Modifié le 08 mai 2018 à 10:36

Isabelle Gattiker: "Le monde devient plus dur envers les cinéastes"

La directrice du FIFDH Isabelle Gattiker évoque les tensions entre politique et cinéma à Cannes (vidéo)
La directrice du FIFDH Isabelle Gattiker évoque les tensions entre politique et cinéma à Cannes (vidéo) La Matinale / 7 min. / le 08 mai 2018
"Ce n'est pas le Festival de Cannes qui devient plus politisé, mais le monde qui devient plus dur envers les cinéastes", estime la directrice du FIFDH Isabelle Gattiker. Plusieurs cinéastes réprimés dans leur pays font en effet partie de la sélection.

Le Festival de Cannes ouvre mardi sur une coloration politique: les réalisateurs iranien Jafar Panahi et russe Kirill Sebrenikov, dont les films sont retenus dans la sélection, sont assignés à résidence dans leur pays et ne seront donc pas présents sur la Croisette. Quant au film "Rafiki" de Wanuri Kahiu, il est censuré au Kenya, le pays de sa réalisatrice, parce qu'il raconte un coup de foudre entre deux femmes.

"Ce n'est pas Cannes qui devient plus politisé, mais le monde qui devient plus dur envers les cinéastes", analyse Isabelle Gattiker, directrice du Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) à Genève, invitée mardi de La Matinale de la RTS. Un phénomène qu'elle voit comme un signe "intéressant" et "terrifiant".

"Le pouvoir du cinéma"

"C'est toujours étonnant de penser que l'une des premières choses que fait un gouvernement autoritaire qui arrive au pouvoir, c'est d'interdire aux cinéastes de faire des films. Cela en dit beaucoup sur le pouvoir du cinéma. Pourquoi est-ce que ça leur fait peur qu'un artiste crée un film, de fiction surtout?", s'interroge-t-elle.

Isabelle Gattiker remarque que "le pouvoir des images augmente de plus en plus", comme la caisse de résonance offerte aux cinéastes. "Ils peuvent s'exprimer sur les réseaux sociaux (...) et c'est là qu'on veut les museler".

Un rôle d'amplificateur que peut jouer, selon elle, Cannes. Le Festival peut promouvoir le film, mais aussi "protéger le cinéaste". "Il est tout à fait possible que Rafiki soit ré-autorisé s'il gagne un prix".

Pouvoir subversif

A ses yeux, le cinéma garde un pouvoir subversif, car "c'est un art qui parle à tout le monde". "Une ONG peut faire des appels tant qu'elle veut, des pétitions, des textes de loi... mais tant que tous ces textes de loi n'ont pas été racontés dans une historie universelle au cinéma, avec des images, ils ne vont jamais transformer le monde. Mais oui, un film puissant peut transformer le monde, et c'est ce qui fait peur aux autorités", insiste-t-elle.

Propos recueillis par Thibaut Schaller

Adaptation web: Jessica Vial

Publié le 08 mai 2018 à 10:30 - Modifié le 08 mai 2018 à 10:36