Modifié le 08 octobre 2019 à 10:59

Les sculptures de Johan Tahon comme des fragments d'humanité tourmentée

Vue de l'exposition de Johan Tahon, "Refuge - Silence" à l'Ariana à Genève.
Exposition de Johan Tahon au Musée Ariana à Genève Nectar / 8 min. / le 07 octobre 2019
Il a inspiré cinq poèmes au groupe de metal industriel Rammstein mais lui, Johan Tahon, va chercher son inspiration dans l'art ancien. Ses oeuvres figuratives et monumentales sont à découvrir au musée de l'Ariana, à Genève.

Depuis qu'il a quinze ans, Johan Tahon fait de la sculpture. Même s'il a une prédilection pour la céramique, ce Belge de 54 ans aime faire dialoguer les matières, mousse, bois, plâtre, parfois même dans une même sculpture. Ses oeuvres, figuratives et souvent monumentales, sont actuellement exposées au musée de l'Ariana, à Genève, sous le titre "Refuge/Silence".

Les figures de Johan Tahon sont tourmentées, cicatrisées, morcelées. Elles ne cherchent pas à séduire; elles vont à l'essentiel. Les stigmates non ébarbées du moulage, les trous qui induisent une perméabilité entre l’intérieur et l’extérieur, le badigeon presque cicatrisant d’émail blanc immaculé sont autant de marques d’identité d’une œuvre qui oscille entre rusticité et raffinement, murmure et silence. "Ce que cherche Johan Tahon, hormis le silence et la tranquillité, c'est la présence de l'humanité dans le monde", dit Anne-Claire Schumacher, commissaire et conservatrice en chef au Musée de l'Ariana, au micro de la RTS.

"Waterfall", une des sculptures récentes de Johan Tahon
"Waterfall", une des sculptures récentes de Johan Tahon [Gert Jan van Rooij - Collection de l’artiste/musée Ariana]

Entre rock et maîtres du passé

On entre dans l'expo en traversant un rideau translucide avant d'être encadré par des moines, à moins qu'il ne s'agisse d'anges, de la taille d'un humain, posés sur une table. Ces créatures nous surplombent sans pourtant nous dominer. Elles rappellent seulement qu'il y a des choses qui nous dépassent, plus grandes que soi. Au fond de la pièce, une lumière illumine l'émail blanc d'une déesse qui incarne tout ce que représente la féminité.

D'habitude, Tahon représente des androgynes. C'est la première fois qu'il sculpte une femme.

Anne-Claire Schumacher, commissaire et conservatrice en chef au Musée Ariana.

Si sa pratique est contemporaine, Tahon va chercher son inspiration dans le passé: sculpture sur bois médiévale, céramique ottomane d’Iznik, peinture flamande ou, plus proche de nous, sculpture d’Auguste Rodin (1840-1917) ou de Wilhelm Lehmbruck (1881-1919). Passionné de majolique italienne et de faïence hispano-mauresque, collectionneur lui-même, Tahon s’immisce jusque dans les vitrines de faïence ancienne du Musée Ariana.

Son travail intense, tout en humanité fragile, a déjà inspiré de nombreux poètes, dont Till Lindemann, leader du goupe de metal industriel Rammstein, qui a écrit cinq morceaux à partir des oeuvres du sculpteur, grand amateur de rock.

Propos recueillis par Nicole Duparc

Adaptation web: Marie-Claude Martin

"Refuge/Silence", Musée de l'Ariana, Genève, jusqu'au 5 avril 2020

Publié le 07 octobre 2019 à 16:35 - Modifié le 08 octobre 2019 à 10:59