Modifié le 28 août 2018 à 16:25

Le phénomène mondial Momo challenge, du fake ou du flip?

Momo challenge, du flip et du fake.
Médias: Momo challenge, du flip et du fake Vertigo / 7 min. / le 27 août 2018
Il semblerait que de jeunes utilisateurs sont pris pour cible sur l'application de messagerie WhatsApp par un mystérieux personnage appelé Momo, qui les incite à faire des gestes violents sous peine de menaces. Le phénomène semble viral. Décryptage.

Le jeu commence par un message d'invitation à participer au "Momo Challlenge" qui est envoyé sur les réseaux sociaux avec un numéro privé à ajouter sur l'application de messagerie WhatsApp. Sitôt le contact établi avec ce numéro inconnu dont le pseudo est Momo, les participants recevraient des menaces, des images horribles et seraient tenus d'effectuer une série de défis dangereux, sous peine de malédiction.

Le visage de Momo est terrifiant, la "femme-poulet" comme elle est surnommée. Elle a une tête allongée, des yeux exorbités, un sourire exacerbé et des cheveux filasses, une sorte de personnage de dessin animé d’horreur.

Dans la mythologie du Momo challenge, il est par ailleurs rapporté que ce personnage sait tout de ses victimes et qu’il possède des infos personnelles sur celles et ceux qui rentrent en contact avec elle.

Viral, mais comment?

La viralité de ce défi sur les réseaux sociaux est difficilement expliquable. Un youtubeur en aurait parlé au mois de juillet, déclenchant ainsi l’intérêt des médias plus classiques.

Des articles plutôt angoissés et angoissants sur ce phénomène ont alors paru, affirmant par exemple que le Momo Challenge aurait causé la mort d'une fille en Argentine, sans aucune source crédible et vérifiable. La police argentine n’a par exemple jamais confirmé l'information relayée par un seul média anglophone.

Pour Michael Perret, professeur à la Haute école ARC, spécialiste en communication et médias, il faut réellement utiliser le conditionnel lorsque l'on parle de ce genre de phénomène, qui semble se dégonfler assez vite dès lors que l'on commence à creuser.

Quand on a un challenge qui apparaît très vite, la toile est inondée de vidéos, de captures d'écran, de discussions prouvant que le challenge est en train d'être fait. Dans le cas de Momo, on a peu d'exemples concrets de gens qui y participent.

Michael Perret, professeur à la Haute école ARC

"Tout est sujet à caution dans cette affaire de défi sur WhatsApp. Il y a très peu de manifestation et de capture d'écran d'échanges avec Momo", explique-t-il au micro de la RTS. "C'est un indicateur très fort dans ce genre de phénomène. Pour moi, même s'il faut être prudent dans ce que j'avance, on est dans quelque chose qui fait peur, mais qui n'existe pas réellement", rajoute-t-il.

Tout le monde en parle

En réalité le Momo Challenge c’est comme le loup: tout le monde en parle, tout le monde en a peur mais personne n’y a vraiment été confronté. Selon Michael Perret, le succès de ce phénomène repose largement sur la curiosité, la confrontation à nos peurs et ce que l'on nomme dans le langage des réseaux sociaux "fear of missing out", cette peur de rater le phénomène du moment.

Sur Youtube, le Momo challenge est très discuté. Cet été, il a permis aux youtubeurs de produire du contenu dont ils savaient qu'il allait fonctionner, sans vraiment vérifier la véracité de leurs propos.

Ce qui est plus original et plus pervers aussi dans le Momo challenge, c’est sa pseudo-propagation via WhatsApp, ce réseau où l'on échange d'ordinaire avec nos amis et nos familles, où l'on se sent en confiance. C’est peut-être l’occasion de nous rappeler qu’on ne parle pas à des inconnus sur les médias sociaux et qu’il existe une fonction bloquer le numéro sur nos messageries.

Sujet radio: Magali Philip/Réalisation web: Miruna Coca-Cozma, Mélissa Härtel

Publié le 28 août 2018 à 16:05 - Modifié le 28 août 2018 à 16:25