Modifié

Les violences policières ont engendré le clicktivisme des fans de K-Pop

Zoom sur le "clicktivism", l'activisme sur les réseaux sociaux.  [Depositphotos ]
Qu'est-ce que le clicktivisme? / Vertigo / 6 min. / le 2 juin 2020
Après l’invitation lancée par la police de Dallas d'envoyer des vidéos des "activités illégales des manifestations" via une application, les fans de pop coréenne se sont mobilisés sur les réseaux sociaux en envoyant un flot de vidéos et photos de leurs artistes préférés.

La vague d'indignation se propage aux Etats-Unis après la mort de George Floyd, asphyxié par un policier lors d'une interpellation violente à Minneapolis. Des manifestations ont eu lieu dans les grandes villes des États-Unis tout le week-end, malgré le couvre-feu. La mobilisation est forte dans la rue mais aussi sur les réseaux sociaux.

>> Lire aussi: Selon une autopsie indépendante, George Floyd est bien mort asphyxié

Les fans de K-Pop à l'attaque

Le 31 mai, alors que des milliers de personnes aux États-Unis et dans le monde entier protestaient et réclamaient justice après la mort de George Floyd, le département de police de Dallas lance un appel sur Twitter pour que les gens signalent "les activités illégales des manifestations" via son application iWatch Dallas.

Au lieu de cela, les stans (fans absolus) de la pop coréenne se sont mobilisés sur les réseaux sociaux et ont submergé l'application par des fancams, des vidéos de leurs idoles en concert.

"Les gars, téléchargez cette application et envoyons-leur une VAGUE de fancams pour leur rendre la tâche difficile et ne pas voir autre chose que nos idoles qui dansent", exhorte une fan sur Twitter, rapidement suivie par des centaines de milliers de tweetos à travers le monde.

Du spam et des trolls

L'effort pour spammer (ndlr: envoi de messages indésirables en grande quantité) l'application iWatch Dallas semble avoir commencé par un tweet de l'utilisateur @7soulsmap appelant les gens à censurer le visage des manifestants.

"La seule raison de poster des fancams [avec des groupes de K-Pop] en 2020 est pour protéger l'identité des manifestants du #BlackLivesMatter".

Un utilisateur de Twitter

Il n'aura fallu que quelques heures à la communauté mondiale de fans de K-Pop pour saturer le trafic de l'application. Vers 18h26, l'application est temporairement mise hors service.

Le site Buzzfeed News a rapporté qu'un certain nombre de critiques à une étoile sont apparues sur la page d'accueil de l'application sur Google Play et Apple Store, histoire de la faire "chuter" dans les classements. Des critiques qui ont été accompagnées de hashtags Black Lives Matter et d'abréviations comme ACAB, qui signifient "tous les flics sont des salauds".

La force de frappe de la pop culture

Les fans de la K-Pop représentent une communauté extrêmement soudée, avec une force de frappe importante sur les réseaux sociaux, notamment. Ils peuvent faire en sorte qu'une chanson se retrouve en première place des charts iTunes en quelques heures ou faire parler le monde entier d'un hashtag sur Twitter. Quand les fans de la K-pop se mobilisent, plus rien, ou presque, ne les arrête.

>> Lire aussi notre grand format sur ce style musical qui a conquis la planète:  La K-Pop, le style musical qui a conquis la planète

Le clicktivisme d'une communauté de fans

Si les fans se sont mobilisés sur Twitter, notamment, c'est parce ils veulent lutter contre toute forme de traçage des données des utilisateurs. Si l’application garantit l’anonymat des personnes qui envoient des images avec l'application iWatch Dallas, il est évident que les visages des personnes présentes dans ces vidéos, à savoir les manifestants, ne sont quant à elles pas anonymes.

Les internautes ont vu dans cette invitation de télécharger l’application iWatch de la police une manière de tracer les utilisateurs, de les identifier, d’avoir accès à leurs données et leur localisation.

C'est donc une forme de clicktivisme, terme qui désigne un soutien symbolique à une cause, comme un badge sur sa photo de profil sur Facebook ou un "J’aime" pour une cause humanitaire, sans forcément s'engager dans un soutien plus significatif, comme le don de temps ou d'argent. C’est un activisme qui s’est renforcé avec l’apparition des réseaux sociaux.

Changer le monde en un clic ?

Sur les réseaux sociaux, il y a eu "Je suis Charlie" mais aussi la vague de solidarité lors des attaques de Paris avec le mot dièse #PortesOuvertes, et surtout les photos de chatons partagées par les internautes belges pour éviter de donner des informations sur les opérations anti-terroristes à Bruxelles.

Cette "citoyenneté augmentée" démontre que certains types de participation civique sont tout simplement organiques à Internet.

Miruna Coca-Cozma

Publié Modifié