face cachée de l'art américain"*.

Symboles d'une Amérique "libre" face aux avancées du communisme en Europe, l'expressionnisme abstrait, puis le pop art, ont été utilisés dans une stratégie globale de lutte d'influence, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, contribuant à faire de New York la nouvelle capitale mondiale de l'art.

Sur un ton dynamique, qui n'empêche pas quelques longueurs, le réalisateur François Lévy-Kuentz revient avec précision et grand renfort d'archives sur un demi-siècle d'histoire de l'art, faite de destinées individuelles et marquée par des événements historiques mondiaux tels que la Seconde Guerre mondiale.

Véritable chronique de l'invention du "soft power" américain, le documentaire bénéficie du regard d'anciens critiques influents aux Etats-Unis et de l'expertise de la journaliste et historienne Frances Stonor Saunders. S'il parle d'abord d'art, il évoque aussi la naissance de la CIA, qui joua indirectement un rôle clé dans le succès international d'artistes tels que Robert Rauschenberg.

Des artistes européens en exil

Tout commence lorsque la guerre éclate en Europe. De nombreux artistes et intellectuels trouvent alors refuge aux Etats-Unis. Accueillis à New York, Mondrian, Chagall, Dali, Max Ernst, Marcel Duchamp, Fernand Léger et bien d'autres rencontrent les jeunes artistes américains: Arshile Gorky, Willem de Kooning, Barnett Newman ou encore Jackson Pollock.

De leurs échanges, et influencés notamment par le surréalisme, naît l'expressionnisme abstrait. Mais en dehors de quelques critiques et galeristes, comme Peggy Guggenheim, cette école dite de New York manque de reconnaissance. Il faudra une réelle volonté politique pour imposer ces artistes sur la scène internationale.

La parade des agences "privées"

En 1947, le Département d'Etat monte l'exposition "Advancing American Art", qui voyage dans les capitales européennes. Accusé de financer l'exposition d'artistes perçus comme "communistes", le gouvernement est contraint de trouver d'autres solutions. Désormais, le soutien sera assuré par des agences "privées". Et un musée comme le Museum of modern art (MoMa), fondé en 1929 et entièrement consacré à l'art moderne, émerge sur la scène internationale.

Avec l'élection d'Eisenhower, le mouvement s'accélère. Les fonds de la CIA financent discrètement des expositions. Peu à peu, la presse encense un art moderne jusqu'alors moqué. Dans les années 1950, le nombre de galeries explose à New York...

Reflet d'une culture américaine qui étend son emprise en Europe, puis - même - en URSS, le documentaire se termine sur le triomphe du pop art. Et avec lui de l'"American way of life".

>> Ecouter l'interview du réalisateur François Lévy-Kuentz dans Histoire vivante:

Exemple de pop art dans une rue de New York
La CIA, l'agence, sa vie, ses oeuvres (5/5) / Histoire vivante / 30 min. / le 2 février 2018

Juliette Galeazzi

* "La face cachée de l'art américain" diffusé le 4 février sur RTS Deux à 21h50 (à revoir en ligne jusqu'au 28 février).

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