Modifié

Le photographe romand Anoush Abrar explore le monde mystérieux des geishas

Une photo de la série "White Mask" du photographe Anoush Abrar. [Anoush Abrar]
Lʹinvité: Anoush Abrar, "White Mask" / Vertigo / 21 min. / le 22 septembre 2023
Loin du folklore et du cliché exotique, le photographe lausannois Anoush Abrar donne à voir l’envers du décor du travail des geishas, ces artistes japonaises ni courtisanes, ni prostituées. Son exposition "White Mask" est à découvrir à la galerie L’Atelierphoto à Nyon jusqu’au 31 octobre.

Il n’aime rien tant que de pénétrer des lieux dans lesquels la photographie va rarement, voire jamais: les salles d’opération du Tierspital de Berne, le milieu du porno business californien, les collectionneurs de Ferrari ou les coulisses du Festival de Cannes.

Le regard d'Anoush Abrar se porte aussi dans des lieux moins glamours qui donnent à voir une réalité méconnue. Comme ce travail chez les paysans descendants d'Adem Jashari, le fondateur de l’Armée de Libération du Kosovo, tué avec 56 membres de sa famille lors d’une attaque des forces serbes en 1998.

Une mystérieuse corporation

Du luxe le plus fou à la pauvreté la plus extrême, le Lausannois pointe son objectif sur des sujets qui surgissent parfois de manière inattendue. Ainsi de ces femmes qui sont les dernières représentantes d’une corporation mystérieuse. Quelques centaines tout au plus, alors qu’elles étaient plusieurs dizaines de milliers au XIXe siècle.

Littéralement "personne d’arts", l’authentique geisha japonaise, appelée geiko à Kyoto, suit une longue formation qui fera d’elle une artiste recherchée et une interlocutrice dont la présence est réservée à une clientèle très fortunée.

Une photo de la série "White Mask" du photographe Anoush Abrar. [Anoush Abrar]

Pas de sushi sans chasselas

Comment a-t-il réussi à photographier ces geishas réputées inaccessibles? Il rit: "C'est grâce aux vins vaudois! Et à Pierre Keller, mon ex-directeur à l’École cantonale d’art de Lausanne, à l’époque président de l’Office des vins vaudois. Il m’avait demandé de tirer le portrait de personnalités qui contribuent à l’essor des vins vaudois. Parmi elles, un Japonais tombé amoureux de Lavaux, Naoyuki Miyayama. Il ne jure que par le chasselas pour accompagner les sushis!", raconte à la RTS Anoush Abrar.

Plus tard, lors d’un voyage au Japon avec Pierre Keller, le photographe retrouvera Naoyuki Miyayama. A peine Anoush Abrar émet-il l’idée de photographier des geishas que son hôte l’invite à une soirée prévue de longue date et fait même venir les geishas en avance pour qu’il puisse les photographier. Une rencontre qui va se répéter sur plusieurs années, pour aboutir au travail que l’on voit aujourd’hui.

Un privilège

Grâce à Naoyuki Miyayama, Anoush Abrar va vivre des moments étonnants et uniques. Dans le meilleur salon de thé de Kyoto, un lieu ultra-privé où l’on vient choisir les geikos - l'autre nom des geishas - pour une soirée. Au milieu d’un jardin unique dont chaque brin d’herbe est coupé avec de petits ciseaux. Au cours d’une journée de célébrations lors de laquelle les geikos portent un kimono noir et vont remercier les Okasan, ces femmes très respectées qui forment les geishas.

Loin du folklore, le photographe lausannois donne à voir l’envers du décor du travail de ces femmes. "Elles sont des oeuvres d’art vivantes. Tous leurs gestes sont parfaits, tout ce qu’elles font vise la perfection. J’ai créé grâce à elles des images qui sortent de mon imagination, mais il est difficile de photographier une geisha, de reprendre le contrôle du photographe en raison de la fascination qu’elle exerce. C’est un émerveillement!".

Pierre Philippe Cadert/mh

Anoush Abrar, "White Mask", galerie L’Atelierphoto, Nyon, jusqu’au 31 octobre 2023.

Publié Modifié