L'art soviétique

Rétrospective

Publié le 27 avril 2017 - Modifié le 27 avril 2017

En URSS, les artistes peignaient la vie avec un réalisme teinté d'ironie

Il y a 100 ans, les artistes russes réagissaient avec enthousiasme à la Révolution et fondaient le réalisme socialiste, un courant artistique toujours plus teinté d'ironie au fil des ans, qui s'éteignit en même temps que l'Union Soviétique. Rétrospective en huit exemples.

  • 1. "Fabrique de textile", 1929

    Alexandre Samokhvalov

    Il y a 100 ans, l'utopie d'une société communiste donnait des ailes aux jeunes artistes russes qui mirent leur art au service de cette idéologie et fondèrent ainsi le réalisme socialiste. Comme de nombreux peintres au début de la Révolution, Alexandre Samokhvalov se concentre sur l’humain au sein du monde moderne industrialisé. Ici, il représente d'une part le travail au sein du collectif et le progrès technique dans la jeune Union Soviétique et d'autre part, fondamentalement, l'utopie communiste d'une société sans classes.

    "Fabrique de textile", Alexandre Samokhvalov, 1929
    "Fabrique de textile", Alexandre Samokhvalov, 1929 [MUSÉE NATIONAL RUSSE / ST-PÉTERSBOURG - DR]
     

  • 2. "Nous construisons le socialisme", 1928

    Youri Pimenov

    L'art de l'affiche acquiert une grande importance dans le réalisme socialiste, car il permet au parti de diffuser les promesses socialistes auprès du peuple. Les artistes comme Youri Pimenov ont pour mission non seulement de représenter la réalité, mais aussi de la construire, de transmettre aux gens des instructions et des objectifs à atteindre. Il s'agit de surpasser les sociétés capitalistes, comme l'a exigé Lénine dans un discours en 1921.

    Youri Pimenov, "Nous construisons le socialisme", 1928
    Youri Pimenov, "Nous construisons le socialisme", 1928 [COLLECTION MERRILL C. BERMAN - DR]
     

  • 3. "Staline au XVIe congrès du parti", années 1930

    Alexandre Guerassimov

    La jeune société soviétique avait besoin de nouveaux héros. C'est pourquoi se développa très rapidement un culte de la personnalité frôlant l'hystérie autour des leaders du parti, en particulier Lénine et plus tard Staline. Être autorisé à les immortaliser était un honneur réservé uniquement aux artistes les plus fidèles à la ligne du parti, comme Alexandre Guerassimov. En récompense, ces derniers bénéficiaient du statut de fonctionnaire et de privilèges. Ainsi, certains d'entre eux furent-ils à leur tour représentés dans des tableaux ou sous forme de statues.

    Alexandre Guerassimov, "Staline au XVIe congrès du parti", début des années 1930
    Alexandre Guerassimov, "Staline au XVIe congrès du parti", début des années 1930 [GALERIE D'ÉTAT TRETIAKOV / MOSCOU - DR]
     

  • 4. "Cérémonie inaugurale", 1937

    Kouzma Petrov-Vodkine

    Avec les purges staliniennes, les artistes se trouvèrent eux aussi soumis à une forte pression. Tout écart par rapport à la ligne du parti et du réalisme socialiste, ou même une simple critique, pouvait entraîner l'envoi au goulag, voire une condamnation à mort. Il est rare de retrouver dans les œuvres d'art de cette époque des éléments subversifs tels que ceux qui apparaissent dans la "Cérémonie inaugurale" de Petrov-Vodkine. La vaisselle et le linge entassés se reflétant dans le miroir signalent l'existence de choses à cacher tandis que la présence de mouchards et de délateurs est matérialisée par les personnages qui regardent directement le spectateur et semblent l’espionner.

    Kouzma Petrov-Vodkine, "Cérémonie inaugurale" (Arbeiter Petrograd), 1937
    Kouzma Petrov-Vodkine, "Cérémonie inaugurale" (Arbeiter Petrograd), 1937 [GALERIE D'ÉTAT TRETIAKOV / MOSCOU - DR]
     

  • 5. "Construction de la centrale hydroélectrique du kolkhoze", 1952

    Alexandre Deïneka

    À l'époque de l'Union Soviétique, l'art, tout comme l'économie, se devait d'afficher le succès. Le tableau d'Alexandre Deïneka représentant la mise en route de la centrale hydroélectrique d'un kolkhoze en est un exemple caractéristique – y compris pour ce qui est de la vision idéalisée de la réalité, systématiquement associée à ce type de représentations. Les hommes et les femmes sont beaux, en bonne santé et joyeux, et le soleil brille toujours de manière flatteuse.

