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Premières répercussions des nouvelles mesures sanitaires sur la culture

Le monde du spectacle suisse s'inquiète au lendemain de l'annonce des nouvelles mesures par le Conseil fédéral.  [neil hall - keystone]
Le monde du spectacle touché par les nouvelles mesures du Conseil fédéral / La Matinale / 1 min. / le 29 octobre 2020
Les dernières mesures annoncées par le Conseil fédéral mercredi ont eu raison des éditions du Festival Jazz Onze+ à Lausanne et du Geneva International Film Festival (GIFF). La limite des 50 personnes devrait entraîner un important cortège d'annulations ou de reports.

Les dernières mesures sanitaires annoncées par le Conseil fédéral mercredi ont des répercussions immédiates sur le monde de la culture. Avec une nouvelle jauge autorisée à 50 personnes maximum, une grande partie des spectacles, concerts et festivals prévus prochainement ne pourront se tenir. Pour les arts vivants, c'est ainsi un quasi retour de fait à la case confinement du printemps dû à la pandémie de coronavirus.

Le Geneva International Film Festival (GIFF) annulé

Parmi les premières victimes collatérales des annonces figurent ainsi le Geneva International Film Festival (GIFF) prévu du 6 au 15 novembre. Cette édition, qui avait déjà dû être largement remaniée par rapport à la situation sanitaire, a été annulée ce jeudi.

Plus de 130 films étaient à l'affiche, dont plus de 90 premières suisses, européennes et mondiales en présence de nombreuses personnalités, dont Mads Mikkelsen, Carice van Houten, Sara Forestier, Abel Ferrara, Woodkid et André Dussollier.

Le rendez-vous professionnel de la manifestation, le Geneva Digital Market, aura toutefois lieu en ligne, comme prévu initialement. Et le GIFF sera également présent avec des sélections rétrospectives sur les plateformes numériques de la SSR/SRG et de Canal+ Suisse.

Pas de festival JazzOnze+ à Lausanne

Mercredi, dans la foulée de la conférence de presse du Conseil fédéral, le festival JazzOnze+ à Lausanne a annulé sa 33e édition, qui aurait dû débuter ce jeudi et se terminer dimanche. Il devait accueillir plusieurs têtes d'affiche dont le trompettiste sarde Paolo Fresu, le contrebassiste Renaud Garcia-Fons et la batteuse Anne Paceo.

Le Salon du livre en ville à Genève se réorganise

Débuté mercredi, le Salon du livre en ville à Genève qui a lieu jusqu'au 1er novembre a dû immédiatement prendre de nouvelles dispositions suite aux directives sanitaires. Il ne pourra donc plus accueillir plus de 50 personnes pour ses événements et discussions libres d'accès avec des auteurs prévus dans différents lieux de la ville du bout du lac. De nombreux évènements étaient déjà annoncés complets.

Rencontres, pièces de théâtre, ateliers, contes pour enfants, lectures ou encore dédicaces, le Salon du livre a cette année quitté Palexpo pour prendre ses quartiers en ville. Près de 200 rencontres y sont prévues et deux invités sont à l’honneur: l’écrivaine franco-marocaine Leïla Slimani, prix Goncourt 2016 et Raphaël Enthoven, écrivain français et professeur de philosophie.

Des concerts annulés ou reportés

Du Fri-son à la Case à Chocs en passant par Le Romandie, les annonces d'annulation ou de report de concerts se succèdent pour les salles romandes. Les Docks ont même indiqué mercredi soir une fermeture complète jusqu'à nouvel avis.

"Depuis le début de cette crise, [les clubs et festivals de musiques actuelles] ont fait preuve d'une flexibilité et d'une réactivité parfois surhumaine pour pouvoir s'adapter aux différentes mesures qui sont de plus en plus restrictives. C'est épuisant sur le long terme. La temporalité des décisions ne permet pas à des salles de travailler sur une programmation future en toute sérénité", indique Anya della Croce, secrétaire générale de PETZI, la Fédération suisse des clubs et festivals de musiques actuelles, interrogée dans le 12h30 de la RTS.

