Modifié le 27 novembre 2019 à 14:25

Jean-Yves Marin: "Au XXe siècle, on s'attaquait très peu aux musées"

A Dresde, une voiture de police devant le Residenzschloss le 25 novembre 2019.
En Allemagne, les cambrioleurs du musée de Dresde courent toujours La Matinale / 1 min. / le 26 novembre 2019
Les cambrioleurs du musée de Dresde en Allemagne, qui se sont emparés lundi de trois parures de diamants et de rubis datant du 18e siècle d'une valeur inestimable, courent toujours. Ce vol remet en question la sécurité des musées, loin d'être inviolables.

A Dresde, les alarmes du musée Grünes Gewölbe ont été désactivées par un incendie qui a détruit un transformateur électrique situé à proximité. Il s'agit peut-être d'un élément d'explication même si les enquêteurs se refusent à ce stade à établir un lien entre cet évènement et le cambriolage. Dans les musées, une sécurité absolue ne peut jamais être totalement assurée.

En Europe, les nombreux lieux d'exposition d'art sont hébergés dans des bâtiments qui vont du tout neuf au très ancien. "Et les moyens ne sont pas forcément adaptés aux besoins de sécurité nécessaires pour chaque musée", explique à la RTS Jean-Michel Auvray, responsable de la sécurité du tout nouveau Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne.

>> Voir aussi le 12h45:

La police allemande estime le casse de Dresde à un milliard d'euros. La question de l'avenir de ce type de pièces est posée
12h45 - Publié le 27 novembre 2019

Les musées, comme un lieu de culte

Jean-Yves Marin, qui a dirigé durant 10 ans le Musée d'art et d'histoire de Genève, apporte d'autres hypothèses. "Il y avait une sorte d'accord tacite: on ne s'attaquait jamais aux musées, c'était un peu comme un lieu de culte. Au XXe siècle, il y a très peu de cambriolages. Alors que depuis le début de notre siècle, cela se multiplie".

On accorde souvent une énorme importance à la protection des expositions temporaires parce que les oeuvres sont empruntées. On part du principe que les collections permanentes sont suffisamment protégées. Or, ce sont souvent celles-là qui sont attaquées.

Jean-Yves Marin, ancien directeur du Musée d'art et d'histoire de Genève

Un scénario tel que celui de Dresde, avec des alarmes désactivées par un incendie, ne serait possible au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, au bénéfice d'une source d'électricité locale qui permet une auto-suffisance. A Dresde, il n'est pas exclu que l'ancienneté du musée ait pu affaiblir sa sécurité.

Sujet radio: Jean-Philippe Rutz

Adaptation web: mh

Publié le 27 novembre 2019 à 11:08 - Modifié le 27 novembre 2019 à 14:25

Les principaux vols d'oeuvres d'art et d'objets précieux survenus dans des musées:

Le 21 août 1911, la célèbre Joconde de Léonard de Vinci est volée dans le Musée du Louvre à Paris. On soupçonne un temps le poète Guillaume Apollinaire et le peintre Pablo Picasso. Le voleur est en réalité un vitrier italien qui a participé aux travaux de mise sous verre de tableaux du musée. Il conservera pendant deux ans le portrait dans son logement parisien, avant de tenter de le revendre en décembre 1913 à un antiquaire florentin qui donnera l'alerte. Vincenzo Perugia, qui affirmera avoir agi par patriotisme, sera jugé en Italie et condamné à une peine de prison de sept mois.

Dans la nuit du 3 au 4 septembre 1972, trois cambrioleurs, armés de mitraillettes et de fusils, profitent des travaux au Musée des beaux-arts de Montréal pour s'introduire par un puits de lumière et dérober 18 tableaux de grande valeur et une quarantaine de bijoux et d'objets précieux, un butin estimé à 2 millions de dollars. Les oeuvres volées, comprenant des tableaux de Rembrandt, Brueghel l'Ancien, Rubens, Corot et Delacroix, ne seront jamais retrouvées.

Le 18 mars 1990, au petit matin, deux hommes déguisés en policiers dupent le personnel du musée Isabella Stewart Gardner de Boston et repartent avec 13 oeuvres de grands maîtres parmi lesquels Degas, Rembrandt, Vermeer et Manet. Le butin, estimé à au moins un demi-milliard de dollars, n'a jamais été récupéré malgré la promesse en 2017 d'une récompense de 10 millions de dollars.

Le 12 mai 2003 à l'aube, "La Saliera", une pièce d'orfèvrerie d'émail et d'or réalisée par le sculpteur florentin Benvenuto Cellini (1500-1571) pour le roi de France François 1er, est dérobée au musée national des Beaux-Arts à Vienne.

Le voleur, un expert en systèmes d'alarmes, a gravi un échafaudage mis en place pour le ravalement du musée et s'est emparé du chef-d'oeuvre, sans que les services de sécurité ne s'inquiètent du déclenchement de l'alarme.

L'oeuvre, estimée à plus de 50 millions d'euros, sera retrouvée trois ans plus tard, presque intacte, dans une caisse enfouie dans une forêt au nord-ouest de Vienne, sur les indications du voleur après sa reddition. Le malfrat qui avait exigé une rançon de 10 millions d'euros, sera condamné à cinq ans de prison.

Le 22 août 2004, deux individus armés et cagoulés font irruption en plein jour dans le musée Munch d'Oslo. Ils s'emparent de deux pièces majeures, "Le Cri" et "La Madone", avant de s'enfuir sous le regard médusé des visiteurs. L'opération ne prend que 50 secondes. Les deux chefs-d'oeuvre sont retrouvés, endommagés, deux ans plus tard dans des circonstances mystérieuses. Trois hommes seront condamnés à des peines de prison.

Le 20 mai 2010, cinq merveilles de Picasso, Matisse, Braque, Modigliani et Léger, d'une valeur estimée à plus de 100 millions d'euros, disparaissent du musée d'art moderne de la Ville de Paris. Le voleur qui était venu seulement pour la "Nature morte au chandelier" de Léger, a profité d'une incroyable défaillance des systèmes de sécurité pour emporter les quatre autres oeuvres majeures. Aucune ne sera retrouvée. L'"homme-araignée" sera condamné à huit ans de prison en 2017.

afp