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A Genève, des artistes transforment des serres en musée transitoire

L'un des lieux du Musée Transitoire à Genève. "Propriété privée. Terrain. Serre." [Musée Transitoire]
Musée transitoire / Vertigo / 5 min. / le 17 juin 2021
Chapeautée par l'artiste franco-suisse Romina Shama, l'exposition éphémère "Musée transitoire" réunit une quinzaine d’artistes dans les serres de Pregny-Chambésy et son immense jardin féerique. A découvrir jusqu'au 10 juillet.

"Musée transitoire", le titre est un peu ironique tant le projet est éloigné de l'esprit muséal. Ici, rien n'est pérenne, rien n'est intimidant. Les œuvres d’art sont conçues pour et avec les murs, dans le souci de l'environnement et de ses aléas.

Le concept a été créé par la photographe et artiste genevoise vivant à Paris Romina Shama. L'idée est de proposer des expositions éphémères dans des endroits en phase de transformation et d'investir l’architecture et l’acoustique de ces lieux pour en révéler les potentiels. "Comme elles doivent s'intégrer dans leur environnement et ses aléas, ce sont des oeuvres éternellement inachevées", explique la fondatrice du concept.

Un jardin proche de celui d'Alice au pays des merveilles

La première édition du "Musée transitoire" a eu lieu dans un garage désaffecté de Paris, en octobre 2019, la seconde se déroule jusqu'au 10 juillet, à Pregny-Chambésy, près de Genève. Le décor est féerique, proche de l'univers d'Alice aux pays des merveilles: un espace de 17'000 m2, avec une serre labyrinthique plantée au milieu d'un immense jardin potager.

Aux deux extrémités de cette serre, deux petites maisons où dormaient elle et lui, un couple de Suédois qui en étaient les propriétaires. Ils avaient occupé la serre, ouverte sur la nature et le ciel, comme pièce à vivre. Le couple n'est plus là et le lieu est devenu entièrement disponible pour cette exposition intense, poétique et totalement dépaysante.

La deuxième édition du Musée transitoire se déroule dans des serres abandonnées, à Pregny-Chambésy (GE). [Musée transitoire]La deuxième édition du Musée transitoire se déroule dans des serres abandonnées, à Pregny-Chambésy (GE). [Musée transitoire]

Echapper aux lois du musée

"J'avais envie de sortir l'art de son contexte. Pour la première édition, dans un garage désaffecté de 4000 m2, ce qui m'a touchée le plus c'était les gens du quartier qui, pour la plupart, n'ont aucune relation à l'art. Leurs remarques étaient touchantes, pertinentes. J'ai aussi emmené l'école de mon fils, des élèves de 9 ans, et ils ont bien mieux compris, je vous l'assure, que les Amis du Centre Pompidou! A Genève, il s'agit d'un terrain champêtre, avec un espace physique et un autre sonore, très sensoriel, très accessible, et porté par des artistes qui proposent des choses à la fois très simples et très conceptuelles", explique Romina Shama.

Expo multisensorielle

Cette dimension sensorielle s'exprime par exemple avec cette série de plaques chauffantes qui font bouillir et siffler des bouilloires, dont la chaleur diffuse des senteurs qui titillent l'éros. Une installation du Genevois Guillaume Denervaud, tandis que l'artiste argentine Mika Rottenberg met en scène l’éternuement et la formidable énergie corporelle qu'il suscite dans un film projeté au milieu d’une forêt de bambous.

L'accent mis sur l'art sonore

Pour cette deuxième édition, l'accent a été mis sur la dimension sonore de l'art, avec notamment une radio en streaming joliment baptisée "transistoire", réalisée et coordonnée par l’artiste Amandine Casadamont. Place au langage donc, ici conçu comme une matière, une texture qui se transforme et se déplace d'un état à un autre.

A noter que "Musée transitoire" bénéficie du soutien d’Artgenève, initialement prévu en juin 2021 et reporté à janvier 2022 en raison de la pandémie.

Propos recueillis par Florence Grivel/mcm

Musée transitoire, chemin de Valérie 15, à Chambésy, Genève, mercredi à dimanche de 12h à 19h, jusqu'au 10 juillet.

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