Modifié le 09 janvier 2019 à 15:03

Le documentaire "Trading Paradise" braque la caméra sur le coût humain de l'extraction

Trading Paradise est le dernier film du réalisateur suisse Daniel Schweizer, sur les pratiques des géants de l'extraction minière Glencore et Vale.
Cinéma: Daniel Schweizer épingle les négociants en matière première Vertigo / 6 min. / le 21 mars 2017
Réalisé par le documentariste suisse Daniel Schweizer, "Trading Paradise", qui sort en salles mercredi, pose un regard sans concession sur les pratiques des géants de l'extraction Glencore et Vale.

Le Genevois Daniel Schweizer entretient depuis plusieurs années une relation étroite avec l'Amazonie et les quelques ethnies non assimilées qui y vivent encore. Le documentaire "Trading Paradise", qui sort en salles mercredi, constitue le troisième volet de ce qu'il nomme sa "trilogie amazonienne", après ""Dirty Paradise" (2009) et "Dirty Gold War" (2015).

Connu pour son "cinéma citoyen", le réalisateur aime à dire que son rôle est de "braquer sa caméra là où l'on détourne le regard". Cette fois, il a voulu mettre en lumière les impacts environnementaux et humains de l'extraction minière pratiquée par deux multinationales dont la Suisse abrite le siège, Glencore (Baar, ZG) et Vale (Saint-Prex, VD).

Interview de Daniel Schweizer, réalisateur de Trading Paradise
L'actu en vidéo - Publié le 13 avril 2016

Tournage "sous surveillance"

Au cours d'un tournage "sous surveillance" de près d'un an, le cinéaste s'est notamment rendu sur les sites miniers d’Antacappay (Pérou), Mopani (Zambie) et Carajàs (Brésil). Il en a ramené de rares images de l'intérieur des deux premières mines, propriété de Glencore.

Contre toute attente, le PDG du groupe zougois Ivan Glasenberg a accepté de répondre aux questions de Daniel Schweizer (voir encadré). Mais les protagonistes à qui la parole est laissée en priorité, ce sont les riverains des mines. Ceux qui paient le prix de l'extraction égrènent leurs drames: cultures ruinées, maladies, menaces physiques ou encore expropriations.

Air empoisonné au dioxyde de soufre

Au Pérou, la population locale dénonce la pollution des sols et estime qu'elle est à l’origine de nombreuses malformations congénitales du bétail. En Zambie, l'air est empoisonné par les émanations de dioxyde de soufre de l'une des plus importantes mines de cuivre d'Afrique.

Les gens respirent du souffre au lieu de l’oxygène. Quand le vent toxique se lève, ils suffoquent et meurent dans leur sommeil.

Une habitante du quartier de Kankoyo, en Zambie

Les habitants, dont la santé a été directement atteinte, demandent depuis des années leur relogement sans l'obtenir face à des responsables qui discréditent leurs plaintes et assurent avoir pris toutes les mesures possibles.

Les indigènes d'Amazonie menacés par Vale

Les informations relatives à la mine de Carajàs, la plus grande exploitation de fer du monde, ont été plus difficiles à récolter, la direction de Vale refusant toute communication ou accès au site. "Ayant appris que nous avions déjà (...) filmé plusieurs victimes de leur extraction minière au Brésil, ils avaient des inquiétudes sur les propos du film", explique Daniel Schweizer.

Mais là encore, le réalisateur donne à voir des images privilégiées et poignantes des indiens Xikrin, chassés de la terre de leurs ancêtres, dont le mode de vie est menacé à court terme par le développement minier.

Pauline Turuban

Publié le 22 mars 2017 à 17:33 - Modifié le 09 janvier 2019 à 15:03

Le PDG de Glencore estime faire pour le mieux

Contrairement à Vale, Glencore "a changé de stratégie depuis son entrée en bourse et est entré dans l'ère de la communication", analyse Daniel Schweizer qui a ainsi pu décrocher un entretien avec Ivan Glasenberg, le PDG de la multinationale basée à Baar (ZG).

"On se rend compte qu'il a l'impression que Glencore fait pour le mieux, alors que les choses sont beaucoup plus complexes sur le terrain", commente le réalisateur.

"Les ressources naturelles sont une bénédiction pour ces pays"

Dans le film, Ivan Glasenberg estime que Glencore "apporte beaucoup aux pays du tiers-monde où elle opère" et que ses investissements permettent d'y développer des industries connexes.

Le PDG affirme encore que la responsabilité sociale et environnementale (RSE) est très importante pour Glencore: "nous respectons les droits de l’homme (...) et nous faisons même plus car nous prenons soin des familles des gens qui travaillent dans les mines et de la population environnante."

Une visite en demi-teinte des parlementaires suisses au Pérou

Autre moment-clé de "Trading Paradise": le voyage de huit membres de la commission de politique extérieure du National à Espinar au Pérou, à l'automne 2014. Ils viennent pour constater la situation sur place et prendre acte des doléances des riverains.

Glencore sort presque grandi de cette visite: il reçoit le soutien inconditionnel de l'UDC Maximilian Reinmann qui dénonce des "ONG idéologisées". La libérale-radicale Doris Fiala, elle, se borne à conseiller à l'entreprise d'être plus transparente.

Deux heures pour les riverains, deux jours pour Glencore

Daniel Schweizer confie à RTSinfo le déséquilibre de l'organisation de cette visite: "Le temps de rencontre avec la société civile a été limité à deux heures, un soir, tandis que Glencore a eu deux jours pour montrer (...) le bien-être économique qu'il apporte à cette région. (...) Le rendez-vous n'a peut-être pas permis d'appréhender ce qui se passe dans cette région du monde."