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Le bilan culturel d'Angela Merkel est mitigé, selon le metteur en scène Milo Rau

La chancelière allemande Angela Merkel devant un tableau de Claude Monet lors de l'inauguration du Musée Barberini à Potsdam près de Berlin en janvier 2017. [POOL / AFP]
Milo Rau : "Merkel, la culture face à lʹextrême-centre" / Vertigo / 12 min. / le 22 septembre 2021
En seize ans de pouvoir, Angela Merkel a-t-elle fait du bien à la culture allemande? Le bilan est contrasté, selon Milo Rau, metteur en scène bernois basé à Cologne, qui a commencé sa carrière en même temps que l’arrivée de la chancelière au pouvoir.

Angela Merkel, la "Mutti" des Allemandes et des Allemands. Après seize années au poste de chancelière et quatre mandats, elle prend sa retraite politique à l'âge de 68 ans. Un autre chancelier de son parti, la CDU, avait accompli cet exploit: Helmut Kohl, l’homme politique de la réunification allemande au tournant des années 1980 et 1990.

Les médias, RTS comprise, dressent le bilan de son règne à l'heure des élections législatives qui se tiennent ce dimanche en Allemagne. Bilan politique, économique, écologique… Mais qu’en est-il de la culture? Cette fan de musique classique et d’opéra a-t-elle marqué la création culturelle allemande durant ses seize années au pouvoir?

Le metteur en scène Milo Rau tente de répondre à cette question. Il est suisse, bernois, mais vit à Cologne en Allemagne, où sa carrière théâtrale débute presque en même temps que l’arrivée d’Angela Merkel au pouvoir, en 2005. Il dirige aujourd’hui le Théâtre national de Gand, en Belgique. Il est aussi un commentateur régulier et engagé de l’actualité dans la presse alémanique et allemande.

Art et politique, deux milieux liés

"Elle est restée si longtemps au pouvoir, il est difficile de se souvenir de tout!", dit-il en riant à la RTS. Contrairement à d’autres pays comme la France, l’Allemagne n’a pas de ministère de la culture, mais une déléguée, Monika Grütters. La politique culturelle est en effet l’affaire des villes et des Länder. "J’ai eu quelques contacts avec Monika Grütters. Avec d’autres artistes, nous lui avons écrit une lettre ouverte il y a une semaine pour soutenir les artistes à Kaboul, en Afghanistan. Elle y a répondu deux jours après. C’est donc un système très accessible, et les différents partis politiques nous invitent régulièrement pour prendre part à leurs débats."

En Allemagne, il y a une grande proximité entre l’art et la politique.

Milo Rau

Il semblerait en effet que la politique allemande influence les créations des artistes. "Il y a une grande présence des sujets politiques actuels dans les débats culturels et dans la production culturelle. Par exemple la crise des réfugiés, le réchauffement climatique, l'Afghanistan, etc."

Le juste milieu

Et Angela Merkel dans tout cela? Il semblerait que la chancelière soit un peu à l’écart de ce bouillon de culture. "Elle va parfois voir un opéra à Bayreuth, lire un livre. Mais son personnage politique est plutôt vu positivement en tant que bureaucrate." Forte de cette réputation et approuvée par une grande majorité du peuple allemand (plus de 82% d’opinions favorables en 2012), il semble que la chancelière n’ait pas provoqué de réaction particulière dans le milieu culturel. "En tant qu'artistes, nous critiquons plutôt les politiciens d’extrême gauche et d’extrême droite."

En faisant à la fois progresser l’économie du pays et des choix politiques moraux, notamment avec son célèbre "Wir Schaffen Das" et sa politique d’accueil des réfugiés en 2015, la politicienne a gagné le respect des citoyens de tous bords. "Je la trouve sympathique, admet Milo Rau. C’est vraiment étrange!"

Lors de la crise du coronavirus, les artistes ont reçu de grandes aides. En revanche, selon le réalisateur, les années Merkel et leur "juste milieu poussé à l'extrême" ont aussi eu tendance à uniformiser la pensée politique, ce qui est mauvais pour la création artistique. "Il y a eu ‘Wir Schaffen Das’, puis cette politique du consensus a engendré des changements extrêmes dans l’autre direction. L’extrême droite est née la même année. Difficile de savoir de quoi l’avenir sera fait."

Propos recueillis par Thierry Sartoretti

Adaptation web: Myriam Semaani

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