Modifié le 21 décembre 2017 à 09:26

"L'écriture inclusive, c'est du scribouillage", estime Bernard Pivot

Bernard Pivot en interview avec Romain Clivaz.
L'invité-e de Romain Clivaz L'invité-e de Romain Clivaz / 10 min. / le 21 décembre 2017
L'homme de lettres français Bernard Pivot est sur les planches avec "Au secours, les mots m'ont mangé". Il y triture une langue qui, selon lui, "ne va pas bien", mais qu'on "ne va pas non plus pousser au tombeau".

Dans sa pièce, Bernard Pivot, seul sur scène, raconte la vie d’un auteur qui finira lauréat du prix Goncourt, rongé par ces mots qu'il devrait pourtant combiner à sa guise. Invité jeudi de La Matinale de la RTS, alors qu'il présente son spectacle au Théâtre du Baladin de Savièse (VS), il assure ne pas jouer son propre rôle, mais un personnage "qui lui ressemble, dans sa jeunesse".

L'auteur imaginaire qu'il met en scène trouve par exemple que la langue est misogyne. Une prise de position en faveur de l'écriture inclusive?

"Non, je suis totalement contre", réagit Bernard Pivot. "C'est du scribouillage, du bricolage, du tripatouillage. On ne peut pas l'utiliser. C'est illisible, donc c'est idiot", tranche-t-il. 

Des mots à féminiser

Il dit en revanche être pour la féminisation de certains mots. "Mais pour certains c'est compliqué. Comment féminiser tribun par exemple? Tribune? Et Carabin...carabine? Pèlerin...pèlerine?"

"L'usage fait qu'on a féminisé certains mots, mais l'Académie française est en retard", souligne-t-il.

"Ce n'est pas normal que le mot sexe, par exemple, ne soit que masculin alors qu'il y a deux sexes, je le dis dans mon spectacle. Vous voyez, je vais de l'avant, même à mon âge".

"Orthographe en déliquescence"

Il faut dire que le président de l'Académie Goncourt et ancien journaliste littéraire incarne pour plusieurs générations une forme de gardien du temple de la langue française.

"Elle ne va pas très bien. L'orthographe est totalement négligée. Mais il ne faut pas exagérer, on a l'impression qu'elle va mourir demain, qu'on va la pousser dans le tombeau... ce n'est pas vrai!", lance Bernard Pivot.

Pour lui, le principal problème, est qu'elle "est infestée de mots américains, c'est un peu dommage. Le français ne se nourrit plus que d'une seule langue."

Il ajoute aussi que "l'orthographe est en déliquescence. C'est pour ça que pendant 20 ans j'ai fait une dictée en amusant les gens."

Twitter, "école de la brièveté"

Interrogé par son importante activité sur Twitter, où il est suivi par plus de 800'000 personnes,  il estime qu'il s'agit d'"une école de la brièveté, une école de la concision! A mon âge, c'est un excellent exercice mental, et de style."

Peu avant l'interview, il s'était d'ailleurs fendu d'un trait d'humour sur le réseau social:

Propos recueillis par Romain Clivaz

Adaptation web: Jessica Vial

Publié le 21 décembre 2017 à 09:12 - Modifié le 21 décembre 2017 à 09:26