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Michael von Graffenried: "Affronter la différence m'a permis de combattre mon propre racisme"

Le photographe bernois Michael von Graffenried a dressé le portrait de la petite ville de New Bern, en Caroline du Sud [RTS]
Le photographe bernois Michael von Graffenried a dressé le portrait de la petite ville de New Bern, en Caroline du Sud / 19h30 / 1 min. / le 27 mai 2021
Photographe multi-récompensé, le Bernois Michael von Graffenried a durant quinze ans documenté le quotidien de New Bern, petite ville de Caroline du Nord fondée en 1710 par un de ses ancêtres. Un projet au long cours qui lui a permis d'explorer encore plus la notion de différence.

Michael von Graffenried est Bernois, il vit en France et parcourt le monde entier pour montrer ce que les gens ne veulent pas voir.

Il a photographié plusieurs guerres, au Caire et au Soudan notamment. Mais c'est surtout son travail sur l’Algérie, et ses photographies d’une guerre sans images, qui a hissé son nom au plan international.

Le nudisme et la toxicomanie

Suivront son travail sur les nudistes et puis celui sur la toxicomanie qu'il choisira d'exposer là où ça se passe, soit directement dans la rue. Une approche de l'autre, du différent, de l'étranger, de l'inconnu qui constitue la pierre angulaire de son oeuvre.

"L'appareil photo aide à aller vers le différent. Affronter la différence m'a permis de combattre mon propre racisme", explique-t-il jeudi sur le plateau du 19h30. Et pour lui, le racisme est partout. "Quand on va chez les drogués, chez les nudistes, chez les Noirs, on a peur car on a un cliché dans la tête. Alors il faut affronter cela et en parler pour comprendre que la différence n'est pas si grave."

Aujourd’hui, ce fils de bonne famille, qui a toujours préféré la liberté à la stabilité, revient avec "Our Town", ou le portrait de New Bern, une petite ville de Caroline du Nord de quelque 35'000 habitants, qui a été fondée en 1710 par son ancêtre Christoph von Graffenried émigré de Berne.

Un travail au long cours

Après quinze ans de documentation sur le terrain, il publie enfin son travail aux éditions Steidl. On peut y voir des pelouses proprettes situées dans des zones pavillonnaires, des militaires, des collectionneurs d’armes, des pom-pom girls, des retraités, la messe le dimanche dans les diverses communautés, les quartiers pauvres et ses trafics…

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Bref, ses photos plongent les amateurs du genre dans l’Amérique profonde comme on se l’imagine. Sauf que, ce que nous montre aussi et surtout les photos du Bernois, c’est qu’en 2020, à l’heure du Black Lives Matter, Noirs et Blancs vivent côte à côte, mais toujours séparés.

"C'est une petite ville avec 35% de Noirs, 55% de Blancs, mais c'est comme s'il y avait deux villes. Il y a une église pour les Noirs, une église pour les Blancs. De même pour les magasins. J'ai été surpris de découvrir ça. D'abord on est dans une ville et ensuite il faut pénétrer dans l'autre."

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Pour le photographe bernois, le problème vient des préjugés que les gens portent sur l'autre. "Et il n'y a pas que la couleur de peau. Il y a aussi des différences entre riches et pauvres." Une propension à diviser les gens que Michael von Graffenried observe également ailleurs dans le monde, en Suisse également. "C'est un peu comme les Zurichois et les Romands, c'est pas simple non plus", plaisante-t-il.

Michael von Graffenried expose son travail ce week-end à l'Espace MVG à Genève, rue Marguerite-Dellenbach.

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>> Regarder son interview complète dans le 19h30:

Michael von Graffenried: "J'ai affronté la différence et ça m'a permis de combattre mon propre racisme." [RTS]
Michael von Graffenried: "J'ai affronté la différence et ça m'a permis de combattre mon propre racisme." / 19h30 / 2 min. / le 27 mai 2021

Sujet et interview TV: Julie Evard et Philippe Revaz

Adaptation web: Fabien Grenon

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