    Alexandre Deïneka, "Construction d’une centrale hydroélectrique au kolkhoze", 1952
    Alexandre Deïneka, "Construction d’une centrale hydroélectrique au kolkhoze", 1952 [GALERIE D'ÉTAT TRETIAKOV / MOSCOU - DR]
     

  • 6. "Krasikov Street", 1977

    Erik Boulatov

    Après la mort de Staline, en 1953, et le dégel politique sous Khrouchtchev, se développa petit à petit une scène artistique underground  qui se servit des éléments stylistiques du réalisme socialiste en les détournant, afin de critiquer le système. Le tableau d'Erik Boulatov "Krasikov Street" révèle ce phénomène de manière particulièrement flagrante: sur la grande affiche placardée au milieu de la rue, l'apparition de Lénine résolument tourné vers l'avenir laisse les passants de marbre. Ces derniers ne lui accordent même pas un regard et se dirigent dans la direction opposée à celle qui est indiquée par Lénine.

    Erik Boulatov, "Krasikov Street", 1977
    Erik Boulatov, "Krasikov Street", 1977 [COLLECTION ZIMMERLI ART MUSEUM AT RUTGERS UNIVERSITY / COLLECTION NORTON ET NANCY DODGE D'ART CONFORMISTE DE L'UNION SOVIÉTIQUE - DR]
     

  • 7. "Visite au musée de la Révolution", 1981

    Vitaly Komar et Alexandre Mekamid

    À partir des années 1960, un certain nombre de peintres russes émigrèrent ou passèrent clandestinement à l'Ouest. En exil à New York, Vitaly Komar et Alexandre Mekamid portèrent un regard plein de dérision sur leurs débuts artistiques. Ce tableau allégorique vit le jour en 1981/1982: la Révolution russe y est représentée en enfant mort-né, la tête ceinte d'une couronne.

    Vitaly Komar et Alexander Melamid, "Visite au Musée de la Révolution", 1981-1982
    Vitaly Komar et Alexander Melamid, "Visite au Musée de la Révolution", 1981-1982 [CHRYSLER MUSEUM OF ART / NORFOLK - DR]
     

  • 8. "À l'usine", 1995

    Vladimir Dubossarsky et Alexandre Vinogradov

    Le réalisme socialiste prit fin avec la chute de l'Union Soviétique, y compris en Russie. Avec une certaine ironie, Vladimir Dubossarsky et Alexandre Vinogradov mettent en scène les héros des usines post-soviétiques. Contrairement à leurs prédécesseurs, ces derniers ne font plus l'apologie du progrès socialiste, mais massacrent les démons du passé.

    Vladimir Dubossarsky et Alexandre Vinogradov, "À l'usine", 1995
    Vladimir Dubossarsky et Alexandre Vinogradov, "À l'usine", 1995 [FONDATION SEPHEROT / LIECHTENSTEIN - DR]
     

  • Les cent ans de la Révolution russe

    Retrouvez d'autres émissions de SRF, en allemand, sur ce thème

    Il y a cent ans avait lieu la Révolution russe.

    Pourtant en Russie, cet anniversaire n'a pas vraiment été célébré.

     

    Après le renversement du régime tsariste, en février, des révolutionnaires tels que Lénine et Trotzki s'emparèrent du pouvoir.

    Un grand nombre d'entre eux avaient auparavant vécu en exil en Suisse.

     

    Le Centre Paul Klee et le musée d'art de Berne consacrent une exposition commune à la Révolution d’octobre 1917.

    Voici le reportage du journal du 12 avril 2017.

     

    Intitulée "La Révolution est morte. Vive la Révolution!", l'exposition est ouverte jusqu'au 9 juillet 2017.

    Pour davantage d'informations, rendez-vous sur le site du musée.

  • Pour aller plus loin

    Deux expositions à Berne

    A l'occasion du centenaire de la Révolution d'Octobre russe de 1917, le Kunstmuseum de Berne et le Centre Paul Klee de Berne ont mis sur pied une exposition conjointe intitulée "La révolution est morte. Vive la révolution!". Elle se tient du 13 avril au 9 septembre 2017.

     

  • Retrouvez ici l'article et l'émission de SRF Kultur

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  • Crédits

    Un sujet de Pascal Derungs - SRF Kultur

    La version originale a été publiée sur SRF Kultur le 20 avril 2017