Modifié

Maurice Béjart, 10 ans déjà, et toujours dans la danse

Maurice Béjart, lors de la répétition de l'"Ile enchantée", en 1980 [ANNIE RINGUIN - AFP]
Maurice Béjart, lors de la répétition de l'"Ile enchantée", en 1980 [ANNIE RINGUIN - AFP]
Le danseur et chorégraphe, décédé le 22 novembre 2007 à Lausanne, où il s'était installé, laisse derrière lui le BBL et une école de danse, Rudra, toujours active. Son art influence-t-il encore la danse d'aujourd'hui?

Ce mercredi 22 novembre, cela fait dix ans tout juste que le chorégraphe français Maurice Béjart est décédé. Installé trente ans durant à Lausanne, il laisse derrière lui son ballet, le BBL ou Béjart Ballet Lausanne qui continue de jouer dans le monde entier ses chorégraphies. Reste aussi son école de danse, Rudra, toujours active à Lausanne. Son art influence-t-il encore la danse d’aujourd’hui ? Les réponses de trois pros de la danse romande contemporaine.

>> A écouter, ce qu'il nous reste de Béjart dans Vertigo:

Un portrait du chorégraphe Maurice Béjart en 1989. [Keystone]Keystone
Danse: Béjart, 10 ans après sa mort, toujours dans la danse / Vertigo / 9 min. / le 20 novembre 2017

Oeuvre peu partagée

Pour le Lausannois Claude Ratzé qui vient de reprendre la direction du Festival de la Bâtie, il ne reste "pas grand-chose de l’héritage de Maurice Béjart", en dehors des spectacles du BBL lui-même et de sa fondation. C’est que ce répertoire de style néo-classique et la taille des ballets, qui réclament de nombreux danseurs, ne correspondent guère à l’état de la danse d’aujourd’hui.

Le programmateur ajoute que l’œuvre de Béjart est peu partagée par le BBL:

Hormis quelques collaborations avec des ballets japonais, le BBL se réserve le droit d’interpréter en exclusivité du Béjart

Claude Ratzé, directeur du Festival de la Bâtie

Cela ne contribuerait pas à élargir son rayonnement. Et Claude Ratzé de citer un autre chorégraphe disparu, l’Américain Merce Cunningham, dont on fêtera le centenaire en 2018. "Ses pièces ont été proposées à des compagnies du monde entier par le consortium qui gère son patrimoine chorégraphique et du coup Merce Cunningham sera partout".

Populariser la danse

Programmatrice et co-directrice de l’ADC, l’Association pour la danse contemporaine, Anne Davier se souvient des spectacles historiques de Maurice Béjart, qu’elle a vécu comme des concerts de rock dans des stades, façon U2 ou Bowie. Pour la Genevoise, Béjart a vu grand pour la danse et a contribué à sa popularité. Ce qui est déjà beaucoup. "Béjart a souvent été une porte d’entrée pour découvrir la danse, puis s’ouvrir à des formes plus contemporaines", dit-elle.

L'obligation du beau

Bémol: néo-classique, très esthétique et dans un rapport direct, voire illustratif de la musique, le style du chorégraphe a renforcé le cliché que la danse devait "être belle, élégante". Ce qui nous ramène finalement aux canons classiques et aux figures traditionnelles du ballet. "On doit cependant rappeler que l’arrivée de Maurice Béjart à Lausanne, si elle a d’abord provoqué la colère chez les créateurs contemporains lausannois pour des questions de répartition financière, a aussi encouragé un élan pour la danse, une reconnaissance de ce domaine par les autorités".

Jorge Donn, le danseur fétiche de Maurice Béjart, dans "Le Boléro", à Rome, en 1980.  [ALESSIO BUCCAFUSCA - AFP]Jorge Donn, le danseur fétiche de Maurice Béjart, dans "Le Boléro", à Rome, en 1980. [ALESSIO BUCCAFUSCA - AFP]

Comme un concert rock

Ancienne danseuse du BBL, dirigée par le chorégraphe lors de son arrivée à Lausanne, Prisca Harsch parle "d’une expérience inoubliable et de tournées mondiales vécues comme un groupe pop. Avec des très grandes salles et des fans".

Elle dit toutefois avoir dû quitter le BBL pour trouver une voie plus en accord avec les bouleversements culturels de l’époque (qu’il s’agisse de nouvelles musiques, d’art contemporain ou de porosité entre les disciplines artistiques). Passée chez le chorégraphe français Jean-Claude Gallotta, elle fondera sa propre compagnie Quivala, puis a repris la programmation danse du Festival Antigel.

Le style de Maurice Béjart est ancré dans une époque révolue, mais aujourd’hui le monde de la danse est moins divisé entre classique, néo-classique, moderne ou contemporain

Prisca Harsch, ancienne danseuse du BBLet fondatrice de la compagnie Quivala

Internet est passé par là: " les danseurs s’informent, regardent tout, attrapent ce qu’ils veulent pour composer leur propre vocabulaire. On peut tout à coup retrouver des gestes, des mouvements "à la Béjart" dans une création contemporaine".

Thierry Sartoretti/mcm

Publié Modifié

Maurice Béjart, maître de ballet du XXe siècle

Ses créations ont marqué l’histoire de la danse au vingtième siècle. Aujourd’hui encore, lorsque l’on pense ballet, le nom de Maurice Béjart vient très vite. Né marseillais en 1928, Maurice Béjart est de la génération de Roland Petit et Janine Charrat. Dans les années 50 et 60, ses audaces bousculent le monde de la danse européenne et plus particulièrement les grandes compagnies d’opéra. Quelques créations marquantes: "L’Oiseau de feu" (1952), "Symphonie pour un homme seul" (1955), "Le Sacre du printemps" (1960) ou encore le "Boléro" (1961), "La IXe symphonie" (1964) et la très pop-rock "Messe pour le temps présent" (1967) en collaboration avec le compositeur Pierre Henry.

Béjart, c’est aussi la silhouette masculine et faunesque de son danseur fétiche Jorge Donn, incarnation du danseur masculin béjartien. Lorsqu’il arrive avec sa troupe à Lausanne en 1987, Maurice Béjart est à son apogée, revisitant son répertoire ou proposant de nouvelles créations dans la lignée populaire, esthétique et parfois mystique de ses créations passées.

Aujourd’hui, dépositaire du patrimoine, le danseur et chorégraphe Gil Roman rejoue les classiques du répertoire, ajoutant ses propres créations au corpus du maître décédé dont il fut le dernier danseur étoile. Prochain spectacle en hommage à Maurice Béjart: "Dixit", présenté du 19 au 24 décembre, au Théâtre de Beaulieu à Lausanne. On y verra la troupe du BBL dialoguer avec le chorégraphe à via des images d’archives et un écran géant. Une création du metteur en scène Marc Hollogne en collaboration avec Gil Roman.