"Une grande partie des acteurs de ce secteur ont une très forte volonté de pouvoir continuer à donner du travail à des artistes, à des techniciens, des prestataires et des indépendants qui en ont vraiment besoin", explique-t-elle. Mais ces restrictions mettent les structures en péril car aucune ou presque ne peut être économiquement viable dans ces conditions.

En ce qui concerne la musique classique, l'Orchestre de la Suisse romande (OSR) annonce sur son site internet qu'il prendra des décisions ce vendredi. L'Orchestre de Chambre de Lausanne (OCL) annule quant à lui tous ses concerts pour le public jusqu'au 31 décembre prochain, a-t-il annoncé jeudi. L'OCL avait par ailleurs déjà annulé des concerts en début de semaine suite à des cas de COVID au sein du personnel de l'orchestre.

"La Salle Métropole à Lausanne jouit d'une capacité d'environ 1000 personnes pour nos concerts. En septembre, nous l'avions abaissée à 900 et divisée en secteurs de 300 personnes. Un abaissement à 50 personnes constituerait une réduction drastique et problématique en termes de réalisation et d'organisation puisqu'il impliquerait, notamment, de devoir 'choisir' parmi les spectateurs qui possèdent déjà des billets", expliquent les responsables de l'OCL.

Le Grand Théâtre de Genève n'a pas encore donné d'indications concernant la tenue ou non des prochaines représentations de l'opéra "L'affaire Makropoulos" qui doivent avoir lieu ces prochains jours.

Les théâtres tentent de s'adapter

Si de nombreuses grosses productions à venir prochainement, comme celles organisées par Opus One ou Live Music Production avaient déjà été annulées ou reportées suite aux annonces faites par les cantons la semaine dernière, les nouvelles restrictions demandées par le Conseil fédéral hier ont rebattu, une fois de plus, les cartes.

Du côté des salles de spectacles, certains théâtres, en particulier ceux de faible capacité, arrivent à maintenir, en tenant compte des nouvelles mesures, des productions en cours ou qui doivent débuter dans les jours à venir.

Quant aux salles plus grandes, certaines ont préféré annuler ou reporter estimant que cela n'avait aucun sens de jouer devant si peu de spectateurs, à l'image du Théâtre Forum-Meyrin qui a cessé les représentations restantes de la Cie Alias en compagnie des Young Gods. D'autres encore n'ont pas pris de décision pour l'instant.

"J'imagine que certains théâtres vont réfléchir à faire plus de représentations avec moins de monde à la fois, afin de pouvoir quand même accueillir du public. Mais évidemment, tous les théâtres ne peuvent pas se permettre ce fonctionnement-là. Les gros spectacles vont devoir être annulés", explique jeudi à la RTS Marynelle Debétaz, membre du comité directeur de la Fédération romande des arts de la scène.


Demandes d'aides financières immédiates

Sans attendre les annonces d'hier, PETZI demandait lundi déjà aux autorités de mettre en place des aides urgentes, en particulier dans la prise en charge des frais fixes des lieux culturels ou dans la création d'un fonds de garantie pour les manifestations qui peuvent être annulées à tout moment.

Jeudi matin, un collectif d'une trentaine d'organisateurs.trices de spectacles et festivals en Suisse romande, parmi lesquels on trouve tous les grands festivals de l'été demande cette fois-ci par voie de communiqué de presse que "les mesures de soutien au secteur culturel prévues dans le cadre de la loi Covid-19 – pour les cas de rigueur et de perte de gain notamment – soient mises en oeuvre le plus rapidement possible par les cantons et que le droit au chômage partiel (RHT) soit prolongé pour les salariés". Parmi les signataires figurent Paléo, Montreux Jazz Festival, Sion sous les étoiles, Festi'Neuch, Caribana, mais également des entreprises de l'événementiel comme Live Music Productions ou Opus One.

"Les nouvelles mesures annoncées hier par la Confédération pour lutter contre la pandémie réduisent à néant les efforts des organisateurs de manifestations pour maintenir des spectacles dans le respect des règles Covid et menacent la survie d’un secteur culturel au bord de l’effondrement. Sans une aide financière rapide et durable de l’Etat pour soutenir les salaires et indemniser les pertes, c’est tout un écosystème qui risque de partir en fumée", précisent les signataires.

Olivier Horner et Andréanne Quartier-la-Tente avec ats

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