Publié

L'amour du futur sera-t-il cybernétique?

Le transhumanisme réfléchit à l'avenir de l'humanité. [Inok - Fotolia]
L'amour cybernétique: l'union de l'homme et du robot / Nectar / 53 min. / le 22 juin 2017
Avec des séries comme "Black Mirror" et "Real Human" ou le film "Her" de Spike Jones, mais aussi l'exposition "Corps-concept" à la Maison d'Ailleurs à Yverdon, les robots sont omniprésents, y compris dans les relations sentimentales.

Et si l'alternative à l'ultra moderne solitude résidait dans une option encore très (trop) inédite: celle de choisir un robot comme partenaire de vie, comme mari ou comme femme? L'homme contemporain, individualiste et pressé, ne pourrait-il pas savourer pleinement le compagnonnage d'une intelligence artificielle aux atours savamment agencés? Plutôt que d'être plongé dans les incertitudes de l'amour humain et l'usure du quotidien?

Il y a peu, un Chinois assurait s'être marié avec un robot construit par ses soins et une Française - connue sur Twitter par le pseudo @LillylnMoovator - affirmait être tombée amoureuse de son robot humanoïde qu'elle a façonné avec une imprimante 3D.

La cybernétique, nouveau terrain sentimental

L'auteur de science-fiction Arthur C. Clark écrit dans "2010: Odyssée deux", au début des années 1980: "on peut imaginer une époque où les hommes se battront pour pouvoir légalement déclarer leur amour à une intelligence artificielle..."

Le robot comme partenaire? Pour Daniela Cerqui Ducret, professeure en Sciences sociales et spécialiste de la cybernétique, le robot capable d'éprouver des sentiments n'est pas pour demain. Mais pour elle, ce qui est intéressant, c'est ce que cela dit sur notre société et notre imaginaire dans lequel l'humain et la machine seraient interchangeables.

Pour Marc Atallah, directeur de la Maison d'Ailleurs et maître d'enseignement et de recherche à l'université de Lausanne, il faut avant tout se demander de quel amour on parle. Nous sommes déjà attachés à nos objets et nos machines, mais peut-on parler d'amour?

Projeter ses désirs sur une machine

Dans une relation amoureuse on parle de deux partenaires consentants. Mais lorsque l'un des partenaires est un robot, peut-il dire non? Une machine a-t-elle le choix de nous aimer? C'est ce que se demande Marc Atallah.

J'ai l'impression que les gens qui tombent amoureux d'une machine ont une certaine forme de pathologie relationnelle, sans que ce soit un jugement de ma part. [...] Cette relation est unilatérale, c'est en quelque sorte tomber amoureux de soi.

Marc Atallah

Qu'on aime un robot, ce n'est pas grave. Ce qui peut l'être, c'est de devenir un consommateur passif, un "zombie", selon Marc Atallah. L'exposition "Corps-concept" à la Maison d'Ailleurs permet d'ailleurs de s'interroger sur la réduction du corps humain à une mécanique ou une marchandise.

Transhumanisme, vers l'homme augmenté à son maximum à Yverdon [RTS]
Transhumanisme, vers l'homme augmenté à son maximum à Yverdon / 19h30 / 2 min. / le 26 mai 2017

La question de l'éthique

Un mode de vie homme-robot interroge l'éthique et la morale, mais soulève aussi des questions de droits et devoirs. Pour Daniela Cerqui Ducret, la question n'est pas vraiment "comment" cette situation va être gérée mais plutôt "pourquoi nous en sommes arrivés là" et "quel est notre projet de société".

Pour épouser un robot, il faudrait que ce dernier ait une personnalité juridique, explique le professeur de droit Xavier Oberson. Outre les questions éthiques et légales se pose aussi la question de la protection des données.

Imaginez que vous épousez un robot. Et bien cela veut dire que dans le serveur du robot tout ce qui s'est passé est enregistré. Franchement, il y a quand même des questions de sphères privées, de protection des données et du robot lui-même qui se posent.

Xavier Oberson, professeur de droit

Pour Marc Atallah, ce qui est inquiétant, ce n'est pas l'existence même du robot, c'est le fait que l'humain préfère vivre une relation amoureuse avec un robot.

Linn Levy/ld

"Corps-concept", Maison d'Ailleurs, Yverdon, jusqu'au 19 novembre 2017.

Publié