Modifié

Le sculpteur Zaric laisse une oeuvre riche et tendre

L'artiste Nikola Zaric dans son atelier. [Julie Langenegger Lachance et Zaric ]
Arts visuels: Hommage au sculpteur Nikola Zaric / Vertigo / 5 min. / le 23 août 2017
Le sculpteur Nikola Zaric, disparu en août des suites d'un cancer, faisait jaillir de la roche l'étincelle vitale de la faune des montagnes du Valais.

Le sculpteur romand Nikola Zaric est décédé le 22 août 2017, il venait d'avoir 56 ans. Il laisse une œuvre riche, peuplée de créatures mi-homme, mi-animal. Une œuvre reconnaissable au premier coup d'œil. Un univers peuplé de drôles de bestioles aux attitudes familières, silencieuses, poétiques. Des créatures faites de béton coulé mi-homme mi-animal qui vivent très bien dans l'espace public, dans les parcs, dans les hauteurs.

Oeuvres suisses

Au centre de Lausanne, un "Homloup" en costume 3 pièces est assis sur une marche d'escalier, pensif, le regard dans l'horizon, l'attaché-case abandonné à ses côtés. Un autre est assis sur un banc de pierre sur le campus de l'UNIL, à son cou une chaînette dorée dotée d'un médaillon en forme de mouton. "Zariccette", femme lapin dorée elle aussi, bien charpentée et nue est assise sur les hauteurs de la cabane du Trient en Valais.

En ce moment à Bex & Arts, exposition de sculptures en plein air, le visiteur emboîte le pas à ces deux hommes-ânes, portant tête baissée une échelle qui ressemble à un brancard… Des sculptures à la fois vivantes et pétrifiées, semblant avoir l'éternité en elles.

Les origines du sculpteur

Nikola Zaric est mort. Il avait 56 ans. De père serbe et de mère valaisanne, il passe un bout d'enfance en Yougoslavie, puis, ce sera les Pays-Bas. Il a 13 ans lorsque la famille s'installe en Suisse. Sa vocation d'artiste lui démange les mains depuis tout petit, mais il s'orientera vers des études d'ingénieur forestier au Poly de Zurich, puis au milieu de la trentaine, il fera l'École supérieure d'arts visuels de Genève.

Artiste très actif dans le milieu de l'art, anciennement président de Visarte Vaud, il aime être en lien avec les autres. Il est ouvert, curieux, inventif et sans cesse passionné par son travail sur la matière.

>> À écouter, rencontre avec le sculpteur dans son atelier, en 2012:

Une sculpture de l'artiste Nikola Zaric exposée à Champex-lac. [Julie Langenegger Lachance et Zaric ]Julie Langenegger Lachance et Zaric
Nikola Zaric, sculpteur / La tête à l'envers / 55 min. / le 15 décembre 2012

L'amour de la matière

À ce propos, cet extrait d'une interview de 2004 pour Espace d'artistes contemporains où Zaric parle de sa relation vitale à la matière et ses métamorphoses.

"Je travaille l'argile que je pétris, taille, incise et frappe. Je tends ainsi ses volumes et lui donne sa forme de vie. Matière première, cette argile, retirée à sa glaisière d'Ile-de-France, dite "Terre de Paris", offre son exceptionnelle plasticité au modelage. Lorsque ma pièce est aboutie, qu'il n'y a plus rien ni à ajouter, ni à retirer, je la fige dans un moule de plâtre. Après la prise du plâtre, le moule est ouvert et déposé. La figure est coupée, tranchée, détruite, la terre retourne dans les bacs qui la garderont humide, elle rejoint les restes dépecés de mes figures précédentes en attendant de renaître sous une forme nouvelle.

L'artiste Nikola Zaric dans son atelier. [Julie Langenegger Lachance et Zaric ]L'artiste Nikola Zaric dans son atelier. [Julie Langenegger Lachance et Zaric ]

Le moule en pièces, chrysalide ouverte, enveloppe éclatée contient l'exacte contre-empreinte de ma forme modelée. C'est dans ce négatif en plâtre que j'applique la patine à base de pigments. Puis est estampé le mortier, fait de ciment noir et de sable à granulométrie variables, qui, en se figeant, épousera les infimes détails que le plâtre aura pris à la glaise. Plusieurs jours, le ciment va prendre, la pétrification s'opérer, soutirer au moule l'âme de la figure et faire sienne la patine. Vient alors le démoulage: la figure pétrifiée extraite de son cocon dévoile la chair d'un hallucinant renouveau, révèle la forme aboutie."

"Le travail de la matière est une des raisons d'être fondamentale de mon œuvre. À travers toutes ces phases successives, je le réalise — avec le souci de sublimer le travail artisanal par une connaissance intime — une connivence poétique avec la matière, que ce soit l'argile, le plâtre ou le ciment.

Et je tiens à ce que mes pièces gardent la trace de ces métamorphoses successives, afin qu'elles témoignent de l'outil, des coutures du moulage, restes de plâtre et imperfections. Ce témoignage, je le mets au profit de ma figuration, pour nourrir humanité de mes œuvres: pour rappeler qu'elles ont été faites de main d'homme."

Une oeuvre immortelle

L'œuvre de Zaric emmène dans un monde où la nature, la montagne, la relation aux éléments, aux forces, à ce qui nous dépasse, à l’animal humain qui sommeille en nous lui ont fait s'échauffer les mains chaque matin pour nourrir cette Arcadie personnelle, où le tendre, et la tendre ironie aussi, exprime la profonde et joyeuse bienveillance de l'humanité. Salut l'artiste.

Une grande exposition rétrospective est prévue en 2018 à l'Espace Arlaud à Lausanne.

Florence Grivel/mg

Publié Modifié