Modifié le 28 juin 2010

Michel Piccoli, immense enfant du cinéma

Michel Piccoli a amusé la galerie vendredi lors d'une "master class"
Michel Piccoli a amusé la galerie vendredi lors d'une "master class" [Keystone]
Michel Piccoli a reçu vendredi soir un «Excellence Award» au Festival de Locarno. Cette récompense, remise aussi il y a quelques jours à l'actrice espagnole Carmen Maura, salue la carrière de l'acteur, réalisateur et producteur français.

Michel Piccoli tient un des rôles principaux de «Sous les toits
de Paris» du Kurde Hiner Saleem, film en course pour le Léopard
d'or que le jury du festival attribuera samedi. Ce long métrage
dévoilé jeudi s'inspire de la terrible canicule de 2003 durant
laquelle 20'000 personnes âgées ont trouvé la mort en France.

L'acteur y incarne Marcel, un vieil homme vivant seul dans une
chambre de bonne. Il voit rarement son fils et souffre de solitude.
La chaleur étouffante l'amène à rencontrer ses voisins, à dialoguer
par le regard davantage que par les mots. «Entre les acteurs, nous
parlions de toute façon très peu», ce qui n'a pas empêché une
complicité énorme de se créer», a relevé l'acteur.

Je pourrais jouer
n'importe quoi, mais pas avec n'importe qui Michel Piccoli

Des planches au cinéma

Né à Paris en 1925, Michel Piccoli grandit dans une famille de
musiciens. Après avoir suivi des cours d'art dramatique, il débute
sur les planches et au cinéma juste après la deuxième Guerre
mondiale. Il accède à la notoriété dès les années 60 en travaillant
pour la télévision et en donnant la réplique à Brigitte Bardot dans
«Le Mépris» (1963) de Jean-Luc Godard.





Il tourne dès lors avec les plus grands metteurs en scène dont
Alain Resnais, Jacques Rivette, Luis Buñuel et Alfred Hitchcock. Il
sera également l'acteur fétiche de Claude Sautet, dans «Les choses
de la vie» (1969) ou «Max et les ferrailleurs» en 1971, et de Marco
Ferreri: «Dillinger est mort» (1969) ou «La Grande Bouffe» en
1973.





Michel Piccoli, dont la filmographie comprend près de 180 films,
sans compter ses prestations dans des téléfilms, a d'ailleurs
comparé «Dilinger est mort» à «Sous les toits de Paris». A la
différence près que dans le premier son personnage tue ses proches
pour survivre alors que dans le second il a besoin de ses amis pour
continuer à vivre. «J'aime les folies, les extrêmes. J'ai horreur
des comédies dénudées, à la mode actuelle», explique Michel
Piccoli.

M.Piccoli dans "Sous les toits de Paris", en
compétition à Locarno
M.Piccoli dans "Sous les toits de Paris", en compétition à Locarno [Keystone]

Michel Piccoli, dont la filmographie comprend près de 180 films,
sans compter ses prestations dans des téléfilms, a d'ailleurs
comparé «Dilinger est mort» à «Sous les toits de Paris». A la
différence près que dans le premier son personnage tue ses proches
pour survivre alors que dans le second il a besoin de ses amis pour
continuer à vivre. «J'aime les folies, les extrêmes. J'ai horreur
des comédies dénudées, à la mode actuelle», explique Michel
Piccoli.

Plusieurs récompenses

Pour lui, un acteur se doit de rester discret, «faire un travail
de très grande intimité avec le réalisateur et ses partenaires. Il
doit plus écouter l'autre que soi-même.» Michel Piccoli a reçu
plusieurs récompenses. Il a obtenu le prix d'interprétation du
Festival de Cannes en 1980 avec «Le Saut dans le vide» de Marco
Bellocchio, et celui du Festival de Berlin en 1982 avec «Une
étrange affaire» de Pierre Granier-Deferre.





Au théâtre, il a joué dans une quinzaine de pièces, dont «Le roi
Lear» de Shakespeare en 2006. Le Français a produit plusieurs films
et est aussi passé derrière la caméra. Après un court métrage en
1994, il signe trois longs métrages: «Alors voilà» (1997), «La
Plage noire» (2001) et «C'est pas tout à fait la vie dont j'avais
rêvé» en 2005. Michel Piccoli a fait partie du jury du Festival de
Cannes cette année. Cet homme engagé à gauche a été marié durant
onze ans a la chanteuse française Juliette Gréco.





Locarno, Patrick Suhner (avec l'ats)

Publié le 29 juin 2007 - Modifié le 28 juin 2010

Conversation avec Michel Piccoli

Il est bon client, Michel Piccoli. Un acteur à la fois taquin et cabotin, qui tient à démontrer qu'à 81 ans son esprit est toujours aussi alerte. Vendredi à Locarno, avant de recevoir son «Excellence Award» sur la Piazza Grande, il a épaté la galerie lors d'une "master class" informelle, évoquant sa carrière et ses nombreux metteurs en scène... y compris le président Sarkozy. Extraits.

Jean Renoir: «avec lui, j'ai effectué un travail modeste, mais intense. Il fait partie de ceux qu'on appelle les «monstres créateurs». Un tout grand.»

Ingmar Bergman: «Il n'a eu qu'un seul tort dans sa magnifique carrière: ne pas avoir fait appel à moi!»

Otar Iosseliani: «Le seul qui m'a proposé un rôle de femme, dans «Jardins d'automne» (2006). Une chance extraordinaire. Je ressemblais furieusement à ma mère! Peut-être ma plus belle farce, mon heure de gloire.»

Manoel de Oliveira: «un monstre de jeunesse et d'intelligence (ndlr: le réalisateur portugais aura 100 ans l'année prochaine).»

Luis Bunuel: «J'ai tout fait pour jouer dans ses films, jusqu'à envoyer un fax au Mexique. La présence de Bunuel, même après sa mort, est inaltérable.»

Marco Ferreri: «Avec lui, je n'ai pas dû courir, c'est lui qui m'a couru après! Un inventif fou et violent. Il était très engagé contre Sarkozy... euh pardon... Berlusconi. Ces deux-là, je les confonds toujours...»

Nicolas Sarkozy: «La différence entre lui et Berlusconi? Berlusconi a beaucoup d'argent, tandis que Sarkozy a des amis qui ont beaucoup d'argent. A force d'en parler, je me rends compte qu'il est devenu l'un de mes metteurs en scène. Faites attention, il pourrait aussi devenir le vôtre...»

Le métier d'acteur: «C'est un métier épouvantable, un miroir aux alouettes pour tous ceux qui croient que c'est un boulot génial. Il faut être à la fois extravagant et modeste, comme Romy Schneider et Marcello Mastroianni. Je les cite parce qu'ils ont joui de leur travail, mais d'une jouissance étonnée. Quant à moi, je suis un éternel débutant.»

Ses rôles: «Je pourrais jouer n'importe quoi, mais pas avec n'importe qui. J'aime bien faire des choses triomphantes, représenter le monde. Ca fait partie de mon orgueil d'acteur. Mais plus que tout, j'essaie de casser le solennel, casser les habitudes.» (ps)