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Casimir Reymond à l'Atelier De Grandi, un artiste et une villa peu banals

Casimir Reymond : Verger en fleur sur fond de sommets enneigés (1913?), huile sur toile [Casimir Reymond - François De Grandi - DR]
Expo: Un artiste, un atelier / Vertigo / 6 min. / le 31 mai 2019
A Corseaux, sur les hauts de Vevey, l'Atelier de Grandi consacre jusqu'au 18 août une 4ème exposition au peintre et sculpteur vaudois Casimir Reymond. L'occasion de visiter cette villa unique, nichée dans un panorama grandiose.

A Corseaux, face à un panorama exceptionnel, se niche la maison-atelier Italo De Grandi. Un petit bijou conçu et construit en 1930 par l'architecte piémontais Alberto Sartoris, un contemporain du Corbusier, qui propose une architecture minimaliste, fonctionnelle, faite pour le calme et la contemplation.

Une villa emblématique du style international

Affiche de l'exposition Casimir Reymond à l'Atelier de Grand, [L'Atelier De Grandi]Affiche de l'exposition Casimir Reymond à l'Atelier de Grand, [L'Atelier De Grandi]

La maison De Grandi offre un vrai contraste avec les villas bourgeoises et traditionnelles que l’on repère sur les coteaux de Vevey. Une audace qui a certainement choqué à l'époque. A commencer par son balcon, emblématique du style dit "international", un courant architectural né dans les années 30 dans la foulée du Bauhaus. Étroit et long, ce balcon, impossible à meubler, vise en réalité à faire "une expérience de l'espace architectural. Si l'on se place à son extrémité et que l'on se retourne, on voit la villa sous un angle différent, à 360 degrés, d'une façon très particulière." explique Pierre De Grandi à la RTS. Une conception qui évoque les célèbres villas réalisées par l'architecte américain Frank Lloyd Wright (1867-1959).

C’est dans ces beaux espaces, dédiés à la fois à l’art et à la vie domestique, que les deux frères De Grandi ont grandi. Depuis 2017, François et Pierre De Grandi dédient cette villa à des expositions d’artistes un peu perdus de vue. Parmi eux, le peintre et sculpteur Casimir Reymond (1893-1969), qui est à l’honneur en ce moment.

Renommé pour ses sculptures

Pour les Lausannois, le nom de Casimir Reymond est surtout rattaché aux deux monumentales statues de l'Artisanat et de l'Agriculture qui se dressent à l'entrée du Palais de Beaulieu, ou encore à l'opulente statue féminine de La Vendange, alanguie dans le parc du Denantou, près d'Ouchy.

On pourrait aussi évoquer les nombreux vitraux qui ornent des dizaines de temples en pays de Vaud.

Mais si Casimir Reymond est avant tout renommé pour ses sculptures, il a néanmoins produit une oeuvre peinte et dessinée très importante, mais méconnue. Cette dimension de son oeuvre a motivé cette quatrième exposition dans la maison de Corseaux. La curatrice de l'exposition et historienne d'art Edith Carey qui a publié en 2010 une monographie de référence sur l’artiste, publie à l’occasion de l’exposition présente un catalogue qui vient éclairer d’autres pans de son œuvre.

L'occasion de découvrir des peintures et des dessins inédits

A la Villa De Grandi, on découvre jusqu'au 18 août un artiste tout à fait étonnant, qui manie le crayon avec une souveraineté folle: Casimir Reymond est capable de croquer un skieur à vive allure en nous donnant le sentiment de percevoir la neige floconneuse autour de lui. Il esquisse des nus au moyen de hachures très expressives qui vont se retrouver sur ses plâtres préparatoires pour ses sculptures. Bref, il est d’une liberté réjouissante, que certains ont pourtant jugé versatile.

Cette peinture joyeuse pourrait faire oublier que l'artiste n'a pas connu que des moments heureux. Au micro de la RTS, Edith Carey rappelle que Casimir Reymond a aussi connu de grandes difficultés.

De retour de Paris, Lausanne lui semble laide

"A Paris, Casimir Reymond change de style pour être au goût du jour parisien" explique la curatrice de l'exposition. "Encensé par la critique. il ne vend cependant presque rien. Très exigeant, il travaille lentement, et n'hésite pas à détruire le lendemain le travail de la veille. A cela s'ajoute la crise de 1929 qui approche, et affecte le marché de l'art." Casimir Reymond connaît alors l'extrême misère, raison pour laquelle en 1932 il choisit de rentrer à Lausanne, où il a la chance de succéder à Abraham Hermanjat à la tête de l'Ecole cantonale vaudoise de dessin et d'art appliqué (l'actuelle ECAL). "Ce poste lui assure une manne matérielle, mais pendant un certain temps la nostalgie de la capitale va encore le tarauder, car Lausanne lui semble alors terriblement laide" relève encore Edith Carey.

L'exposition entraîne le spectateur dans les vibrations colorées de la peinture de Casimir Reymond et permet de retracer le parcours suivi par l'artiste pour passer de la peinture à la sculpture. Elle présente aussi de nombreux dessins et des petits nus féminins en terre cuite pleins de charme, une autres facette des multiples talents de l'un des artistes suisses les plus intéressants de son époque.

Sujet: Florence Grivel

Adaptation web: Manon Pulver

Exposition Casimir Reymond à La Maison-Atelier De Grandi à Corseaux, jusqu'au 18 août

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